Le froid du matin me fait frissonner alors que je me réveille lentement. Mes yeux brûlent et mon cœur semble battre au ralenti. Pendant un instant, j'espère être dans mon lit et que tout ça ne soit qu'un mauvais rêve, mais le plancher dure et froid sous mon corps douloureux me ramène à la réalité. J'essaie de me relever, mais je n'y arrive pas, je n'en ai pas la force et mes membres engourdis semblent clouer au sol. Je soupire en me tournant sur le dos pour regarder les petites poussières blanches volées au-dessus de ma tête. Le silence est presque total, si ce n'est le lointain murmure des autres enfants qui se préparent pour accueillir la famille venue visiter l'orphelinat aujourd'hui.
Un poids s'installe dans ma poitrine. Je ne suis pas là-bas avec eux, je ne suis pas en train de me coiffer, de me préparer, d'espérer être celle qui sera choisie. Non, je suis ici, enfermée, punie, oubliée. L'amertume me ronge de l'intérieur et j'ai un goût acide dans la bouche. Je voudrais pleurer, mais je n'en ai même plus la force. Il ne me reste que la douleur, celle qui écrase mon cœur et paralyse mon corps.
Un mouvement attire mon attention. Je tourne la tête et aperçois un petit cafard qui trottine sur le sol poussiéreux, ses petites antennes frémissantes. Il s'arrête à quelques centimètres de moi. Il me fixe immobile.
— Bonjour, toi... murmuré-je, ma voix rauque et cassée par le manque de sommeil et les pleurs. Qu'est-ce que tu fais ici ? Tu es tout seul ?
Le cafard ne répond pas, mais il reste là un moment, ses petites pattes grattant le sol, comme s'il m'écoutait. Je balaie la pièce du regard, mais ne vois aucun autre insecte.
— Tu es tout seul, pas vrai ? Moi aussi, je suis toute seule... J'ai plus personne... Mathilde est partie, Albin me déteste, Alice aussi maintenant et les autres... En vérité ils ont tous quelqu'un qu'ils préfèrent à moi. Adeline à Hortense, Louise à Denise, Gaétan à Julien... Moi, j'avais Mathilde, mais elle est plus là et je pense qu'elle m'a oubliée... Albin a raison tout ça, c'est que dans ma tête, elle ne reviendra pas...
Mon cœur se serre. J'espère que ce sont des mensonges et qu'en vérité elle m'attend quelque part. Parce que Mathilde m'aime. Il a tort là-dessus, Mathilde m'aime. J'en suis sûr, elle m'aime, pas vrai ? Je me tourne vers le cafard qui explore le plancher avec ses longues antennes.
— Est-ce que tu as un ami que tu aimes plus que tout au monde toi aussi ? Sinon tu peux être mon ami si tu veux, qu'en dis-tu ?
Il ne bouge pas, pourtant, je sens qu'il est d'accord. Un léger sourire se dessine sur mes lèvres malgré moi. Sans réfléchir, je tends un doigt pour le toucher, mais il s'éloigne brusquement.
— Non, attends ! Je ne voulais pas te faire peur !
Le cafard se faufile sous une rangée de vieilles chaises empilées contre le mur. Je me lève, réprimant une grimace de douleur, et le suis pour le rattraper. Mais alors que je me penche pour le récupérer, mon épaule heurte une chaise. En une fraction de seconde, tout bascule. Les chaises en métal s'écrasent par terre dans un fracas assourdissant, soulevant un nuage de poussière.
Je reste figée, le cœur battant à toute vitesse. Avant de pouvoir faire quoi que ce soit des pas précipités résonnent dans le couloir. La porte s'ouvre brusquement, une surveillante apparaît, le visage dur et fermé.
— Qu'est-ce que tu as encore fait, Élia ? hurle-t-elle en entrant dans la pièce. Espèce de petite idiote ! Regarde-moi ce désordre ! Tu ne fais que des bêtises !
Je me redresse d'un bond, me mordant la lèvre pour ne pas pleurer. Je n'ai pas voulu... Ce n'était qu'un accident, mais je n'ose pas le dire. Les mots restent coincés dans ma gorge, et je me contente de baisser les yeux, honteuse. Exaspérée, elle soupire et s'exclame :
VOUS LISEZ
La petite orpheline
Science FictionLorsque l'on est une jeune orpheline en 1922, la vie est loin d'être un jeu d'enfant. Surtout, quand on habite dans un orphelinat où la règle principale est le silence. Où il est défendu de jouer et de rire. Où les enfants sont cloîtrés en attendant...
