Le flot de larmes la soulevait, devant la misère des vaincus.
Emile Zola
L'hôtel était vide, et Dieu comme cela faisait mal à Mikhaïl de se l'avouer, il se sentait seul. La compagnie d'Amélia est certes agréable parce qu'elle parvient à combler le vide du silence, mais elle n'est sans doute pas la meilleure. Ne le méprenez pas dans ses intentions, il adore la jeune femme impétueuse qui lui sert d'aide depuis le début, mais c'est justement là où se trouve le problème.
Elle ne fait que l'épauler depuis le début, sans le juger, sans exprimer un dégoût particulier envers ses actions, comme si elle n'en n'avait que faire. Mais ce n'est pas normal non ? Quelqu'un comme lui devrait forcément payer pour chaque mauvaises actions commises, pour chaque corps étalés sans vie près d'une famille aimante, pour chaque choix qu'il avait pris sans tenir compte des conséquences à venir, non ?
Certains soirs, il parvenait à se persuader en lui-même que toutes ses actions n'avaient pas été de son propre fait, et que le vieil homme au chapeau d'horloge l'avait forcé. Qu'il n'avait pas apprécié sentir la terreur s'émaner de ces personnes, qu'il n'avait pas utilisé leurs cris pour apaiser les pleurs dans son esprit. Et tous les soirs il refaisait le même mensonge avant de dormir, celui qui lui permettait de se lever le lendemain matin, celui qui le conduisait peu à peu au bord du gouffre.
Il en avait parlé une fois avec la gentille Amélia, et Seigneur comme elle avait été un ange avec lui ! Elle lui avait dit qu'évidemment il se sentait coupable, qu'évidemment il cherchait à s'accrocher à quelque chose en s'accusant d'avoir tout détruit et déchiré, mais qu'en réalité il n'était le monstre de personne. Ses mots exacts avaient été :
"Mikhaïl tu as été, et tu es une victime. Une victime avec certes de mauvais mécanismes d'adaptations, des penchants plutôt malsains, et, je ne vais pas te le cacher, une tendance assez importante vers l'auto-destruction, mais tu es une victime. Tu l'as toujours été et depuis que les gens le savent, ils se servent de toi pour exécuter leurs sales boulots." Elle n'avait rien ajouté de plus avant de le serrer dans ses bras, comme si pour une fois elle faisait une trêve avec le bruit, et avait compris que le silence avait autant d'impact.
Et bon sang, si ça n'avait pas été salvateur que d'entendre ça. C'était tellement réconfortant, c'était une étreinte qu'il n'avait jamais pensé recevoir de nouveau, c'était trop beau, c'était un nouveau mensonge a ajouté à sa liste. Il ne savait pas pourquoi, mais il avait besoin de l'avoir près de lui, elle était meilleure que toutes les autres paroles parce qu'elle lui rappelait.
Toutes ses lignes manuscrites dans son esprit lui permettait chaque jour de porter un peu plus sa croix vers le lieu d'exécution. Du sang s'échappait de ses mains alors qu'il continuait à s'approcher un peu plus de son but, celui qu'il attendait depuis si longtemps, vers la mort. Se lever le soir en entendant Chloé hurler, le rapprochait un peu plus. Voir les yeux de Dominique brûler tantôt avec colère, tantôt avec une sorte de vide pénétrant, l'amenait encore plus près.
Mikhaïl s'enfermait encore dans sa spirale lorsque la porte de l'hôtel s'ouvrit brusquement, et que des voix qu'il pensait ne plus entendre s'élevèrent de manière frénétique dans le hall. Il ne put s'empêcher de sourire malgré tous ses tourments, parce que c'était comme être à la maison. Non, même mieux, c'était être à la maison.
﴾ ﴿
Trois ombres arrivèrent avec hâte dans le vestibule de l'hôtel, de leurs silhouettes encapuchonnées, seul leur visage était bercé par la lumière artificielle du bâtiment. Mikhaïl réfréna son mouvement instinctif d'effroi en remarquant que l'électricité affichait des têtes déjà bien connues. Ce qui le surprit néanmoins fut de voir des larmes couler le long des joues de Jeanne.
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Les souvenirs d'un Archiviste
FanfictionUn monstre sévit avec violence dans les rues de Paris. Personne ne semble échapper à son piège quand il vous tient. Pourtant, Mikhaïl semble s'en être sorti, et a réussi à se réfugier à l'hôtel occupé par son frère. Accompagné de son équipe et de No...
