Quatorzième partie.

22 3 2
                                        


Je regarde l'aiguille de l'horloge qui tourne à la vitesse d'un escargot malade. 15:01.

...

15:02.

Je soupire. Je n'aime pas être en cours d'histoire. Je m'ennuie comme un rat mort à chaque fois. J'ai déjà fini de compléter le cours et séché tous les documents du manuel de la séquence.

Je n'ai aucune idée de ce que je vais faire de ma vie, ça m'angoisse particulièrement. J'ai les capacités dans toutes les matières, ce qui m'offre un panel de possibilités astronomiques. Mais je n'ai aucune envie de m'intéresser à mon avenir. Ça me stresse plus qu'autre chose, donc j'évite d'y penser au quotidien. Mais des fois, c'est inévitable, comme maintenant. Je mets ma tête entre mes bras. Mais qu'est-ce que je fous ici ? J'en ai rien à carrer des études, je sais que j'ai les compétences...

Pourtant, j'ai peur. J'ai peur de finir le lycée et de me lancer dans la vie active ou d'aller dans une grande université. J'ai peur de faire des choix décisifs qui me resteront éternellement sur la conscience. J'ai peur de tout ça, j'ai peur de décevoir mon père, de décevoir Amélie, de perdre cette emprise et ce contrôle que j'ai sur ma vi--

- Mademoiselle Garponistt ! Je vous parle !

Je redresse la tête et lance un regard noir à mon prof d'histoire. Qu'est-ce qu'il a à m'interrompre dans mes débats philosophiques avec moi-même ?

- Voulez-vous bien me dire qu'est-ce qu'Aridair et un événement qui l'a marquée ?

Il me pointe du doigt une des questions du document que nous étudions écrite au tableau.

Nan mais il me prend pour une débile ou quoi ? N'importe qui ici sait ça, on nous le rabâche depuis la première année de lycée. De plus, c'est marqué dans le document. Je le regarde dans les yeux.

- Aridair est une ancienne ville industrielle située à quelques kilomètres de la nôtre, monsieur. Elle a été abandonnée suite à une énorme crise énergétique il y a une cinquantaine d'années de cela. Personne ne connaît la raison de ce soudain dysfonctionnement des usines et l'affaire a été classée il y a vingt ans.

- Je veux que vous veniez l'écrire, mademoiselle.

Et moi je veux un poney. Je lève les yeux au ciel puis me déplace jusqu'au tableau et prends un Velleda. J'écris les mots-clés et quelques dates de mon monologue et souligne le nom de la ville d'un geste rapide. Je me tourne vers le prof et lui envoie un petit sourire innocent.

- Tenez, monsieur.

Il me prend le feutre avec un regard noir. Nan, mais il faut pas me faire chier non plus ! Je croise le regard de Mystérieuse au moment de retourner m'asseoir. Je lui fais un petit clin d'œil discret accompagné d'un rictus méprisant. Elle soupire d'exaspération. Je m'assieds, satisfaite.

Je reprends ma position ennuyée et fixe le bois de la table d'un air pensif. Je ferme les yeux un moment, de toutes manières le prof ne m'en voudra pas si je m'endors. Ma respiration se ralentit et mes muscles se détendent - du moins, du mieux qu'ils peuvent.

Je commence à somnoler quand je sens quelque chose me caresser l'épaule. J'entrouvre un œil et grogne légèrement. La pression sur mon omoplate se fait plus grande et je me retourne doucement, foudroyant du regard la fille qui me tape le dos sans vergogne maintenant. Exagérer, moi ? Jamais.

Je lui fais un signe de la tête pour lui demander ce qu'il se passe. Elle me pointe un petit papier qui a été déposé sur mon bureau. Je le prends entre mes doigts, le fais tourner pour voir si mon prénom n'est pas inscrit dessus, mais non. Je regarde bizarrement l'ensemble de la classe. Certains élèves me jettent des coups d'oeil discrets - ils se sont améliorés - tandis que d'autres sifflotent innocemment. Je fronce les sourcils. Il y a un délire que je capte pas, là. Avec prudence et doute, mes meilleurs amis, j'ouvre le petit papier. Il s'agit d'un message. L'écriture est grande, serrée et légèrement irrégulière. Immédiatement, j'identifie de qui ça vient.

Gouffre.Des histoires addictives. Découvrez maintenant