— Et si on laissait de côté le rangement, au moins pour aujourd'hui ?
J'entends Malo dans mon dos, mais c'est sans se retourner vers lui que je rétorque :
— Demain c'est Noël, je refuse de sortir de mon lit de la journée entière, même pour aller courir. Autant ranger aujourd'hui le bazar qu'ils ont mis comme ça c'est réglé.
Je sens presque aussitôt des mains, ses mains, se poser sur mes hanches. Il m'oblige à me redresser et lâcher mon sac poubelle pour lui faire face. Une poignée de secondes à peine me suffisent pour discerner que quelque chose cloche sur ses traits. Ses gestes sont doux mais son visage, lui, est tendu.
— C'est quoi ça, ton air stressé ? Ça va ?
Ma main remonte son bras et vient se poser sur sa joue. Je ne cache pas mon inquiétude, aussi sourit-il dans une tentative de me rassurer.
— Tu veux bien remettre ça à plus tard au moins ? Je... dois encore t'offrir mon cadeau.
— Oh.
C'est tout ce que je trouve à dire. Il est vrai que je n'ai pas reçu de cadeau de sa part, or je n'en attendais pas spécialement. Le mien n'arrivera que dans deux semaines, il me tarde déjà de voir ses boucles rousses et d'entendre ses monologues à rallonge. Je sais que Katherine manque énormément à Malo, c'est donc seul, sans l'aide financière de mon père, que je suis parvenu à lui payer un voyage jusqu'en France. Ça n'a pas été facile, j'ai du m'y préparer à l'avance, mais je suis convaincu que le jeu en vaudra la chandelle quand je verrai l'homme de ma vie rayonner de bonheur.
Cependant je n'avais même pas réfléchis au fait que lui aussi puisse me réserver une surprise.
C'est à mon tour d'être légèrement stressé. Je ne suis pas matérialiste, je suis même tout le contraire, alors au fond il pourrait m'offrir ce qu'il veut que l'attention me toucherait. Mais puisqu'il est question de Malo, et que je ne sais jamais ce qu'il me réserve, je stresse. Il le remarque immédiatement, ce qui a pour effet de le détendre légèrement de son côté alors qu'il lève les yeux au ciel.
— Allez viens mon cœur, je ne vais pas te manger. Pas tout de suite.
Il me prend la main suite à sa remarque, c'est donc docilement que je me laisse guider jusqu'à la chambre. Il a beau dire, je reste sur mes gardes. Malo Le Fourbe est bien trop réputé pour me laisser si facilement avoir par une de ses ruses quelconques. Il s'assoit sur le bord du lit, m'invitant d'un geste du menton à en faire de même. Je retiens de justesse une remarque sur son état, lui qui se triture sans cesse et comme inconsciemment les mains.
Malo n'est jamais stressé.
Après plusieurs secondes de flottement je décide finalement de la faire, cette remarque.
— Bon tu m'expliques ce qu'il t'arrive ? Ce n'est qu'un cadeau, je te promet qu—
— Chut. Je... C'est à moi de parler, mon cœur.
Je ne retiens pas mes yeux de rouler face à son côté autoritaire. Il a beau être stressé, il reste Malo. Je lui fais donc signe qu'il a toute mon attention, un peu ironiquement et un sourire railleur aux lèvres. Il hoche en retour la tète, lâchant doucement son souffle. Il se penche ensuite vers la table de nuit, en sortant un petit paquet rectangulaire, tenant dans ma main. Il me le donne sans un mot, me laissant découvrir par moi-même. Je ne le fais pas immédiatement, laissant mes yeux parcourir son visage quelques secondes supplémentaires. De le voir si empli d'appréhension me provoque une vague d'amour. Dieu que je l'aime.
Mes doigts rentrent alors en action pour se débarrasser bien vite de l'emballage superflu.
— Wo. Co... comment ?
