Chapitre sept

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- Bonne soirée ! Bon week-end, reposez-vous bien ! Dit Hassan avant d'éteindre l'ordinateur de bureau et la caisse afin de clôturer la journée de travail.

Je prends le balai et passe brièvement un dernier coup sur le parquet. Il faudra que je passai le torchon pensais-je avant de me diriger vers le local d'entretien et d'y ranger le matériel utilisé précédemment. D'un coup d'œil, je vis un mouvement rapide venant de la gauche. La pièce du photomaton. Prise d'une bouffée d'adrénaline due à cette vision. Je m'assurai qu'il n'y avait personne, ne voulant pas être prise en flagrant délit. Je marche le plus vite possible vers la salle en question. Je fermai la porte en évitant de la faire grincer. Échec total, il faudra que je lubrifie la clenche, mais plus tard. J'entre dans l'appareil, ferma le rideau.

La première chose que je vis est un post-it sur l'écran tactile. Je retiens un petit cri de joie. J'arrachai la note de son point de fixation et la dépose dans l'une de mes poches en vérifiant cette fois-ci qu'elle ne glisse pas. Je capturai un cliché comme à mon habitude. J'attendis d'entendre un cliquetis mécanique signe que ma photo se développa. Lorsque je tendis la main pour la saisir, je sentis non pas une photo, mais deux. Étonnant. Peut-être un second message. Je vérifiais quand même le tabouret. Inspection fructueuse, car je trouvai au creux de ma main une enveloppe format A4 plutôt lourde. Note à moi-même, Éros se montre bavard lorsque je ne lui donne plus signe de vie, bon pour moi.

Je pris mes trouvailles avec moi et pris bien soin de les mettre dans mon sac avant de prendre le chemin de la gare pour rentrer chez moi. Quand je quittai la boutique, il ne restait plus qu'Hassan et Arthur, mais comme à son habitude, il était enfoui sous une tonne de carton. Tant mieux ça m'évitera de la croiser. Moi, rancunière ? Probablement, car, figurez-vous que j'ai appris par Aria, que l'imbécile qui plus est mal poli qui m'a reproché d'avoir foutu le bazar avec les rouleaux de papier cellulose n'est autre qu'Arthur. Pour une rencontre, elle n'était clairement pas des plus aimables...

Eclipse du trajet jusqu'à la gare

- Le Train S0 en provenance de Charleston à destination de Savannah initialement prévu à 18 h 07, va entrer en gare voie 10. Éloignez-vous de la bordure du quai, s'il vous plaît. Annonça l'un des hauts parleurs de la gare.

Je fixe l'écran de mon téléphone. 18 h 05. Il fallait que j'accélère et maintenant. J'enjambai les quelques dernières marches qui me séparaient du quai et saute dans le train. Ouf, moins une. Les portes se fermaient un instant plus tard. Du coin de l'œil, je cherchais une place de libre. Pas très concluant ce coup d'œil. En avançant dans l'allée, je vis un homme seul assis dans un emplacement quatre places. Je pris place face à lui et pose mon sac à ma droite, vers la vitre du wagon. Je sortis de mon sac "fourre tout" ma paire d'écouteurs, et le post-it enfui dans l'une de mes poches, la photo et les lettres qu'il m'avait rédigées. Je dépliai soigneusement le post-it jaune que j'ai décroché de l'appareil plus tôt dans la soirée.

Chère inconnue, désolé d'avance pour mon silence radio. Promis, je vais me rattraper. Je te laisse un peu de paperasse pour me faire pardonner. Bonne lecture mon inconnue, signée Eros.

Intriguée, je rangeai le carré de papier dans l'une des poches de mon sac à bandoulière et regarda de plus près son cliché. À la différence de la première photo que j'ai reçue, il m'était possible de mieux le voir. Le centre de son visage reste toujours effacé par la surexposition de l'appareil, mais j'arrive à distinguer ses cheveux, ses épaules, son style vestimentaire et une forme de visage. Pas grand-chose en somme, mais assez pour dessiner quelques traits dans mon esprit. Je tournai le cliché et vu que l'encre du marqueur laissa une trace sur mes doigts. Le message avait été écrit récemment. Cela me fit sourire de me dire que je l'ai raté de peu.

Chère inconnue, nos échanges ont commencé grâce à des paroles de chansons. Je sors donc de ma zone de confort en te partageant l'une des musiques de ma playlist. J'espère que cela va te plaire, si tu ne connais pas cette chanson ni même ce groupe, j'ose imaginer t'avoir fait aimer l'un de mes coups de cœur.

