Chapitre 12

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— Si Edouardo pose les yeux sur toi, fais ta prière.
— Qui est-ce Edouardo?
— Un horrible narcotrafiquant. ElDiablo! On ne retrouve jamais les filles qu'il achète.

La porte s'ouvre de nouveau, on nous demande de les suivre. On rejoint une porte voisine, où des hommes sont assis et nous reluquent comme des vulgaires morceaux de viande, j'en ai la nausée.
Joshua est debout au fond de la salle, il leur fournit les filles. Les gros bonnets sont au nombre de six, plus effrayants les uns que les autres.

Ils nous mettent en ligne et nous classent par âge. A vingt-six ans, je suis la plus âgée des filles, je suis tout au bout. Les offres s'enchaînent pour chaque fille, certaines filles craquent et se laissent difficilement emmener. C'est mon tour.

— Elena, américaine. Sa mère est originaire de Colombie. Un vrai potentiel, une belle latina qui n'a pas sa langue dans sa poche.

Un homme avec une balafre sur la joue propose 1000 pesetas, les enchères montent très vite, je suscite l'intérêt, l'homme balafré obtient l'enchère.
Un homme me saisit et m'emmène en dehors de la pièce. Je fixe Joshua avec désespoir, il me regarde avec curiosité. J'essaye de me débattre, je reçois un coup à la tête, je tombe inconsciente.
Quand je me réveille, je suis dans une pièce, mes pieds et mains entravés. Je me débats, les lianes sont serrées, les poignets sont rouge vif.
Un homme entre dans la pièce, l'homme qui m'a acheté, un sourire pervers aux lèvres, j'éprouve du dégoût.

— Ma petite colombienne sauvage.
— Vous me répugnez!

Il rit en s'approchant du lit, il caresse mon pied et remonte jusqu'à mon entre-cuisse, je me tortille dans tous les sens.

— Le FBI doit être à ma recherche, au moment où on se parle.
— J'ai le bras long, tu peux dire adieu à ton ancienne vie. Bienvenue en enfer.

Il quitte la pièce, je fonds en larmes. Cette fois-ci ma grande gueule ne me servira pas à grand-chose. Je suis entre les mains d'un horrible narcotrafiquant, j'en regrette presque le ténébreux Joshua.

En fin de journée, on finit par me détacher, je me rue aux toilettes pour vider ma vessie. Je me regarde dans le miroir, mes yeux verts  sont vitreux, j'ai de gros cernes sous mes yeux, ma couleur laiteuse est terne, et j'ai de gros nœuds dans mes cheveux.
Une femme entre dans la pièce, elle me tend le nécessaire pour me doucher et retrouver une apparence normale. Je file sous l'eau chaude, mes muscles se détendent. J'en sors, mon apparence est plus présentable, je défais les nœuds et coiffe mes cheveux bouclés. Je m'habille d'une tenue plus présentable, un ensemble rouge.

Quand je sors de la salle d'eau, la porte est restée ouverte, je parcours les quelques mètres qui me séparent du couloir. Je débouche sur un escalier, je descends sans faire de bruit, quand j'arrive au rez-de chaussée, tous les regards se tournent vers moi.
Une dizaine d'hommes armés, me prennent en vue, un des hommes aux cheveux longs me conduit jusqu'à la cuisine.

— Tu dois avoir faim, Lucia te servira quelque chose à manger.
— Merci.
— Ne me remercie pas, prends des forces, ce qui t'attend ici n'est pas une partie de plaisir.

Il s'en va. Je suis effrayée, je n'arrive plus à faire le moindre geste. Une femme rondelette, se dirige vers moi et me ramène à une table.

— Moi c'est Lucia, tu peux m'appeler mama .
— D'accord, mama.
— Tu as faim ma fille?
— Oui.
— Bien. Je te prépare quelque chose à manger.

Elle rejoint les fourneaux, je reste assise à la regarder. Au bout de quelques minutes, elle me pose une assiette bien garnie, l'odeur est alléchante.

— J'ai allégé le piment, les américaines ont un palet sensible.
— Je suis à moitié colombienne.
— Ah je le saurais pour ton prochain repas. Comment as-tu atteri ici ma fille?
— Longue histoire.
— J'ai rien d'autre à faire.

Je souris et lui raconte mon périple. Elle m'écoute avec attention, sans me couper. Quand je finis mon histoire, elle souffle fort.
Elle se baisse vers moi et chuchote à voix basse.

— Tu aurais dû rester avec Joshua, c'est un enfant de chœur par rapport à Edouardo.

Mon cœur rate un battement, je suis prise de tremblement. Elle me saisit les mains et les resserre en réconfort.

— Mama, il faut m'aider. Je n'ai rien à faire ici.
— Je sais bien ma fille. Mais sortir d'ici est quasiment impossible.

Mes épaules s'affaissent, je perds tout espoir.

— Je vais voir avec mon fils si on peut t'aider. En attendant, fais-toi le plus discret possible.
— D'accord.

On me reconduit dans ma chambre, la porte se referme, et je repense à ma vie à Los Angeles. Je regrette d'être autant déprimé pour quelqu'un qui n'en valait pas la peine. Je me retrouve dans une situation dangereuse, en partie à cause de lui.

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