« Bon retour »
~~~
J'avais passé les six mois suivants dans un appartement de la capitale. Je pense que le directeur du laboratoire tenait à ce que je reste près de lui pour, j'imagine, me surveiller. Il venait d'ailleurs régulièrement me voir s'assurer que je suivais bien ma thérapie.
J'étais occupé et pourtant ces six mois m'avaient semblé durer une éternité. Je travaillais dur pour rembourser ma dette dans le temps qui m'était imparti. Entre mes petits jobs de serveurs ou de livreurs, je suivais assidûment toutes les séances de thérapie qui m'avaient été imposées. Si bien qu'on avait jugé que je m'étais remis de mon 'traumatisme' et que j'étais de nouveau totalement apte à exercer.
A la fin de cette période, je pouvais de nouveau rejoindre ARES-A. Beaucoup de temps s'était écoulé depuis mon départ. Je savais qu'attendre aussi longtemps était risqué et qu'il avait pu se passer énormément de choses durant ce laps de temps, mais je ne voyais pas d'autre solution. Durant ces vacances forcées, il ne s'était pas passé un jour sans que je ne pense à eux. J'avais peur de ce qu'il avait pu arriver aux démons.
Mon retour au laboratoire avait été assez étrange. Isaac et Dan étaient toujours là et ils m'avaient accueilli un peu trop chaleureusement à mon goût. Dan m'avait serré dans ses bras et Isaac s'était inquiété de savoir comment s'étaient passés ces derniers mois. C'était bien la première fois qu'ils montraient un quelconque intérêt pour moi ... Je me doutais qu'il s'agissait seulement d'une consigne de la direction pour me surveiller et que je devais jouer le jeu, mais je ne pouvais m'empêcher de trouver ça gênant. J'avais bien compris qu'ils allaient être sur mon dos maintenant et que je n'avais pas le droit à l'erreur. Les jours suivants, j'avais donc fait de mon mieux pour me montrer totalement désintéressé des démons. Malgré les propositions de mes collègues de les accompagner dans leur travail pour reprendre doucement contact avec les enfant-maudits, je restais loin d'eux. Je prétextai devoir travailler sur ma thèse ou sur des dossiers plus théoriques. Si bien que mes collègues avaient fini par croire que j'avais toujours peur des démons.
Finalement, un soir Dan m'avait rejoint dans la chambre. Il s'était assis à côté de moi arborant son air bienveillant qui me semblait si faux. Après quelques formalités, il avait fini par me demander :
" Shinto, tu as peur ? "
" Peur ? "
" Oui, tu agis bizarrement depuis que tu es revenu. Si tu as peur de te retrouver face aux démons, tu peux m'en parler. Tu sais, c'est totalement normal d'être nerveux après ce qu'il s'est passé, mais moi et Isaac, on est là pour t'aider à surmonter tout ça. Et puis ce n'est pas parce que tu as fait une erreur une fois que ça va se reproduire. "
" Je sais, c'est juste que j'ai besoin d'un peu plus de temps ... Le directeur a dit que je pouvais prendre le temps nécessaire avant de recommencer. "
Mon collègue hocha la tête, l'air embêté. J'avais réellement eu l'autorisation du directeur de garder mes distances avec les démons pour le moment. J'avais en quelque sorte obtenu une dispense et Dan savait qu'il ne pouvait rien faire contre ça. Je n'aimais pas trop l'idée de me vanter d'avoir un tel traitement de faveur, mais c'était mon argument le plus fort pour avoir la paix. Et à ce moment-là, mon but était que mes collègues me laissent tranquille, alors peu importe.
" Justement. En parlant de lui, hm. Je pense que tu devrais être au courant. Isaac et moi sommes convoqués à la capitale, et je pense que le directeur va en profiter pour nous parler de toi. Donc, tu sais, si c'est vraiment trop difficile pour toi, on peut lui proposer de te changer de service. "
" Oh... Merci, ça serait gentil, je vais y réfléchir. ...Quand est-ce que vous êtes convoqué ? "
" Demain soir. Je sais, je te préviens un peu tard, mais c'était un peu compliqué de t'en parler. Mmh il me semble que tu as commencé en virologie, tu y étais bien non ? Que dirais-tu de retourner travailler là-bas ? "
J'avais haussé les épaules avec cette mauvaise impression qu'il essayait simplement de se débarrasser de moi. ...Tu veux te débarrasser du boulet que je suis ? Ne t'inquiète pas, je ne compte pas rester ici très longtemps.
Prenant mon haussement d'épaules pour un accord, il se releva en souriant.
" Bien. Je lui en toucherai deux mots. "
" Merci de m'en avoir parlé, Dan. "
" Mh oui... Et ... Puisqu'on doit être à la capitale demain soir, on va devoir partir tôt. Est-ce que ça ira seul ? Tu peux prendre un jour de congé, si tu veux. Sors marcher et profites-en pour visiter un peu la région, ça te fera du bien ... "
" Oui, merci. "
Sa fausse bienveillance m'agaçait, et je détestais encore plus devoir jouer les hypocrites avec lui. Mais grâce à cette discussion, je venais d'apprendre que demain, je serai seul. C'était l'occasion que j'attendais depuis des jours. L'occasion à ne pas manquer.
Comme prévu le lendemain, Dan et Issac étaient partis à l'aube pour la capitale. Je n'avais pas perdu une seule seconde, dès que j'avais entendu la porte d'entrée se fermer, j'étais descendu au sous-sol. J'attendais ce moment depuis une éternité. J'étais nerveux et j'espérais sincèrement ne pas avoir attendu trop longtemps pour agir. J'avais descendu les escaliers la boule au ventre, craignant l'état dans lequel j'allais retrouver les enfants.
C'était maintenant que tout commençait. J'allais enfin pouvoir tenir la promesse que j'avais faite à ce garçon.
Le sous-sol était toujours dans le même état. Il me donnait toujours cette sensation étrange d'être dans un mauvais film. Les toiles d'araignée, les néons brisés et surtout, ce silence pesant... Cet endroit ne m'avait pas manqué. Tout était exactement comme je l'avais laissé.
Tout à un détail près.
Plus j'avançais, plus mes pas se faisaient lourds. Il n'y avait rien. Aucun bruit, aucun mouvement. J'étais seul. Je ne m'en été pas rendu compte immédiatement, mais les cellules étaient vides. Ils n'étaient plus là.
Les enfants n'étaient plus là et il ne pouvait y avoir qu'une seule explication ...
J'arrivais trop tard.
VOUS LISEZ
N°1203
Adventure1203, c'est l'histoire d'une rencontre. La rencontre d'un jeune homme formaté par des années d'études pour correspondre parfaitement aux attentes de la société et celle d'un enfant qui lui, a été rejeté dès sa naissance. Il faut savoir que dans cett...
