Brillant, fascinant : voilà les mots qui convenaient pour décrire le garçon face à lui ; sans doute téméraire et impétueux allaient également. Il pouvait voir pourquoi son « élève » l'appréciait, bien que son caractère soit à l'opposé de celui de Louis - il avait été si calme, et paisible son neveu -. Le jeune homme semblait toutefois être habité de la même rage qui brillait jadis dans ses yeux - mais rage de mourir, ou de vivre au contraire ? -.
Comme les jeunes de nos jours étaient compliqués, de son temps il aurait suffit d'une inclinaison de la main pour que le garçon se prosterne à ses pieds. Et pourtant, non, il était devant lui la folie illuminant son regard.
Le comte savait qu'il avait été démasqué, et qu'en d'autres termes, il avait perdu. Tué le garçon, c'était signer son arrêt de mort - l'Archiviste allait sans doute le tuer -, mais le laisser vivre c'était être jugé coupable en face de toute la communauté vampire. Pourtant, cette dernière possibilité laissait une chance de survie. Il devait encore supporter sa présence quelques instants avant de pouvoir profiter de sa liberté. Et que faire de mieux, pour attirer l'ennemi dans ses filets, que de l'énerver, que de le titiller, que de le provoquer ?
Il savait définitivement le faire, et il se laissait apprécier l'instant en le réalisant. Il pouvait voir l'horreur et la colère se peindre sur le visage de l'humain en face de lui. Et juste comme ça, il savait qu'il avait une chance de s'en sortir : une erreur, une abstraction d'un élément vaut toujours une porte de sortie. Or Noé était sa sortie pour lui, s'il avait bien compris la relation qu'entretenaient les deux jeunes hommes.
Il devait néanmoins trouver un moyen d'inciter l'humain à partir, partir pour sauver Noé, partir pour sauver les vampires, partir pour lui offrir la liberté. Si l'héritier se trouvait en dehors de son champ de vision, il aurait le temps de s'échapper et peut-être de les sauver. Il darda un regard hésitant sur l'humain avant de s'approcher au plus près de lui, faisant fi de l'arme pointée contre lui, avant de murmurer :
"- Tu l'as connue, non ? l'incompréhension tordit les traits du visage de l'humain
- Qui ?
- Luna. Elle était belle, non ? La première porteuse de malédiction créée, elle t'a sauvé toi et ton frère, et en faisant à signer notre destin actuel. Mon neveu oublié gisait dans un coin, muet par trop de cauchemars l'ayant consumés. Les expériences de Moreau n'ont jamais été plaisantes, n'est-ce pas ?
- Comment le connaissez-vous ?
- Il faut payer le savoir pour en posséder un peu. J'ai tout donné dans l'espoir, dans l'espoir presque fou de la sauver. Un remède pour elle. Une solution pour qu'elle puisse parvenir à sortir de sa douleur, mais ça n'a pas été suffisant, ça ne l'est jamais.
- Le livre vous voulez dire comme solution ?
- Un grimoire de formules non complètes, de songes éphémères, de cauchemars à peine consignés. Ne croyez pas humain, que c'est parce qu'elle vous l'a donnée, qu'il recèle plus de choses qu'elle n'en possédait. Vanitas se tendit à ses côtés avant de sortir rapidement son livre et d'en tirer une formule pour l'utiliser, mais rien ne fonctionna. Il avait beau s'époumoner, les sorts restaient bloqués face au comte qui se tordait d'un sourire sardonique.
- Pourquoi ne fonctionne-t-il pas ? Il devrait vous atteindre, je devrais pouvoir vous...
- Le créateur du livre ne reçoit pas ses sorts débiles, mon chaton. Et s'il le fait, ce n'est que l'ombre d'une caresse absente. J'ai peur que la même chose se passe pour Chronos.
- Chronos ? Vous l'avez aussi transformé en monstre, vous lui avez fait boire vos malédictions ?
- Oh mon garçon, ce n'est pas moi. Mais le résultat des chasseurs et des vampires, leur monde conjoint ensemble les a rendu plus que méprisables, jusqu'au point même où la misère ne se suffisait plus à elle-même et il fallait la donner à quelqu'un d'autre. Tu y étais même présent d'une certaine manière, tu y as participé presque.
- Je n'ai rien fait de tel !
- Et tes années parmi les chasseurs ont-elles réussi suffisamment à effacer le petit garçon que tu étais ? Tu as parcouru leur archive, vu les horreurs commises envers les Archivistes, massacres commis avec l'aide des vampires évidemment. Mais tu n'as rien fait, non ?
- Je...
- Pas la peine de te dissimuler derrière des phrases complexes, et des excuses absurdes, personne n'a rien fait. Et les Archivistes ont été décimés, jusqu'à elle. Elle a réussi à se cacher, à attendre, à se glisser avec les autres jusqu'à sa revanche.
- Une vengeance ?
- Oh pire que ça mon garçon. Elle ne veut pas qu'une vengeance, elle veut que son désespoir se mêle à celui des autres, et que la haine torde le monde. J'aurai dû le voir, lui interdire de s'approcher de Noé. Mais il était trop tard, et la destruction avait déjà commencé.
- Mais qu'est-ce qu'elle veut faire de lui ?
- Pour obtenir des ruines, il faut déjà avoir un lieu à détruire. Et Noé est je crois...
- L'outil d'une telle destruction. Il pourrait être accusé d'avoir fait tout ça, et elle, elle pourrait obtenir un pouvoir plus grand avec lui, n'est-ce pas ?
- Garçon intelligent." à peine eut-il formulé ces mots précis que le jeune homme se précipita en courant dans les escaliers, alors qu'un de ses acolytes se précipitait vers lui pour lui dire qu'il avait trouvé le lieu où Chronos détenait son ami.
La solution brillait finalement devant ses yeux. Profitant du départ de l'héritier de la Lune, le comte se transforma et sortit de l'hôtel par le biais de la porte principale. Un sourire dangereux aux lèvres et un plan machiavélique à l'esprit.
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Les souvenirs d'un Archiviste
FanfictionUn monstre sévit avec violence dans les rues de Paris. Personne ne semble échapper à son piège quand il vous tient. Pourtant, Mikhaïl semble s'en être sorti, et a réussi à se réfugier à l'hôtel occupé par son frère. Accompagné de son équipe et de No...
