Vingt-huitième partie.

12 2 0
                                        


Mes yeux fixent le vide entre mes pupilles et la table. Ils détaillent les nervures du bois sombre puis glissent lentement vers mes mains. Mes phalanges ensanglantées me donnent un haut le cœur. Je sers mes poings. Mon sang est mélangé à celui de Pierre. La douleur opère par vagues, du bout de mes ongles jusqu'à mes poignets. Elle me maintient éveillée.

Ça fait à peine une dizaine de minutes que je suis rentrée. Mes paupières se baissent doucement, signe léger de mon assoupissement. Je pose ma tête sur la table et soupire lorsque je sens la surface froide effleurer mon front.





Un bruit terrifiant me fait sursauter, comme si un éclair avait frappé la maison.

Je me redresse, les sens en éveil, le cœur en panique et l'esprit embrumé. Quelques battements de paupières me rendent une vision nette. Je sens l'angoisse étreindre mon âme lorsque je vois mon père de l'autre côté de la table. Je comprends la gravité de la situation à son visage furieux. J'ouvre la bouche, mais il ne me laisse pas le temps de parler.

- Es-tu folle ou complètement inconsciente de ce que tu as fait ?

Il fixe mes mains avec dégoût. Je tente de les cacher, mais juste les bouger me fait un mal de chien.

- Aïe...

Il frappe de nouveau du poing sur la table.

- Ne joue pas aux victimes avec moi, Frisk.

- Je...

- Arrête.

Je ne souligne même pas son manque de sang-froid. Mes mains commencent à devenir moites tandis qu'un tremblement me prend.

- Tu te rends compte de ce que tu as fait ?

J'ouvre la bouche mais il me coupe encore une fois.

- Question rhétorique. Tu devrais connaître ça, non ?

Je ne relève pas.

- Toujours est-il que j'ai dû rentrer ici pour pouvoir réparer cet incident.

Je tique.

- Tu étais parti ?

- Oui, j'ai du travail, moi.

Je ramène mes mains à ma poitrine et baisse le regard.

- Cette situation est grave.

Il se pince le nez.

- Je ne peux même pas t'expliquer à quel point. Tu as défiguré un de tes camarades. Et pour quoi, d'ailleurs ? Parce qu'il t'as contrarié ? Franchement, je t'en prie, était-ce une raison suffisante pour étrangler une personne et en frapper une autre ?

Je relève la tête le plus énergiquement que je peux - c'est-à-dire peu.

- Qui t'as raconté ça ?

- Léa, la jeune fille, a témoigné devant la directrice en pleurs juste après que des professeurs t'aient embarquée loin de ton autre « ami ».

Je sers les dents et dit d'une voix forte :

- Ce n'est pas du tout ce qu'il s'est--

Mon père se baisse à ma hauteur et me renvoie un regard glacial.

- Je me fiche de ton avis sur la question.

Je me fige. Mon cerveau, incapable de fonctionner correctement, me fait sentir comme à l'époque où j'étais encore une petite fille. Mes mains commencent à trembler et je ne peux même pas les contrôler. Je n'ai plus aucune répartie, ça me terrifie.

Gouffre.Des histoires addictives. Découvrez maintenant