21. Pluie de chaussures (Stella)

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A peine sortie de la salle, je me retrouve face à une montagne de boîtes de chaussures.
Quelqu'un arrive droit sur moi en portant à bout de bras cette cargaison en équilibre instable.

Mon élan ne me permet pas de freiner à temps. Je rentre dedans façon bulldozer. Un cri de femme se fait entendre. Je tombe à la renverse et me protège avec les bras en croix sur mon visage de l'arrivée imminente d'une demi-douzaine d'escarpins. Bosser dans la mode est hyper dangereux !

Je n'ose plus bouger. Est-ce que je vais avoir plus de bleus que je n'en ai déjà ? Être maladroite est une malédiction, je vous jure !

« Tout va bien ? me demande une voix de femme.

- Je crois, je réponds en ouvrant une paupière. Ce talon aiguille a manqué de me crever un œil, mais à part ça tout va bien.

Je tends la sandale pointue qui a failli m'éborgner et admire le strass incrusté dans le haut du talon.

- Désolée, mademoiselle ! Vraiment désolée ! s'excuse une grande blonde. J'aurais dû faire deux voyages au lieu de monter avec toutes ces paires en même temps. Oh, mais on se connaît ! Je suis passée hier pour annoncer l'organisation d'un brunch.

J'ouvre l'autre œil.
La voisine ! Les cheveux dans les yeux, elle s'échine à remettre les chaussures dans leurs boîtes respectives.

- Je vais vous aider, dis-je. Je m'appelle Stella.

- Roxanne, répond-elle. C'est gentil, merci. On se croise souvent, tu fais partie de l'équipe de Matthias ? Tu es stagiaire ?

- Elle habite ici, intervient Rob en surgissant derrière moi.

Je fais le dos rond. Mince, il m'a suivie.

- Mourir ensevelie sous des chaussures n'est pas indigne pour toi Roxanne qui passe ta vie à en créer. Néanmoins assassiner les gens ainsi, c'est quand même rude, continue Rob en s'agenouillant tout près de moi.

- Elle ne l'a pas fait exprès, je la défends.

- Je sais, il rassemble les boîtes à une vitesse folle et les empile. Stella, je ne voulais pas te froisser alors quoique j'ai pu dire je suis désolé.

- Je ne veux pas qu'on dise du mal de M. Duval.

- Je ne promets rien, mais je peux faire un effort quand tu seras là. Est-ce qu'on peut enterrer la hache de guerre ?

Il me tend la main pour sceller notre accord et j'hésite un peu.
Je ne connais pas la relation entre Rob et son frère, mais je défends toujours mes amis.

- Je vais y réfléchir, je réponds en fonçant le nez.

- Dure en affaires, je vois... je l'ai mérité.

Il sourit timidement et franchement, il me faut me rappeler à quel point je respecte M. Duval pour ne pas flancher. Il semble tellement gentil... j'ai franchement l'air peste.

- Pourquoi as-tu critiqué ton père ? s'étonne la voisine en se relevant.

- Non, j'ai mal parlé de Matthias devant Stella et elle ne me le pardonne pas.

- Ah... Matthias, elle fait la moue. Quand on parle de « M. Duval » je pense toujours à votre père en premier.

Elle m'aide à me relever et s'assure que je n'ai rien de cassé.

- Tu vis avec Matthias ? J'ignorais qu'il était de nouveau en couple. Pardon de te demander cela, mais quel âge as-tu si ce n'est pas indiscret.

- Seize ans.

- Seize ans ! Mais...

Rob et la voisine s'échange un regard choqué.

- Je ne suis pas sa copine, c'est juste qu'il m'héberge et... et puis je n'ai pas à me justifier. »

Je me relève. J'en ai marre de leurs questions. Ma vie est déjà assez compliquée comme ça. Je ne vais pas l'expliquer à de parfaits inconnus. S'ils veulent des réponses, ils n'ont qu'à voir avec leur ami, M. Duval.

Direction le parc pour prendre l'air avec Théo. D'ailleurs, où est Théo ? Je me rends aussitôt au salon, il a peut-être fini de se préparer avant moi et m'attend devant la télé

« Lâche moi, gamin ! Je ne suis pas venu pour jouer à la nounou.

Théo se tient bien droit devant un homme brun que je vois de dos.

- Toi, t'es un méchant ! Je t'aime pas, crie Théo.

- Oh, voyez-vous ça ! Alors pourquoi est-ce que tu viens taper l'incruste chez moi dès que tu peux.

- Je tape pas Alain Cruste ! Moi, je tape pas. Taper c'est mal ! Ici, t'es chez moi. Ici c'est ma maison.

- Tu es venu dans mon garage, je te rends la pareille.

- Quel appareil ? Je comprends rien. T'es méchaaaaaant.

Je m'interpose rapidement entre Théo et l'étranger. Est-ce qu'il a conscience de parler à un enfant ou c'est juste un sale type ?

- Vous êtes qui ? Je lance en plaçant Théo derrière moi.

Je m'assure que Théo va bien avant de dévisager l'agresseur de mon petit poisson chéri.

- C'est le méchant qui veut pas prêter sa mini moto, me murmure Théo agrippé à mon T-shirt.

- Ce n'est pas une mini moto c'est une Vespa ! Oh et puis laisse tomber !

- Vous êtes qui ? j'insiste en levant mon visage vers l'inconnu.

Brusquement tout mon corps se tend quand deux yeux verts se rivent aux miens.

Oh non ! Non ! NON !

Le noyé-sauvé.

Le voisin...

Il ne manquait plus que lui.

🧜‍♀️🧜‍♀️🧜‍♀️🧜‍♀️🧜‍♀️

NOTRE PIRATE EST DE RETOUR !

(Oui, je suis sadique, mais tu m'adore ! )

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