Chapitre 18 : Noé

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"On ne peut oublier le temps qu'en s'en servant."

Charles Baudelaire

Il y a des silences que l'on peut aimer de par leur caractère agréable et sympathique (ceux qui nous étreignent l'âme et nous permettent de nous sentir particulièrement bien), et il y a ceux comme celui de ce moment qui inspirent de l'angoisse. Noé pouvait sentir les minutes s'égrener dans le temps à mesure que le bruit disparaissait de l'espace commun. Il se sentait si faible au milieu de la pièce immense, comme si la présence des autres aspirait son essence.

Il promena un regard curieux sur les personnes l'entourant. Il ne fut pas surpris de retrouver à sa droite la présence rassurante de Vanitas, et de sentir ce dernier lui prendre les mains sous la table. Dieu, qu'est-ce qu'il donnerait pour que cette sensation ne s'estompe jamais.

La jeune femme devant lui était en un seul mot magnifique. Il dégageait de son sourire un aura de calme et de plénitude totale. Ses yeux étaient violets et c'est sans doute la chose qui le frappa directement. Il eût un mouvement de rapprochement pour mieux les voir avant de se reculer en se rendant compte de son comportement. Un sourire penaud étira son visage tandis qu'il voyait la fille aux cheveux blancs se moquer de lui. Ce fut elle qui rompit finalement le silence en s'écriant : 

"- Noé ! Cela fait si longtemps depuis la dernière fois que l'on ne s'est vu ! Comment vas-tu ? Je sais que ma demande de te retrouver ici a pu te sembler étranger, mais j'avais besoin de te voir ! Puisque...

- Excusez-moi mademoiselle, mais nous nous connaissons ? Je ne veux pas vous paraître impoli ou indiscret, mais je n'ai aucun souvenir de vous avoir rencontré auparavant. Peut-être auriez-vous l'obligeance de me remettre en mémoire nos événements passés communs ?

- Oh, Noé, tu as oublié ? des semblants de larmes coulèrent des joues pâles de la jeune fille.

Un Archiviste oubliant l'histoire de sa vie, comme si les consignes de son histoire avaient été délaissées, voilà quelque chose de risible.

Aucun des deux ne vit le rictus dédaigneux de Vanitas, ou son haussement de sourcils face à cette scène. Il allait d'ailleurs interrompre cet épisode particulièrement émouvant lorsque que se fut la voix hésitante de Noé qui perça les pleurs de la jeune femme;

"- Tu faisais partie des enfants ? une expression hantée traversa son visage alors qu'il visualisait la scène de son passé qui lui échappait.

- Oui, Noé, j'étais là quand...

- Quand il est parti." Cette fois ce fut l'ensemble de la pièce qui échappa un souffle bruyant. Dominique pâlit soudain face à la remarque de la jeune femme, et sembla se perdre dans ses propres réflexions, tandis que Noé regardait devant lui d'un air désabusé. 

﴾ ﴿

Les yeux de la jeune femme étaient semblables aux siens, et à ceux de sa grand-mère. Avant que le vampire ne parvienne à chercher l'explication derrière cette image, sa mémoire détraquée lui joua un tour, et une scène bien lointaine déchira le présent.

- Dit Nonna, pourquoi la Lune se cache du Soleil ?

- Oh mon petit monstre, elle ne se cache pas, elle attend patiemment que l'astre la retrouve à l'endroit secret de leurs amours. Il y a bien longtemps la Lune a été séparée de son amant, et condamner à ne le voir que par les murmures des étoiles. C'est le serpent du ciel qui les en a empêché en les repoussant par ses écailles.

- Mais alors, c'est pour ça qu'elles tombent ? Pour donner les messages des deux amants !

- Exactement piccolo mostro, mais il arrive parfois que les deux astres se retrouvent et s'étreignent pendant quelques instants qui suffisent à les combler pour l'éternité.

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