Trente-deuxième partie.

15 5 2
                                        


Une impression d'inconfort s'empare de mon corps. Je me tourne et me retourne, incapable d'enlever cette sensation désagréable dans mon dos. Je ne comprends pas. Où suis-je ? Qu'est-ce qu'il se passe ?

Soudain, un contact froid me fait sursauter. Je me redresse, les sens en alerte et l'esprit brumeux. Je porte vivement ma main à ma joue et essuie d'un geste la cause de ma panique.

Une goutte coule le long de mon doigt. Je m'essuie sur mon jean et me frotte les yeux. Mon incompréhension commence doucement à se dissiper. Je me rends compte alors d'une chose très importante : je me suis endormie contre un arbre.

Je lève la tête et regarde de droite à gauche pour vérifier qu'il n'y ait toujours personne aux alentours. Si quelqu'un me voyait, ça en serait fini de moi et de ma rép....

Enfin bref. Qu'est-ce qui m'a réveillée ?

Je scrute la cime des arbres, à l'affût du moindre oiseau qui aurait pu faire ses besoins sur moi, à tout hasard, quand soudain de l'eau me tombe sur le nez. Je secoue la tête expressément pour faire tomber cette abomination de la nature de mon visage. Il ne manquerait plus que je sois souillée par la nature !

Mon regard se pose sur le paysage autour de moi. Toute l'herbe est couverte de rosée. Les pièces de cette énigme commencent enfin à s'assembler ; il a dû pleuvoir pendant que je dormais.

Deux petites fleurs roses à côté de ma jambe laissent tomber de grosses larmes froides sur le sol. Quant à moi, je suis - heureusement - à peine trempée ; seuls mes chaussures ont pris l'eau, mais rien de grave.

Je me lève pour continuer ma route, époussette mon jean et attrape mon sac d'un même mouvement. Je sens soudainement le tissu mouillé contre mes doigts. Mes yeux s'écarquillent. Je retourne mon sac avec empressement ; la poche avant est complètement trempée. Je l'ouvre pour constater l'état des lieux.

Je fronce les sourcils, une frustration me bloque la gorge et un juron m'échappe :

- Fait chier...

Mon paquet de clopes est inondé. Je le prends entre deux doigts et examine l'intérieur, sans grand espoir.

Bilan des comptes : les cigarettes sont presque toutes infumables ; seules trois ont échappé au massacre, à mon grand regret. Je les mets avec la clope qui restait de ma réserve.

Je fourre rageusement le paquet dans mon sac et donne un coup de pied rageur à l'arbre sur lequel j'ai dormi.

Le tronc tremble légèrement sous la force de mon coup, et sans que je ne puisse le prédire, une pluie de rosée s'abat sur moi. Toutes l'eau présente sur les feuilles vient de me retomber sur la figure.

J'ai un petit rire nerveux, avant de lancer :

- Sans rancune, hein ?

Je secoue alors la tête, mon sourire retombant pour parfaire le sentiment de honte qui me traverse. Je parle aux arbres maintenant. Super.

Je me détourne de mon lit improvisé avant de repartir dans les profondeurs de la forêt.

Et puis, qui pourrait m'entendre, de toute manière ?

Cette supposition me fait sourire. Y'a que des tarés qui auraient pu me suivre aussi loin dans la forêt.

Je marche longtemps. Assez de temps pour arrêter de penser. Enfin, est-ce que c'est possible d'arrêter de penser ? Je ne sais pas, je n'en suis pas sûre. Toujours est-il que mon attention se trouve détournée par le paysage féérique qui m'entoure. Le feuillage des arbres couvre complètement le ciel désormais, si bien que je ne sais pas quelle heure il est. À vrai dire, je n'ai pas vraiment envie de savoir.

Gouffre.Des histoires addictives. Découvrez maintenant