Les jours passent lentement. Tous les matins, je me lève avec un pincement d'excitation dans le ventre, comptant chaque jour qui s'écoule. Cette fois, c'est vrai. Des parents m'ont choisie, moi. Bientôt, ils viendront me chercher, et je partirai d'ici pour toujours.
Albin, Thérèse et tous ceux qui se moquent de moi ont tort : les rêves se réalisent, il suffit d'y croire. Bientôt, je retrouverai Mathilde et nous vivrons heureuses pour toujours avec mes nouveaux parents dans leur grande maison.
Aujourd'hui, alors que je frotte les dalles usées du sol de la salle de classe, je ne pense qu'à mes parents. Peu importe les corvées, peu importe la faim ou la fatigue, rien n'a plus d'importance, je vais bientôt partir. En plus, maintenant, la directrice et tous les adultes semblent m'ignorer ; elles ne m'ont même pas punie pour être restées rêvasser devant la fenêtre ! Par contre
Les bourrasques de vent claquant contre les carreaux me font relever la tête. Essuyant quelques mèches collées sur mon front, j'observe les nuages passés dans le ciel gris. Il va bientôt pleuvoir... Normalement, Annie serait dehors à dire aux enfants de rentrer. Mais à cause de moi, elle n'est plus là... Un poids s'installe dans mon cœur, à chaque fois que j'y pense, je suis vraiment une incapable...
— Alors, toujours à attendre tes fameux parents ? demande Renée en se mettant devant moi les bras croisés.
Derrière elle, Sidonie et leurs copines la regardent avec amusement, prêtes à rire de tout ce qu'elle dira. Je soupire lassée de leurs moqueries incessantes depuis neuf jours maintenant. Elles sont justes jalouses parce que personne ne les a jamais choisis. Je préfère les ignorer et continue à frotter en silence. Mais Renée s'accroupit devant moi, avec un sourire moqueur en coin.
— Eh, tu m'écoutes ? Tu crois vraiment qu'ils vont venir ? T'es vraiment bête ma parole.
Je souffle, ne levant pas les yeux de mon seau.
— Ils vont venir, dis-je d'un ton ferme.
— Mais bien sûr, ils vont venir... commence Renée en exagérant son ton mielleux. C'est évident, ils t'ont choisie tout de suite, sans même regarder les autres enfants. Mais justement, tu sais ce que ça veut dire, Élia ?
— Oui, que je leur plais.
— Ah, ah ! Non ! Ça veut dire qu'ils ont décidé trop vite, donc ils vont regretter, c'est sûr !
Elles pouffent toute de rire en acquiesçant. Mon cœur bat plus fort, elles veulent juste me faire douter, me faire peur. Pourtant, une petite voix en voix me murmure qu'elles disent vrai, et ça m'effraie.
— Ils ne changeront pas d'avis, grommelé-je. Et tu es juste jalouse !
— Sûrement pas, je ne veux pas être adoptée pour ne pas être séparé de Sidonie. Je dis juste la vérité.
— Non, parce que mes parents viendront, claqué-je en attrapant mon seau pour m'éloigner.
Je rejoins Adeline et Hortense qui nettoient le tableau noir au fond de la classe. En voyant mon air furieux, elles échangent un regard, un peu embarrassées.
— Renée m'énerve tellement, soufflé-je en posant son seau près d'elles.
Adeline soupire, passe une éponge sur le tableau et secoue la tête.
— Élia... Tu sais, elles ont un peu raison...
Je m'arrête, surprise. Hortense baisse les yeux, l'air désolée.
— On dit ça pour ton bien. C'est déjà arriver plusieurs fois que des parents changent d'avis, et on ne veut pas que tu souffres si au final, ils ne veulent pas de toi...
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La petite orpheline
Ciencia FicciónLorsque l'on est une jeune orpheline en 1922, la vie est loin d'être un jeu d'enfant. Surtout, quand on habite dans un orphelinat où la règle principale est le silence. Où il est défendu de jouer et de rire. Où les enfants sont cloîtrés en attendant...
