Mon esprit est vide. Un pas après l'autre, les arbres défilent devant mes yeux. Il n'y a personne dans les rues, tout le monde travaille ou étudie. Seules quelques personnes, sûrement au chômage ou en vacances, flânent sans se soucier de ma présence. Il y a bien la caissière à la supérette du coin qui était surprise de me voir, mais elle m'a donné mon Coca et mon paquet de cigarettes sans poser de question.
Je sors du magasin et m'arrête devant l'entrée. Je fixe la petite boîte en papier noir un instant, puis la range silencieusement avec la boisson dans la poche à l'avant de mon sac.
Je me dirige vers un square en périphérie de la ville. Une dizaine de minutes passent pendant mon trajet. J'ai l'impression de ne plus penser, voire de ne plus arriver à penser. Je ne fais qu'observer de manière factuelle ce qui passe sous mes yeux : les buissons sans fleurs à cette période de l'année, l'air sec, les nuages dans le ciel, la voiture rouge qui passe juste à côté de moi...
J'arrive au parc assez rapidement. Je m'assieds sur un banc à l'ombre d'un arbre, dos à l'entrée, comme pour essayer de me cacher. De quoi ? Aucune idée. Peut-être de mes propres doutes.
Je pose mon sac à côté de moi. J'en sors la canette encore fraîche, et la décapsule machinalement. Le liquide sombre reflète par instants la lumière qui filtre à travers les feuilles des arbres. Je mélange légèrement le soda emprisonné dans son emballage d'aluminium, comme par habitude, puis me décide enfin à en avaler une gorgée.
Je bois le Coca comme un antidote. Heureusement que je n'ai pas acheté de bière, j'aurais commis un délit d'ivresse sur la voie publique sinon. Le sucre semble me remettre peu à peu les idées en place. Je souffle. Soupirer me permet de me détendre un peu, de relâcher la pression accumulée.
Une vibration dans ma poche me fait sursauter violemment.
Je peste. Sortie de ma quasi-transe, je prends mon smartphone d'une main et pose ma canette sur le rebord du banc de l'autre. Je ne regarde même pas les notifications : en deux temps, trois mouvements, il se trouve au fond de mon sac, entre deux cahiers, en compagnie de mon ancien paquet de clopes presque vide.
À peine ai-je déposé mon téléphone et cligné des yeux que je retrouve une cigarette entre mes doigts. Ma main gauche, quant à elle, fouille dans la poche avant pour trouver mon briquet. Je suis comme en pilote automatique.
Cette impression ne s'estompe que lorsque ma clope se retrouve entre mes lèvres. Je soupire et en inspire un peu plus. Le nuage collant et poussiéreux dans mon cerveau s'efface pour laisser la place à un autre, plus doux et cotonneux.
Cette sensation de bien-être me remplit la poitrine et l'esprit. Dommage qu'elle ne dure que si peu de temps.
À peine quelques bouffées de nicotine prises que la brume disparaît définitivement.
Je réalise alors ce que je viens de faire.
Je viens de fuguer de mon propre lycée.
Un frisson me parcourt. Je fixe alors avec appréhension mes bandages, comme si, encore une fois, ils pouvaient me donner la solution à mon problème. Qu'est-ce que je vais faire ?
Il est hors de question de retourner chez moi, mon père y est sûrement toujours, et Amélie me posera des questions auxquelles je n'ai pas envie de répondre. Je ne peux pas me rendre au lycée ; je ne pense même pas que je puisse me convaincre moi-même. Est-ce que je vais rester là, toute la journée, jusqu'à ce qu'une personne me remarque et appelle la police qui aura sûrement été prévenue de mon absence ? Impossible.
Mais où est-ce que je peux aller ?
Je me prends la tête entre les mains cinq bonnes minutes pour réfléchir à quelqu'un ou quelque chose qui puisse me couvrir, mais la cacophonie qui se joue dans mon cerveau m'empêche de me concentrer correctement.
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Gouffre.
FanfictionC'est une jeune fille, presque adulte. Elle a une meilleure amie, Léa, et d'autres personnes qui l'adulent. Elle est littéralement la reine du lycée. Sa vie est parfaite. Elle est parfaite. Qu'est-ce qu'il pourrait mal se passer ? Sommaire : - Tease...
