Chapitre 12: Téléphone

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« Lorsque nous mettons des mots sur les maux, les dits maux deviennent des mots dits et cessent d'être maudits. »

Guy Corneau

2020, France, dimanche 5 avril, Aix en Provence

Je remonte tranquillement les escaliers après avoir « bonne nuit » et « merci » à mes parents, mon nouveau jouet dans la main.

Tellement pressée de lire tout ce que je pouvais lire sur ce téléphone.

Je m'assois sur le lit et déverrouillai le téléphone, pas de code, alors la Charlie d'avant faisait tant confiance aux gens ?

La première application que j'ouvre est celle des photos et j'en découvre plusieurs. Trois ans de photos dans un si petit engin. Je remonte au plus loin et découvre de nombreuses photos de moi avec une fille brune sur les racines et blondes aux pointes, elle a des yeux noirs. Si cela doit être ma première impression, je dirais que ça a l'air d'être une vraie peste et qu'elle ne peut pas être ma meilleure amie pourtant elle l'est alors elle doit sûrement être une superbe fille.

Je déroule encore et découvre des photos de Bryan, mon petit-ami, nous avons vraiment l'air amoureux. Une photo et un bisou sur la joue. Une deuxième photo et un câlin au Colisée à Rome. Une troisième photo et un baiser sous la Tour Eiffel. On était très proche mais ce que je remarquais surtout c'est que toutes mes photos étaient soit Bryan soit ma meilleure amie ou soit mes parents. Personne d'autre. Parfois il y avait mes parents et Bryan ou mes parents et Astrid mais jamais on ne voit Bryan et Astrid sur la même photo. Pourtant à ce que je sais, je suis avec Bryan depuis au moins trois ans et Astrid est ma meilleure amie donc ils auraient dû apparaitre sur au moins une photo ensemble pourtant non. À croire qu'ils se détestent. Il faudra que je demande.

Je quitte cette application quand je suis allée jusqu'au bout de toutes mes photos et j'ouvre alors celle de mes messages.

Il n'y a que cinq contacts récurrents, bien-sûr sans compter l'opérateur et les pubs. Mon père, ma mère, cette Astrid, Bryan et mon patron.

Plus je remonte les messages avec mes parents plus je me rends compte que je possède une véritable complicité avec mes parents. Il y a au moins un message par jour échangé. Apparemment je n'ai jamais coupé le cordon. Il serait peut-être temps.

Après je m'aventure dans les messages avec mon petit-ami, des cœurs par ci, quelques « je t'aime » par-là.

Je m'attaque aux SMS échangés avec ma meilleure amie, je lui parle souvent et je lui dis tout. De ma relation avec Bryan, à nos projets mais aussi je lui confis mes doutes et mes espoirs. Nous devons avoir une belle amitié pour que je lui fasse autant confiance. Je défile encore, un message m'alerte :

« C'est bientôt nos 3 ans, trop happy ! En plus, je lui prépare une surprise de ouf ! »

Une surprise ? Le jour de nos trois ans ? Le jour de mon accident surtout. Qu'avais-je bien pu préparer ? Quelque chose de fou apparemment. Tellement fou que j'ai eu un accident. Qu'avait-il bien pu se passer cette nuit-là ? Qui pouvait m'aider ? Bryan ? Mes parents ? Astrid ? Adam ? Non, lui, il faut que je l'oublie, je ne le reverrais probablement jamais en tant qu'ami, seulement en tant que médecin, l'oublier était la meilleure option. Enfin j'espère.

Je regarde l'heure à nouveau, minuit, il serait peut-être temps que j'aille dormir. C'est vrai, la journée avait été éprouvante, il est bien temps que j'y aille après tous ces rebondissements.

*

2020, France, lundi 6 avril, Aix en Provence

Première nuit dans ma chambre, première nuit dans la maison de mes parents, et surtout première nuit sans Adam. Cela faisait seulement deux nuits que l'on dormait ensemble pourtant je me suis déjà habituée à sa présence et à sa façon de passer ses bras autour de ma taille pour me rassurer. Seulement quinze jours et j'étais déjà habituée à lui et ses habitudes. Bon Ève, enfin Charlie, reprends-toi et arrête de penser à ce mec.

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