Chapitre 10

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Je cligne plusieurs fois des yeux, presque incrédule, cherchant à ancrer la réalité dans mon esprit, n'y croyant pas.

Annie est retour. Dans cette cage remplis de nuage, elle est le rayon de soleil qui réchauffe notre cœur. Plus d'un an s'est écoulé depuis qu'elle est partie aider sa sœur malade à prendre soin de ses enfants. Durant ces longs mois d'absence, sa présence nous a tout manqué. Lorsqu'elle est loin, la vie devient plus dure et triste. Annie est gentille et drôle, elle nous protège, nous réconforte et nous soigne. Ici, elle est la seule à oser tenir tête à la directrice, elle n'a peur de rien ! C'est la personne la plus courageuse au monde, après Mathilde.

La jeune femme me dévisage quelques secondes, ses yeux gris et frangée de longs cils écarquillés en se mordant nerveusement la lèvre inférieure. Une larme solitaire glisse le long de ses joues parsemées de grain de beauté, contournant son nez pointu et s'échouant sur ses dents. Soudain, elle se jette sur moi, en me serrant dans ses bras.

— Oh mon Dieu, Élia ! Comment ça va ? Tu vas bien ? Louise et Denise m'ont dit ce qui est arrivé, pour Mathilde et ta punition ! Oh ma petite Élia d'amour, tu as dû avoir tellement peur et mal ! Comment ça va ?

Je réprime un gémissement de douleur lorsqu'elle sert mon dos et l'enlace à mon tour. Ses bras chauds et réconfortants m'ont terriblement manqué. Au bout de quelques secondes de silence et chuchote dans le creux de mon oreille :

— Je suis vraiment désolée de ne pas avoir été là... Si j'avais qu'elle contait... Pour Mathilde... Je l'en aurais empêché... J'aurais trouvé un moyen...

— Ce n'est pas ta faute...

Elle m'embrasse la joue avant de se redresser.

— Je m'en veux, si tu savais, murmure-t-elle en me caressant la joue l'air triste. J'aurais dû revenir plus tôt, ne pas vous laisser aussi longtemps entre ses mains...

— Tu ne pouvais pas savoir, intervient Louise.

— Si...

Annie pousse un long soupire en s'asseyant contre la table. Après un instant le regard dans le vide, elle se relève d'un bon en frappant des mains.

— Oh, mais tu dois avoir faim ! Les filles m'ont dit que tu avais été privée de nourriture récemment et que tu n'avais rien mangé depuis ta punition, alors je vais te faire à manger !

— Mais tu ne peux pas, si la directrice l'apprend...

— Et alors ? C'est ma cuisine, Louise, je fais ce que je veux !

Louise désigne du menton la cuisinière qui dort dans un recoin sombre.

— Oh, elle, elle va dormir comme ça jusqu'à ce soir, elle se rendra compte de rien cette vieille bique.

Elle pouffe de rire en resserrant dans le dos son tableau, avant de courir vers le grand placard en chêne au fond de la pièce. La tête à moitié dedans en train de farfouiller à l'intérieur, elle demande d'une voix forte :

— Alors, tu veux quoi ? J'ai du pain ! Bon, il est tout dur, mais avec de l'eau il va ramollir ! Oh et j'ai un reste de... elle sort un bocal contenant une espèce de compote verte avec des morceaux. Eurk ! Non, oublie, c'est dégoûtant ça ! Je vais te faire une tartine, plutôt. Oui, c'est bien une tartine. Où a moins que tu préfères un fruit ? Ce sont bien aussi les fruits, mais ça ne va pas te faire reprendre des forces. Non, je pense qu'une tartine, c'est mieux. Je vais te faire une tartine, Élia ! D'accord ? Ah moins que tu préfères un fruit ? Tu veux un fruit ? Ou du fromage ? Je suis sûre que je peux trouver du fromage de chèvre ! Oh, ou alors une tartine de chèvres chaudes ? C'est bien ça, non ? Si, je pense que c'est bien ! Je vais te faire ça, d'accord ? Ça te va ? demande-t-elle en revenant vers nous les bras charger.

La petite orphelineOù les histoires vivent. Découvrez maintenant