"Tout ce que je voulais, c'était être l'égale de ma mère"
Charlotte n'a qu'une ambition : devenir une grande gymnaste. Comme sa mère. Alors quand l'occasion se présente, elle n'hésite pas une seule seconde. Pourtant elle n'imagine pas le nombre d'ob...
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« All your closets of backlogged dreams and how you left them all to me »
Marjorie – Taylor Swift
— Quelle magnifique performance d'Abigail Miller, vous ne trouvez pas ?
— Oh que si, Janett ! Elle a une agilité à la poutre, je n'ai jamais vu ça auparavant !
— Il faut dire que la poutre a toujours été son agrès de prédilection, et qu'elle a surtout un véritable talent pour ce sport !
Je visionne cette vidéo tous les jours depuis mes huit ans. Douze ans plus tard, je ne m'en lasse toujours pas. Je connais chaque image, chaque mouvement par cœur. Je pourrais sans doute réciter la vidéo si je n'avais pas le son. Abigail Miller, c'est ma mère, et une légende de la gymnastique avant tout. Elle détient trois médailles olympiques dont deux en or aux jeux Olympiques d'Atlanta en 1996 : à la poutre et au concours général par équipes. À seulement dix-huit ans !
Après ça, tout est allée très vite pour ma mère. Elle a été au haut niveau pendant encore deux ans avant de prendre sa retraite sportive. Je suis née six ans après Atlanta. Pour autant, je n'ai aucun souvenir d'elle puisqu'elle s'est donné la mort lorsque j'avais trois ans. Quant à mon père, je ne l'ai jamais connu.
Comment on dit déjà ? Ah oui, pas de nouvelles, bonnes nouvelles.
Regarder cette vidéo est un rituel, presque une nécessité pour que je m'imprègne d'elle, et sentir qu'elle est encore là.
— Lottie ! Je vais être en retard au lycée !
La voix de Riley, la plus jeune de mes deux cousines, résonne en bas de l'escalier. J'éteins la télé, attrape mes affaires et dévale les marches à toute vitesse, donnant l'impression que plusieurs personnes descendent en même temps que moi. Depuis les trois dernières marches, je saute pour marquer ma présence.
— Tu vas finir par te tuer un jour, si tu continues, rouspète ma tante.
— Tu dis tout le temps ça tante Liz, et je vais bien !
Je claque une bise sur sa joue. À la mort de sa sœur, elle et son mari n'ont pas hésité une seconde avant de m'adopter.
— Tu oublies qu'elle essaie déjà de se tuer tous les jours en faisant ses saltos sur la poutre.
Cette fois, c'est Spencer qui intervient. Je pivote sur mes talons et tombe sur ma seconde cousine en pleine bataille avec elle-même. Spencer et moi avons seulement quatre mois d'écart et tout le monde pense que nous sommes sœurs.
La vision qui s'offre à moi m'arrache un rire : le visage tordu dans une grimace et les cheveux châtain en bataille, elle lutte pour enfiler ses bottines sur des chaussettes dépareillées et n'a passé qu'une seule manche de sa veste. À l'envers qui plus est.