Chapitre 9

584 71 92
                                        

Assise derrière mon pupitre de classe, je regarde par la fenêtre, rêvant d'un paradis au-delà des grilles de cet enfer. Tout à coup, un petit oiseau bleu et jaune vient se poser sur le rebord de la fenêtre, juste en face de moi. Je tends la main pour l'atteindre, il ne bouge pas, il reste là, calme, attendant patiemment que je vienne le caresser. Du bout des doigts, je frôle doucement ses plumes. La mésange se met ensuite à fredonner un petit air mélodieux. Absorbée pour le chant, je ferme les yeux, oubliant tout ce qui m'entoure.

Soudain, le bruit d'un crayon de bois rentrant en contact avec le plancher se fait entendre. Un minuscule petit son, à peine audible en temps normal, se met à retentir en écho dans tout le bâtiment. La panique s'empare alors de mon corps, alors que j'étais distraite par l'oiseau, mon crayon avait roulé de mon pupitre pour tomber au sol. Oh non, non, non, pas encore ! Alors que je suis crispée sur ma chaise, la porte s'ouvre dans un grand fracas. La sorcière, les traits déformés par la colère, vient d'arriver dans la salle de classe. Tremblant de plus en plus au fur et à mesure qu'elle s'approche de moi, d'un air menaçant, j'essaye de retenir mes larmes qui menacent de tomber sur mes joues. En seulement quelques enjambés, elle se retrouve devant moi, l'air encore plus dangereux que toute à l'heure, ses yeux noirs et ses veines bleu foncé, font ressortir le rouge de sa peau, la rendant terrifiante.

Avant que je n'aie le temps de prononcer le moindre mot, elle sort un martinet de derrière son dos et le brandit. Ma respiration s'accélère, je regarde autour de moi paniquée pour chercher de l'aide, mais à ma grande stupeur, il n'y a plus rien, tout est devenu noir. Seul un halo de lumière nous éclaire, la femme et moi, dans ces ténèbres. Soudain, la sorcière se met à rire diaboliquement, tout en se transformant en un être difforme et immense. Son bras en putréfaction, squelettique et déformé se lève d'un coup avant d'abattre le fouet qu'elle tient dans ses griffes, sur mon petit corps apeuré. Horrifiée, je pousse un hurlement strident.

Je me réveille, tremblante et en sueur dans mon lit. Ce n'était qu'un mauvais rêve. Encore. Depuis la punition, je fais ce même cauchemar. Quatre nuits que ça dure. Quatre nuits que la sorcière vient me pourchasser même dans mon sommeil. Je n'en peux plus, je veux que ça s'arrête. J'en ai marre d'avoir peur tout le temps, même quand je dors.

Je m'assois dans mon lit, observant les filles autour de moi, tout le monde dort à poing fermé. Ma respiration est saccadée et j'ai une très forte envie de pleurer, mais je fais tous pour me retenir. Je ne peux pas pleurer ici, pas avec mes camarades qui dorment juste à côté, je risquerais de les réveiller. Je me tourne vers lit à ma droite, avant il y avait Mathilde ici, et quand je faisais des cauchemars, je n'avais qu'à aller dans sa couche, pour qu'elle me console et me rassure. Mais elle n'est plus la, et je n'ai plus personne pour me prendre dans ses bras. Cela fait des mois que ma sœur est partie, pourtant, je n'arrive toujours pas à m'habituer, elle me manque tellement.

Silencieusement, je quitte mon lit pour me traîner d'un pas lent et las dans la salle d'eau. Mon dos me tire et me fait toujours mal, à chaque mouvement je sens mes chairs se déchirer à nouveau. Je traverse le sombre couloir plongé dans les ténèbres, seuls les petits bruits des provenances de la chambre des bébés et le tic-tac de l'horloge brisent le silence qu'il règne. Je frissonne et l'engouffre dans la pièce en face.

Une fois arrivée dans la salle d'eau, je n'arrive plus à me retenir, je m'effondre en pleurs contre le mur froid en carrelage, avant de me laisser glisser le long de ce dernier. Je cache ma tête dans mes genoux, et serre mes jambes avec mes petits bras. Mes larmes ruissellent sur mes joues rouges, comme un torrent dévalant une montagne, n'arrivant pas à enlever les souvenirs de mon mauvais rêve qui me revient en mémoire.

Mathilde, revient, s'il te plaît... Tu ne peux pas savoir comme j'ai besoin de toi en ce moment... Grande sœur vient me chercher...

Je me réveille une nouvelle fois quelques heures plus tard. J'ai passé une grande partie de la nuit en boule contre le dallage à sangloter sans pouvoir m'arrêter. J'essuie les larmes séchées sur mes joues et me relève en m'aidant du mur. Je fais quelques mouvements d'épaules pour dénouer les nœuds et retourne me coucher, sans un bruit.

La petite orphelineOù les histoires vivent. Découvrez maintenant