Sixième partie.

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La journée a été longue, très longue. Je me suis rendue compte que Mystérieuse, que par souci d'oubli de prénom j'ai nommée ainsi, était tout le temps avec moi.

Et je dis bien "tout le temps".

- On a même failli manger ensemble ! Non pas que ça aurait été gênant, j'aurais profité de la situation pour la rabaisser. Mais ma réputation en aurait pris un coup ! Tu te rends compte, hein ? Et puis mon plan pour traîner avec Pierre aurait été compromis, ce serait dommage si--

- Attends... ton plan pour traîner avec Pierre ? s'étrangle Léa.

Eh merde.

- Non, enfin oui... Bref ! Un plan secret entre moi et moi, et aussi Pierre peut-être, pour régner définitivement sur tout le lycée.

- Mais, genre, t'es déjà bien haut dans la chiérarie, pourquoi tu veux être encore pluuuuus populaire ?

- Hiérarchie.

- Quoi ?

- Nan, rien, laisse tomber.

Et puis pourquoi elle me pose des questions ? J'ai pas à lui exposer ma vie. Oh, mais que vois-je là-bas ? Serait-ce une bonne excuse pour prendre la fuite ?

- Mais du c--

- Oh, voilà mon chauffeur ! Quel hasaaaard, dit donc. Bye, Léa.

Elle me fixe d'une manière étrange, comme si un éclair de lucidité l'avait traversé. Puis, à mon plus grand soulagement, elle reprend son air débile.

- À demaiiiiiiin !

J'ouvre la portière d'un coup, saute presque sur mon siège, et crache sur mon chauffeur.

- Vous attendez quoi pour démarrer ?

Il détourne le regard avec dédain et pousse le pied sur l'accélérateur.

- Tch.

- Faites semblant d'être content de me voir, surtout.

- Alors là, vous p--

- Tut tut tut. Qui vous a autorisé à parler ? Hmmm... Personne ? C'est bien ce qu'il me semblait.

- Quand je raconterai ça à votre père...

- Vous ne raconterez rien. D'une parce qu'il n'y a rien à raconter, de deux parce que je serai là et de trois parce que lui sera... absent.

Il se tourne légèrement vers moi de sorte à répliquer, mais se fige devant mon silence. Je détourne le regard, je n'ai pas envie qu'il voie mes... ces larmes. Et puis pourquoi je pl... fais ça d'abord ? Je m'essuie les yeux d'un geste rageur.

Nous gardons le silence jusqu'à notre arrivée. Amélie nous ouvre, tente de me saluer mais abandonne à la vue de mon regard. Elle m'arrête cependant, et je me retourne vivement, prête à en découdre avec elle.

- Auriez-vous besoin de quelque chose pour... votre...

- Je n'ai besoin de rien ! dis-je en m'éloignant, plus qu'énervée.

Je monte les escaliers quatre à quatre, me dirigeant vers ma prochaine victime. J'ouvre la porte de ma chambre avec une force insoupçonnée. Chaque pas que je fais me semble plus bruyant que le précédent. Je sens que je perds le contrôle. Ma tête commence à me faire mal. Merde !

Je me jette sur mon lit et sers la couverture entre mes doigts. Un, deux... Un, deux... Mes doigts se serrent, les jointures blanchissent, mes yeux se mouillent. Un, deux... Un... deux...

Mistral.

Ce mot s'impose à moi avec une telle violence que je ne peux y résister. Et au lieu de céder aux larmes, je cède à la colère.

Je me lève, ma vue se brouille, je ne sens que le doux tissu dans mes deux poings. Je le balance de l'autre côté de ma chambre, en direction de mes photos, CES photos, mais la couette résiste et retombe avec un gros "pouf" sur le sol.

Je saisis mes coussins, les balance un à un, puis jette mes livres encore et encore jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien dans ma bibliothèque.

Finalement, je balance mon corps sur le mur. Je me retourne, craque mes doigts, je ne vois plus rien mais je m'en fous, tout ce qui compte c'est que quelqu'un paie. En l'occurrence, le mur.

Mes attaques déferlent. Je n'en peux plus mais j'ai besoin de plus. Mes phalanges sont extrêmement rouges mais qui en a à foutre de moi ? Personne ! Et surtout pas mon propre père !

J'ai mal. Je crie pour échapper à la faiblesse. Je ne suis pas faible ! Pourquoi je pleure ? Parce que le monde me déteste ! Et pourquoi le monde me déteste ? Parce que je suis une connasse, voilà ! Ça me fait une belle jambe, tiens !

À chacune des phrases que je prononce, je frappe plus fort. Encore plus fort.

- Hgn !

Le sang perle, ce n'est pas assez. Encore ! Allez ! De toutes manières, t'es qu'une connasse. Une connasse. Connasse, connasse, connasse, connasse !

- RAAAAAH !

Un dernier coup de poing dans le mur.

Je m'affaisse, me rattrape à un meuble.

Je ne sens plus mes mains, mais ça doit pas être beau à voir. Un sourire en coin naît sur mon visage.

J'ai tout juste le temps d'atteindre mon matelas que je me sens sombrer.


Encore.

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