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   Je me glisse sous le jet d'eau chaude de la douche, espérant que la chaleur puisse laver la lourdeur qui pèse sur mon âme. L'eau ruisselle sur ma peau, emportant la fatigue de la nuit passée, mais elle ne parvient pas à effacer le sentiment de honte et d'impuissance qui me ronge de l'intérieur. Chaque goutte qui frappe mon corps est une tentative de purifier mon esprit, de chasser les démons qui m'assaillent, mais ils restent ancrés, immobiles, refusant de partir. La vapeur emplit la cabine, enveloppant tout d'une brume apaisante.

    Je ferme les yeux, laissant l'eau glisser sur mon visage, y mêlant mes larmes silencieuses. Les images de la veille refont surface, fragmentées, mais suffisantes pour rappeler la douleur. Le goût du whisky, l'amertume des comprimés, et cette sensation de vide...
Comment ai-je pu en arriver là?
Je me souviens du visage inquiet de Micha, de sa douceur et de son aide. Son geste désintéressé et courageux. Une vague de gratitude mêlée à de la honte m'envahit à nouveau.

    Je reste immobile sous la douche, l'eau battant contre ma peau, essayant de me réconcilier avec mes pensées. Après un moment qui semble à la fois éternel et trop court, je me décide à sortir. Je ne veux pas faire attendre Micha plus longtemps. Je m'enroule dans une serviette, me séchant rapidement avant d'enfiler un jogging beige et un pull en laine léger blanc. Le confort du tissu contre ma peau est un léger réconfort, mais il ne parvient pas à apaiser complètement mon esprit tourmenté.

    En descendant les escaliers, je cherche Micha du regard sans la voir. Un instant de panique me traverse
Est-elle partie?
Mais je me rappelle qu'elle a promis de rester. J'avance dans la maison, à sa recherche. En arrivant dans le petit salon, je la vois, debout, observant respectueusement mon bureau de musique. Elle ne touche à rien, ne lit pas mes notes, se contentant de regarder, absorbée par les détails de cet espace qui m'est si personnel. Sa posture est tranquille, presque révérencieuse, et cela m'apaise un peu.

    Elle tourne la tête vers moi, sentant sûrement ma présence, et son visage s'illumine d'un sourire doux. Elle attrape son téléphone et tape rapidement avant de me montrer l'écran

- Est-ce que tu vas mieux?

    Je hoche la tête, sentant un léger soulagement à l'idée qu'elle se soucie de moi.

- Oui, en un sens. La douche m'a fait du bien.

   Elle sourit à nouveau, avec une bienveillance qui me touche profondément, puis tape une autre question.

- C'est ton atelier, ici, n'est ce pas?

    Je regarde autour de moi, reconnaissant l'espace aménagé pour la création musicale.

- Oui, c'est mon atelier. En quelques sortes. Il n'est que temporaire et ne ressemble en rien à mon habituel.

   Elle acquiesce, ses yeux brillants de curiosité et de respect, mais sans la moindre trace d'intrusion. C'est comme si elle comprenait que cet espace est une extension de moi-même, un sanctuaire où je peux être vulnérable et authentique.
Je sens un poids légèrement se soulever de mes épaules. Micha est là, présente sans être envahissante, et pour la première fois depuis longtemps, je me sens un peu moins seul face à mes tourments. Et comme elle, j'ai envie de me livrer un peu.

- Enfaite... je commence en me tournant vers mon bureau, c'est un peu comme le tient.

   Je m'approche et l'invite à s'assoir sur la chaise, ce qu'elle fait. J'allume l'ordinateur et lui montre un peu. Répondant à ça curiosité.

- Mes pinceaux, c'est surtout ces stylos et ces feuilles. Puis, ma palette de couleur ce clavier et ça. Je lui montre l'application de création d'instru. Le plus souvent, c'est l'instru qui née d'abord.

Serendipity . P.JM.Où les histoires vivent. Découvrez maintenant