« Jaïa ! »
J'entrouvris les yeux. La fenêtre était grande ouverte. Les rideaux verts faisaient un mouvement de va-et-vient à cause du vent frais qui s'engouffrait dans la pièce.
« Jaïa, debout... Bon sang ! »
Je vis alors la tête de Temio dépassée de mon lit et se pencher sur moi. Il prit la couette et la jetait par terre. Je sentais le vent me transpercer de part en part et je sautai du lit. Raide comme un piquet, je sortis de ma chambre en courant pour éviter le souffle glacé du vent. Mais Temio m'attrapa par le bras et me fit face. Ses cheveux argentés m'aveuglaient avec les reflets du soleil. Ses yeux roux étaient brillants et magnifiques. Sa mèche brune piquait son oreille pointue et sortait de sa tignasse en cachant son œil gauche comme une frange. Ses cheveux en bataille étaient ce qui le rendait le plus beau.
« Nan mais ça va pas bien !? Tu te couches de plus en plus tard ces derniers temps, mais je ne pensais pas que tu serais en forme !
-Heu...
-Rah, je te jure... Soupira-t-il. »
Sa main, en signe d'agacement, couvrait son visage. Il avait cette manie de mettre sa main dans sa frange pour se cacher quand il avait honte ou qu'il ne comprenait pas quelque chose.
« Bon, j'ai préparé le petit-déjeuner. Tu veux venir ?
-Oui ! »
Il sortit de ma chambre, un sourire aux lèvres. Dans mes plus lointains souvenirs, Temio a toujours été à mes côtés mais sans que je sache qui il était pour moi réellement. Je le considérais comme mon grand frère, parfois tellement protecteur et sévère qu'il était mon père, et parfois tellement beau et savant qu'il était mon ultime coup de coeur. Le plancher de l'auberge grinçait au fur et à mesure que nous avancions. Nous descendîmes les marches en grès et arrivâmes dans la salle à manger. Plusieurs tables gisaient ici et là, toutes occupées. C'est alors que Temio se retourna brusquement.
« Jaïa, TON FOULARD ! »
Prise de surprise, je me rendis compte de mon erreur. Je courus jusqu'à ma chambre la main plaquée contre le bas de mon visage. Une fois arrivée, je pris mon bijou. C'était un foulard orange qui cachait du nez jusqu'au menton. Il avait un revers en or plaqué et ce bijou s'accrochait par les oreilles. C'était Temio qui me l'avait offert pour cacher mon complexe. Je retournais donc auprès de mon frère à notre table habituelle. Un marchand était auprès de lui.
« C'est toi qui nous a régalé aujourd'hui ?
-Oui j'avais envie de cuisiner pour tout le monde, alors j'ai demandé à Malory si ça ne la dérangeait pas.
-Qu'est-ce que t'es gentil... Déclara le voyageur, une chope de bière à la main.
-C'est pas grand chose, disons plutôt que c'est notre moyen de paiement ! Déclara Temio, une fois de plus sa main devant le visage qui retouchait ses cheveux déjà bien en bataille.
-Ah oui, c'est vrai que ça fait un bail que vous vivez ici ! Ca m'étonne que la patronne vous ait pas viré !
-Pourquoi ?
-J'ai déjà essayé de rester plus d'un an ici mais elle a dit que c'était pas possible...
-Étrange oui... Ah Jaïa, ça y est t'es prête ? Demanda-t-il, comme rassuré de me voir débarquer.
-Oui. Je vais me préparer mon assiette. »
Je m'éloignais d'eux et me dirigeai au comptoir. Cette auberge était ma maison. Nous n'avions pas de contact avec la patronne mais nous payions nos parts de loyer à la sueur de notre front et faisions à manger deux fois par semaine pour alléger le prix de nos chambres. Mon frère, étant doué en cuisine, satisfaisait les clients par les plats qu'il préparait le matin, pour le petit-déjeuner. Je m'approchai pour prendre mon plateau et commençai à me servir. Salade de fruits aujourd'hui ? Sais-tu combien ça coûte au moins Temio ?! Malgré tout, j'avais l'eau à la bouche. Je pris ma part, un verre d'eau et du pain et partis rejoindre mon frère enfin seul. Je m'asseyais en face de lui.
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HÉROS
FantasyJaïa Uno, jeune Yaturienne de 15 ans, accompagnée de son tendre frère Temio, se retrouvent confrontés à la dure réalité : ils sont rejetés par la société. Un jour, quand un voyageur d'un pays voisin s'allie à leur duo pour mener à bien une mission...
