"De nos jours, on peut survivre à tout, sauf à la mort."
Oscar Wilde
La pièce n'était pas ce à quoi il s'était attendu. La première fois qu'il avait ouvert les yeux, il avait espéré voir Vanitas à ses côtés, et se retrouver dans leur chambre d'hôtel; mais rien ne se passe jamais comme on le veut non ? Et il était là, perdu dans ce bâtiment étrange, attaché à un des piliers. Le bâtiment ressemblait à une ancienne église abandonnée, un de ces lieux de culte que la Révolution Française avait ravagé. Les vandales avaient arraché les trésors, et décapité les Saints.
Pendant un temps, des rumeurs avaient circulé dans les grands cercles accusant les vampires d'avoir commis certaines de ces atrocités : c'était évidemment ridicule, mais le Dieu des chasseurs ne les avait pas prévenus; et les massacres avaient continué toujours plus violemment pendant qu'ils s'étaient jurés de protéger avaient sombré dans l'oubli. La clef de voûte donnait l'impression de pouvoir s'écrouler à tout moment sur la nef majestueuse, et donc, à tout moment sur lui.
Les nœuds étaient trop solides pour lui, mais ils ne résisteraient sans doute pas pour très longtemps. Il tenta de forcer un peu sur eux, mais il découvrit avec étonnement qu'il était vidé de ses forces. Cette désagréable sensation, il l'avait déjà connue, c'était seule qui venait suite à la potion des chasseurs. Il n'avait plus de force, et son corps ne semblait pas vouloir lui répondre, et ses souvenirs. Ses souvenirs ne cessaient de s'emmêler entre-eux.
Vanitas, mon partenaire.
Dominique, mon amie.
Jeanne.
Jeanne ?
Qui ?
Il ne pouvait pas se laisser aller à la panique, il ne pouvait pas se perdre dans ses pensées sinon tout allait être détruit. Il fallait déjà qu'il comprenne ce qu'il c'était passé. Il y avait eu le matin, puis l'interrogatoire, puis la fille, et enfin plus rien ? C'était la fille qui avait dû l'emmener ici, c'était elle la responsable des meurtres. C'était elle Chronos. Mais c'était tellement difficile d'essayer de se souvenir, c'était comme forcer quelque chose mais la porte était trop solide.
Il devait s'enfuir, et ce rapidement avant qu'elle n'arrive, et avant qu'il ne perde tous ses souvenirs. Avant qu'il n'ait pu formuler le moindre plan, ou esquisser le moindre geste, elle était là devant lui. Elle était belle et tellement effrayante. Ses cheveux blancs se balançaient avec grâce à chacun de ses mouvements, et ses yeux. Ses yeux étaient de la même couleur que les siens, c'était terriblement dérangeant comme s'ils devaient partager encore plus de choses qu'ils ne le faisaient déjà. Comme s'ils étaient liés, mais il ne comprenait pas vraiment par quoi.
Il voulait lui parler, mais au moment où ses lèvres s'ouvrirent pour esquisser le moindre mot, elle se jeta sur lui, et il retomba dans les limbes de l'inconscience et les cris de ceux qu'il aimait. Malheureusement pour lui, il n'y avait personne qui ne correspondait à cette description.
﴾ ﴿
Il se réveilla de nouveau, mais les images étaient floues : le lieu n'était pas le même, et la pièce semblait presque découpée, comme s'il y avait une certaine limite dans sa représentation. Et soudain, il le vit. Le jeune homme était là en face de lui, un sourire un peu indolent, un sourire qu'il aimait, les yeux néanmoins empreints de gravité comme pour lui rappeler la situation difficile dans laquelle il se trouvait.
Noé voulait rire, voulait pleurer, voulait l'embrasser, quand l'évidence le frappa. Et dieu, comme il voulait croire que l'instant était réel, il aurait tout donné pour que cela fonctionne. Mais, qu'est-ce qu'on peut encore donner à quelqu'un, si la personne n'a déjà plus rien ? L'espoir d'avoir encore.
Le faux-Vanitas se rapprocha de lui, l'illusion était presque parfaite, mais ce n'était qu'une illusion implantée par Chronos. C'était encore elle derrière tout ça, elle qui l'avait transformé et enfermé dans une prison faite de souvenirs erronés et de rêves cruels. C'était tout de même troublant cette ressemblance, c'était désagréable d'entendre cette figure construite de mémoire tenter de le rassurer avec des promesses factices, essayer de retirer ses liens sans faire d'efforts particuliers.
Peut-être que s'il s'approchait un peu plus du garçon devant lui, l'image deviendrait matérielle, et qu'il pourrait enfin sortir. Sortir ? Oui, mais pourquoi ? On peut faire quoi vraiment lorsqu'on est dehors ? Tout sans doute, et même bien plus encore, pourtant, il ne pouvait se résigner à s'imaginer une suite à cette cellule habillée de passée.
Et comme les dizaines de fois auparavant, ce n'était pas la première rencontre avec le faux-Vanitas, bien au contraire, la charmante silhouette aux contours atroces disparues : une balle plantée au cœur, le sang coulant sur ce sourire éclatant, pendant que de nouveau le rire de Chronos se fit entendre. Le personnage s'évanouit dans les airs et dans le temps, c'était sa boucle des 7 minutes. Il avait 7 minutes pour croire à un échappatoire, 7 minutes pour découvrir que la liberté ne l'accompagnait plus.
Le pire dans cette sentence, dans cette terreur, c'était l'habitude qu'on y prenait, la banalité qu'on avait à voir le corps d'un aimé à ses côtés dans une éternité aux couleurs de douleur. Mais la réflexion, fut interrompue avant qu'il ne puisse la poursuivre avec l'arrivée de nouveau d'une silhouette familière.
﴾ ﴿
Chronos se délectait de voir sa victime se convulser sous les cris de son amant, c'était délicieux à observer : la peur. C'était une émotion qui inspirait, ou qui, du moins pour elle, lui donnait envie de faire plus. Pas forcément pour être cruelle, mais juste pour être un peu plus aimée. Elle s'amusait toujours en observant les pleurs du petit Archiviste à ses côtés, elle attendait patiemment lorsque ce dernier se briserait de son emprise mentale.
Peut-être que là alors, les discussions allaient enfin pouvoir démarrer, et surtout peut-être qu'enfin elle allait pouvoir agir comme elle le désirait et remplir les conditions de sa promesse. Une centaine d'années pour l'exaucer, ce n'était presque rien en vérité, surtout quand on voyait ce qui l'a récompenserait à la fin.
Elle retourna son attention vers le petit corps évanoui, prisonnier de ses souvenirs, attendant patiemment l'éveil de ce dernier.
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Les souvenirs d'un Archiviste
FanfictionUn monstre sévit avec violence dans les rues de Paris. Personne ne semble échapper à son piège quand il vous tient. Pourtant, Mikhaïl semble s'en être sorti, et a réussi à se réfugier à l'hôtel occupé par son frère. Accompagné de son équipe et de No...