I'm picky :

I'm picky 'cause I'm all alone

Maybe I'm alone 'cause I'm a picky one

I got a lotta girls waiting for me not to call

Another Sunday morning on my own

Je mets mes écouteurs sur les oreilles, prends mon téléphone et cherche la musique proposée par Eros. Shaka Ponk - I'm picky s'afficha dans la barre de recherche Spotify. J'enclenche la lecture de ma playlist en prenant les deux grandes enveloppes que j'avais précieusement bloquées sous mon épaule. Les sonorités rock - électronique retenue dans les écoutilles de mon casque. J'analysai les deux enveloppes brunes et remarque qu'elles étaient numérotées. J'ouvris le premier étui, j'en sors plusieurs pages dactylographiées à la main. Une magnifique écriture meublait les trois pages blanches. J'observai un peu plus les lettres qui m'étaient destinées. Elles n'étaient pas écrites sur du papier ordinaire tel qu'une feuille de bloc, du papier à grain, mais non. Il avait écrit sur des partitions, vierges de toute note. Je ne pus attendre de découvrir ce que regorgeaient ces lettres.

Chère inconnue, je me suis dit que vu le laps de temps entre ton premier message et ma réponse, je devais faire preuve d'imagination. Ce n'est pas sympa, le fait que je ne t'ai pas donné de nouvelles. Désolé. Je me suis donc dit que tu aurais des questions, beaucoup de questions. Pour commencer, non, je ne sais pas qui tu es. Je ne connais pas ton identité. Charlie sait qui tu es et il refuse de me le dire de ce fait, je vais devoir faire mes recherches tout seul. Non, je ne vais pas te dire qui je suis. Ça ne serait pas drôle. Moi, sadique ? Juste ce qui faut trésor. Ensuite, pourquoi ce nom. Eros ? Sérieusement, tu dois penser que je suis mégalomane ou quelque chose dans le genre... Mais Éros, c'est toujours mieux que Zeus ou Héphaïstos niveau personnalité. Et c'est surtout parce que je suis passionné de mythologie greco-romaine. Ma mère avait pour habitude de me lire le mythe d'Eros et Psyché. Lorsqu'elle a dû être hospitalisée, c'est moi qui ai pris l'habitude de lui lire... Alors maintenant, tu sais pourquoi ce surnom d'Eros.

Mon cœur se serra. J'imaginai un enfant à la chevelure blonde tenir un énorme recueil de mythe. Lire de sa petite voix fluette les pages ornées de gravure ocre et dorée. Assis sur le coin d'un lit médicalisé, posant le livre sur ses genoux et tenant d'une main l'une de sa mère. Je fermai un instant les yeux, ne pouvant imaginer la peine que le jeune homme a pu ressentir face à cette épreuve. Quand je les ouvre à nouveau, une pensée me vient à l'esprit. Ce jeune homme que je ne connaissais pas, je voulais le prendre dans mes bras. Le cajoler, le rassurer et apaiser ses peines. Je repris ma lecture, curieuse et envieuse d'en savoir plus sur Eros.

Changeons de sujet d'accord ? Alors, j'ai vingt-deux ans. Je suis l'aîné d'une famille de deux enfants. J'ai une petite sœur, Ella, douze ans. Je me dis qu'elle t'adorerait vu tes goûts musicaux. Je vis avec mon père et ma petite sœur. Ma mère, quant à elle, résidait dans un hôpital pour sa santé. On allaient la voir souvent, tous les deux-trois jours à peu près. Je bosse au studio photo, mais ça tu as dû le comprendre assez vite. J'ai un second travail pour subvenir à nos besoins, je bosse dans un bar le soir, si un jour l'envie te prend de venir me voir... Rejoins-moi à l'adresse que je t'ai notée plus bas. Comme tu as pu le voir grâce à ma suggestion cinématographique, je suis un féru de cinéma. Celui qui fait vivre mille et une vies aux téléspectateurs alors prépare-toi à allonger la liste de film à visionner. Je souhaite que cette première lettre m'aura permis d'en apprendre plus sur moi. Je te laisse lire la seconde qui te demandera pas mal de papier et d'énergie, bonne soirée mon inconnue. Signé Eros.

Plus je lis les mots d'Eros et plus, je ressens une soif insatiable de le connaître un peu plus. Mes doigts repassèrent sur son écriture. Je saurai le reconnaître en mille. Mais mon esprit ne me donne pas plus d'informations sur l'identité potentielle de mon correspondant. Je jette un coup d'œil vers le panneau d'affichage disposé à quelques rangées de moi. J'arriverai à bon port dans quinze minutes. De quoi me laisser le temps de ranger mes affaires et de me rapprocher d'une des portes du train. J'ouvrirai la seconde enveloppe chez moi.

Ink and PaperOù les histoires vivent. Découvrez maintenant