Chapitre 12 : Roland

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"Les belles âmes arrivent difficilement à croire au mal, à l'ingratitude, il leur faut de rudes leçons avant de reconnaître l'étendue de la corruption humaine."

Honoré de Balzac

Sombre, le monde était sombre.

Sombre, comme ses cheveux d'ébènes.

Rien n'avait de sens, tout avait un lien : personne n'existait.

Il était réel n'est ce pas.

Un trait de lumière, une issue ?

Il est la liberté, non ?

Non, le monde est sombre et sans sortie.

L'air dans les égouts était irrespirable, un mélange de rance et de putréfaction se dégageait du lieu. Les égouts de Paris n'avaient pas seulement une odeur nauséabonde, ils étaient également obscurs et étroits. Roland s'enfonçait avec minutie dans les gorges de la ville. Le chasseur n'avait absolument pas prévu de commencer son enquête au porche de l'hôtel Chouchou, pour la terminer finalement dans cet endroit exigu. 

L'attaque de Chronos avait été plutôt inattendue, il n'avait même pas eu le temps de crier avant que ses crocs ne se referment sur sa peau. Il avait sut en rééchappé grâce à son entraînement, et à l'horrible nourriture qu'on leur donnait le matin. Une potion préparée spécialement par les chasseurs (qui permettait de lutter contre le venin injecté par les vampires de hauts rangs lors de leur morsure, elle n'assurait cependant pas une guérison totale en cas d'aggression ) avait sauvé sa vie. Il était prêt à reprendre toutes les heures cette abominable mixture si ça lui permettait d'en rééchappé à chaque fois.

Les canines de Chronos avaient déchiqueté sa peau, et déchiré un de ses tendons, son bras droit lançait encore lorsqu'il devait l'utiliser. Ses vêtements étaient encore tachés de la rencontre d'il y a 5 jours, mais son esprit avait toujours un épais voile brumeux sur les éléments de leur confrontation. Il avait au moins compris la technique du monstre pour attaquer : se mettre derrière, afin que même un survivant ne puisse voir son visage.

L'odeur acide du sang venait s'infiltrer dans ses narines au moindre mouvement qu'il exerçait. Un mal de tête lancinant venait le transpercer de toutes parts, il avait presque envie de vomir, mais il ne pouvait rien faire. Autant dire que les égouts n'avaient pas été la meilleure idée pour se réfugier, mais c'était la seule qu'il avait eu après avoir été mordu.

Astolphe.

Maria.

Et Olivier. Il me manque. Que doit-il faire en ce moment ? Il s'est aperçu de ma disparition ? Sûrement pas, le connaissant. Trop droit pour s'inquiéter pour un simple chasseur, non ? 

Les noms de ses amis lui permettaient de rester éveillé, il ne pouvait pas dormir, sinon tout serait terminé. Il n'était même pas certain que Chronos le poursuivait, mais s'il le faisait, pourquoi ne l'avait-il toujours pas retrouvé ? En définitive, il ne devait pas l'avoir vu s'enfuir : étonnant, Chronos ne l'avait pus tué, il l'avait laissé en vie en connaissance de cause. Les prévisions sur lui devaient alors s'avérer fausses, s'il lui avait donné la possibilité de parler.

Le chasseur continuait à réfléchir en se traînant avec difficulté dans les boyaux trop étroits de Paris. Il sentait son bras rencontrer chaque obstacle sur sa route, il pouvait voir également les rats s'attrouper à ses côtés en sentant l'odeur du sang. Il sentit la bile lui montait à la gorge, le dégoût reprenant de nouveau ses droits. Ses mains tâtaient toujours le mur devant lui, au dessus de ses épaules, et même en dessous, dans l'espoir de trouver un moyen de partir.

Et puis, son doigt toucha le vide, l'intangible. Et il ne put retenir son rire lorsqu'il reçut le Soleil sur son visage.

Une sortie, une issue, la liberté.

﴾ ﴿

Les dortoirs ne semblaient pas avoir changé finalement, toujours remplis d'animation. Cependant, cette fois si, il y avait autre chose, une émotion palpable qui couvait chacun des murs, et des membres du lieu. Ils levèrent tous leurs yeux lorsqu'ils entendirent son rire significatif. Certains le regarder avec admiration, d'autres avec des larmes dans les yeux, mais la majorité semblait attentif à la suite.

Alors que Roland allait poser la question sur ce qui n'allait pas ici pour que tout le monde face la tête habituelle d'Olivier, il fut étonné de voir la forme de ce dernier sortir de derrière un couloir. Ses cheveux étaient un peu désordonnés, et ses yeux bordés de cernes et de rouges (des larmes ? ), le chasseur n'eut cependant pas le temps de se faire plus de réflexions dessus lorsqu'il sentit les bras du plus grand l'entourer et le rapprocher au plus près de son cœur. 

L'étreinte chaleureuse était si agréable, et familière que le blond hésita à cesser de lutter face aux toxines du venin toujours dans son organisme, mais il se rappela qu'ils avaient un public, et qu'il était couvert de sang. Il tenta de se reculer maladroitement en imaginant la réaction d'Olivier en apprenant qu'il s'était montré faible devant tout les chasseurs (et que son habit c'était taché suite à son étreinte), regrettant déjà son toucher; lorsque son ami l'empêcha de partir et le rapprocha encore plus près.

Et le blond décida de ne rien dire et de se laisser faire, savourant les battements de cœur précipités de l'autre. Cependant, il y avait autre chose qui semblait inquiéter son ami, son corps ne cessait de trembler. Finalement, l'homme aux cheveux sombres se releva subitement, mais garda ses deux mains autour de l'autre, comme s'il avait peur qu'il ne disparaisse. Rencontrant le regard perplexe et fatigué de son ami, il commença à s'expliquer d'une voix hésitante :

"- Nous n'avion plus aucune de tes nouvelles depuis presque une semaine,  et on n'avait aucun échos de toi, et je... on s'inquiétait à ton sujet. J'ai repensé à Chronos, et je me suis dit qu'il avait dû t'attraper. Et j'ai eu peur.

- Olivier, je suis là.

- Tu es là. un pâle sourire étira son visage, puis il reprit son histoire. Bref, nous sommes allés le voir pour s'en occuper, et l'arrêter.

- Qu'est-ce que tu as fait ? Olivier, bon sang qu'est-ce que tu as fait ?" Roland s'éloigna brusquement de son étreinte, une expression détruite sur le visage, et avec des accents de douleur dans la voix.

Noé et Vanitas, comment vont-ils ?

L'homme aux cheveux d'ébènes commença à expliquer d'une voix froide qu'il n'avait pas à s'inquiéter du sort de son tortionnaire, il c'était enfui à l'hôtel Chouchou avec toute sa troupe, mais rien n'allait les empêcher de retrouver sa trace. Il en fit la promesse à son ami blond. Il était loin de se douter, que Roland remerciait silencieusement son Dieu pour avoir sauver ses compagnons, et pour lui avoir redonner la possibilité de revoir Olivier. Ce dernier était encore pétri dans des croyances, et non éclairée par la vérité, mais un jour il saurait, non ?

Alors que sa prière venait de se terminer, il se sentit tomber. Et il accueillit avec bienveillance l'effleurement de l'inconscience lorsque le sommeil vint le recueillir. Il n'entendit même pas l'étranglement paniqué de son ami lorsqu'il s'effondra, même son bras ne lui faisait plus mal.

Maintenant, je peux dormir.

Les souvenirs d'un ArchivisteDes histoires addictives. Découvrez maintenant