Le lendemain matin, après avoir fait tous les lits le plus vite possible, je me suis installée sur le rebord de la fenêtre. Ça fait plus d'une demi-heure que j'observe les bois en face, espérant voir surgir Émile de derrière un arbre. Mon cœur palpite de joie, impatient de le retrouver. J'ai tellement de questions à lui poser sur le monde extérieur, sur sa vie, sa famille... Et surtout sur Mathilde. Il doit sûrement la connaître, peut-être même qu'ils vont à l'école ensemble, peut-être sont-ils amis. Il saura certainement où elle habite. Je pourrais lui transmettre un message pour elle, et elle pourrait même venir me rendre visite ici. Si je dis à sa famille que je suis amie avec un garçon de l'extérieur, ils voudront aussi m'adopter, et alors Mathilde et moi serions ensemble pour toujours !
Perdue dans ce rêve idéal avec ma grande sœur, j'oublie complètement le temps qui passe. Ce n'est que lorsque l'horloge sonne dix heures et demie que je sors de ma bulle et réalise qu'Émile n'est toujours pas là. Mes yeux parcourent les arbres, mais rien. Il m'a oublié... Je soupire, triste et déçue, en m'asseyant sur mon lit.
Pourquoi il n'est pas venu ? Hier, il m'a pourtant dit « à demain Élia », alors pourquoi il n'est pas là ?
Des larmes coulent sur mes joues alors que je me recroqueville en boule sur mon matelas.
Il m'a abandonné lui aussi... Pourquoi tout le monde m'abandonne toujours ? Ce n'est pas juste...
— Eh ! Salut !
La voix soudaine d'Émile s'écriant joyeusement à côté de moi me fait sursauter. Je me redresse en frottant mes yeux pour voir plus clair. Devant moi, Émile me sourit de toutes ses dents. Il porte la même tenue qu'hier, mais bleu ciel, comme ses yeux.
— Bah alors, tu ne voulais pas me voir ?
— S-si, bredouillé-je en me relevant, mais il est tard, je pensais que tu n'allais pas venir...
— Oui, excuse-moi, j'ai été regardé.
— Pas grave, au moins tu es là maintenant, c'est tout ce qui compte.
Ses joues rougissent légèrement. S'en rendant compte il détourne le regard et demande pour changer de sujet :
— Alors on fait quoi aujourd'hui ?
Je hausse les épaules.
— On pourrait... Oh ! Je sais, on pourrait découvrir le reste de l'orphelinat ! Tu me fais visiter ?
— Non ! m'écrié-je rapidement. Surtout pas, on ne peut pas, on ne doit pas sort-
— D'accord, d'accord, c'était juste une proposition, ce sera pour une prochaine fois.
J'acquiesce, tout en espérant qu'il ne le redemande jamais, c'est beaucoup trop dangereux.
— Alors qu'est-ce qu'on fait à la place ? Tu joues à quoi toi d'habitude ?
— Euh... Bah... Je..., bégayé-je ne sachant pas quoi répondre. On fait des tours de cailloux, parfois...
— Des tours de cailloux ? répète-t-il en haussant un sourcil.
Mes joues s'empourprent de honte. Il doit sûrement trouver ça ennuyeux, mais en vrai, c'est assez drôle. Avec mes copines, on en fait parfois quand on a fini nos corvées. On se cache derrière les arbres dans la cour arrière pour ne pas être vue des surveillantes et on joue jusqu'au dîner. C'est un jeu très drôle.
— Bon, soupire-t-il en se laissant tomber sur un des lits, de toute façon, on ne pas jouer aux cailloux ici, alors on fait quoi ?
Je hausse les épaules en m'asseyant à mon tour. Les rayons du soleil sur son visage font ressortir les quelques petites taches de rousseur sur son nez et ses yeux bleus. Il ébouriffe ses cheveux en passant la main dedans et se tourne vers la fenêtre pour réfléchir. Malgré ses cheveux décoiffés, il reste toujours aussi élégant, on dirait un prince. Peut-être que c'en est un et c'est pour ça qu'il n'a pas peur de se faire punir ?
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La petite orpheline
Fiksi IlmiahLorsque l'on est une jeune orpheline en 1922, la vie est loin d'être un jeu d'enfant. Surtout, quand on habite dans un orphelinat où la règle principale est le silence. Où il est défendu de jouer et de rire. Où les enfants sont cloîtrés en attendant...