— Je l'ai fait faire par une boite spécialisée dans l'imprimerie 3D. C'est de la résine transparente.
Dans ma main se tient un rectangle transparent, avec en son centre une représentation exacte du Fort de notre enfance. Mon cœur se sert tellement que ça en devient presque douloureux, aussi je ne décolle pas mes yeux de l'objet alors même que Malo reprend la parole.
— Chaque fois qu'on y entrait, on y prenait une nouvelle identité. Tu te rappelles ? Évidemment que tu te rappelles.
— Évidemment.
Je chuchote, mon regard ne se décollant à aucun moment du petit objet.
— On pouvait être qui on voulait là-bas. Et c'est plutôt comique quand on y pense, puisque toute notre vie d'autres ont décidé à notre place de qui nous étions. Ils m'ont collé l'étiquette de soi-disant frère...
Il marque une pause et je ne peux m'empêcher de grimacer. Ew.
— Puis de soi-disant prof. Toujours j'ai dû me cacher, cacher celui que je suis réellement, celui que j'aimerais que tu sois mon cœur. Mais s'il y a bien un endroit où cette décision ne revenait qu'à nous, c'était là-bas.
Ses paroles sont douces, je sais déjà que mes yeux s'humidifient devant tant d'amour de sa part. Pourtant je ne fais à cet instant qu'effleurer la proportion de cet amour, ce dernier s'apprêtant à m'exploser au visage et me remplir complètement de l'intérieur.
— Rafael regarde-moi.
C'est ce que je fais.
— Je n'ai plus envie de subir une énième étiquette que je n'aurais pas moi-même décidé. Je n'ai plus envie que mon amour pour toi ne soit pas politiquement correct. J'ai envie de nous donner une nouvelle identité, comme dans le Fort. Une dernière.
Il sort de sa poche une minuscule boite de velours, trônant au creux de sa paume.
Je perds pied.
— Écoute, je sais qu'on est jeunes, toi encore plus. Et je sais que tout n'a pas été facile entre nous. Et je ne dis pas que ça doit être tout de suite, ou même dans un an, on a le temps. Mais je...
J'ai assez vu de films à l'eau de rose pour savoir ce que cette boîte représente, pour savoir à quel tournant de ma vie je me situe à cet instant. Je ne retiens absolument pas mes larmes de s'écouler, silencieusement mais en abondance. Sa main libre rejoint alors ma joue, son pouce effaçant ces trainées humides alors que ses propres yeux débordent à leur tour. Il rit légèrement, puis souffle un grand coup, sa main quittant mon visage pour venir ouvrir la petite boîte.
— Tu veux bien partager ta vie avec moi ? Tu veux bien m'épouser ?
Un rire m'échappe à mon tour, toute l'incrédulité m'emplissant y perçant très largement.
Je n'ai jamais voulu de ce nom, Garnier. Il a toujours représenté un poids à mes yeux, ne m'a jamais rien apporté de bien. Il m'a éloigné à plusieurs reprises de lui, l'homme en face de moi me transperçant de son amour si pur. Je sais que je veux passer ma vie à ses côtés. Je veux être sien, sans que plus personne n'ait plus rien à y redire.
C'est toujours avec la représentation de notre Fort serré au creux de ma paume que je me penche dans sa direction, m'emparant de ses lèvres. Jamais nous n'avons échangé de baisé si chaotique, si salé également, et pourtant si beau.
Je ne me recule que de quelques léger centimètres, voulant le garder un maximum tout contre moi alors que je lui apporte sa délivrance.
— Oui Malo. Mille fois oui.
Fin de Links.
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Links II [BxB]
Romansa« N'aimez jamais quelqu'un qui vous traite comme une personne ordinaire » ~ Oscar Wilde. Ordinaire. Au contraire, ce mot a toujours irrésistiblement attiré Rafael. Sa vie n'a jamais eu la prétention de pouvoir se revendiquer comme telle. Lui-même...
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