Vingt-septième partie.

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Un silence glacial étouffe le hall carrelé comme une épaisse couche de neige.

Aucun bruit ne brise cette harmonie parfaite, aucun mouvement ne vient la perturber.

Juste des statues de glace au milieu du couloir...

Et il s'étend, ce silence, il s'étend jusqu'à devenir une grande vague de froid, comme une immense couverture cousu de fils blancs qui enveloppe tout sur son passage, qui devient rapidement édredon plein de plumes dansant devant mes yeux, étouffant, crachant, pressant et repoussant.

Chaque instant passé sous ce manteau blanc et silencieux semble plus long que le précédent.

Le temps se tord, se distance et se rapproche, tandis que l'espace semble se détendre. Il forme des vagues impétueuses, danse dans un tourbillon de couleurs : bleu, vert, blanc, rose, blanc, noir, blanc, blanc, blanc...

Il forme des nuages de tempête, de ciel clair, d'hiver neigeux et de temps venteux. Il est doux comme du coton puis coupant comme du verre.

Il forme une avalanche, si lente et si rapide en même temps, qui ensevelit tout sur son passage. Il forme des blizzards, des averses, de la grêle et des cyclones.

Il forme des plaines, des montagnes, des vallées, et l'océan toujours plus grand, plus loin, si loin qu'il disparaît à l'horizon avec ses paysages fantastiques, ses teintes criardes et menteuses, ses personnages plus effrayants les uns que les autres...








Un bruit sourd rompt le silence.

Je sursaute. Mes sens sont brouillés. Je vois un blanc vide et immense danser, immobile, devant mes pupilles. Un éclair me traverse et le nuage se dissipe pour laisser place à des carrés blancs. Je sers mon poing vide ; mon carnet en cuir noir gît au sol.

Un autre bruit vient dissoudre l'atmosphère pesante ; un hoquet traverse mes lèvres tandis que mon cœur se sert brusquement. Une vive douleur me transperce la poitrine. Je prends une inspiration plus rapide encore, comme si j'avais oublié la façon dont on respire. Mes iris bruns fixent l'intersection entre deux carreaux immaculés du sol, tentant de se raccrocher à quelque chose de réel, de tangible.

Un grincement parvient à mes oreilles et éclate la bulle dans laquelle je me suis réfugiée.

Tous mes sens fonctionnent de nouveau soudainement. C'est comme si je ressentais pour la première fois le monde autour de moi : ma respiration saccadée, mon pull collant à mes bras, mes mains moites, mes cheveux sur mon visage, mes doigts se touchant, la pression de ma montre sur mon poignet, et puis ma langue dans ma bouche, mes orteils au sol, mes jambes figées...

Le son raclant prend enfin forme pour mes tympans.

- Mnon, vyons, Pirre, nous nparlerons pde Frsk mde notre prsonnge Frquée !

- Ah oui, cvrai ! Cme jdsais, ap cette sgonde dramatk, voici lhistre de Frquée pour vous, chr auditeurs...

C'est comme si à peine une minute s'est écoulée depuis sa déclaration fracassante. D'autres bruits me parviennent mieux, hormis la voix agaçante de Pierre. Des murmures et rumeurs naissent ici et là, des vêtements se froissent et des pas se font entendre dans la résonance du couloir. Je retiens mon souffle, vaine tentative de me calmer devant cette foule de regards perçants.

Je lève finalement la tête. Mes pupilles en croisent d'autres, mais aucun signe de Mystérieuse. Parfait. Au moins, elle n'aura pas à assister à mon humiliation publique.

Je ferme les yeux un instant pour analyser la situation - même si mon état ne risque pas de rendre ça fructueux.

Impossible pour moi de fuir.

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