Deux heures de cours se sont écoulées et, enfin, la pause arrive. Je n'ai pas croisé Léa de la matinée, mais c'est normal : j'ai eu Histoire et Culture Ancienne ce matin, deux matières qu'elle n'étudie pas. Je pensais qu'on se rejoindrait ici, sous le préau, mais il semble que j'avais tort. Après tout, c'est elle qui décide maintenant.
Je roule des yeux en me dirigeant derrière le bâtiment B. Au moins, je pourrais fumer ma cigarette tranquille.
Je m'adosse au mur ; il a plu ce matin et hors de question que je salisse mon manteau. Ma clope se consume entre mes doigts.
Je la regarde.
Elle me regarde.
Une lutte sans merci entre être vivant et chose inerte commence. Je n'ai pas très envie de fumer, mais me détendre est plus important que ça.
Ou pas ?
Après de longues minutes à fixer le papier incandescent je souffle du nez, irritée, et jette le mégot dans la poubelle. Et puis, à quoi bon ? Cette chère connasse de Mystérieuse m'aurait trouvée et dénoncée à la police des mauvaises manières.
Je me renfrogne. La rencontrer m'a rendue encore moins drôle que je ne le pensais.
Le soleil est encore bas dans le ciel. Il est à peine dix heures et j'ai l'impression que le jour vient de se lever. C'est fou, ça : on rentre tout juste dans l'hiver et cette saison nous chie déjà à la gueule.
Je déteste l'hiver. Il fait froid, on est obligés de mettre des vêtements chauds et moches et la météo nous manque de respect comme pas possible. Le jour se lève tard, il fait nuit super tôt et le manque de soleil dérègle ma peau et la rend terriblement agaçante. Pourtant, ça vend du rêve au premier abord : la neige immaculée, l'air frais qui fouette le visage, qui réveille et nous fait sentir vivant, les balades au bord des rivières gelées... Le soleil sort de sa torpeur au milieu de la matinée, on peut donc admirer les nuances vertes et dorées de l'aube de la fenêtre de sa salle de classe. Il se couche à l'inverse très tôt - monsieur est un gros bébé en hiver. Le crépuscule nous offre alors un magnifique spectacle tout en flammes.
Tiens, je deviens poète. Je ris toute seule en me redressant. Personne ne peut m'entendre, je n'ai pas à m'en faire. J'enfonce mes mains dans mes poches ; le bout de mes doigts devient peu à peu glacé. Mon souffle forme des petits nuages. Je lève les yeux vers le ciel. En parlant de nuages, voilà que le ciel est parcouru de traînées blanchâtres. Des cheveux d'anges, comme dirait Amélie. Ça me fait plutôt penser à la fumée d'une cigarette, mais chacun son interprétation. Je dois avouer que la sienne est peut-être plus... poétique.
J'espère qu'il ne neigera pas dans les jours qui viennent. Je ne pourrais pas mettre mes bottines en cuir dans ce cas.
Je regarde ma montre. Il est bientôt temps d'aller en cours. Je respire une dernière fois l'air piquant avant d'affronter la foule.
Les secondes s'écoulent, une à une, tandis que je perds mon regard entre le ciel et les arbres. Je tente de me rappeler du cours que je vais avoir.
Un ange passe.
Je souffle d'exaspération. Je vais devoir chercher dans mon emploi du temps. J'allume mon téléphone et regarde la photo prise de mon agenda.
Ah, super.
Deux heures d'expérience scientifique, donc deux heures à passer avec Léa à côté de moi.
Quelle connerie.
Maintenant que mademoiselle est la cheffe, je n'ai plus qu'à fermer ma gueule et à me laisser porter.
Je réalise ce que je dis et secoue la tête. Non mais ça va pas ? Je vais me ressaisir et aller lui toucher deux mots à propos de son comportement ! Quelle idée. Je me suis fait marcher sur les pieds pendant un temps, mais ça suffit maintenant.
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Gouffre.
Fiksi PenggemarC'est une jeune fille, presque adulte. Elle a une meilleure amie, Léa, et d'autres personnes qui l'adulent. Elle est littéralement la reine du lycée. Sa vie est parfaite. Elle est parfaite. Qu'est-ce qu'il pourrait mal se passer ? Sommaire : - Tease...
