"Tout ce que je voulais, c'était être l'égale de ma mère"
Charlotte n'a qu'une ambition : devenir une grande gymnaste. Comme sa mère. Alors quand l'occasion se présente, elle n'hésite pas une seule seconde. Pourtant elle n'imagine pas le nombre d'ob...
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Dear John (Taylor's Version) – Taylor Swift
TW : manipulation mentale, agression sexuelle
— Charlotte ? Scott veut te voir dans son bureau.
C'est ma coéquipière Safia qui m'en informe lorsque je passe la porte du vestiaire cette après-midi. Son sourire contrit ne me dit rien qui vaille.
Mes entrailles se tordent et mon sang se glace alors qu'une centaine de scénarios défilent dans mon esprit pendant que j'enregistre l'information. Ma carrière est terminée, je vais perdre ma bourse. C'est forcément ça.
Depuis quelques jours, Scott Manning a changé de stratégie. Il ne m'adresse toujours pas la parole, ni ne valide ouvertement ma présence. Au lieu de ça, il a choisi l'intimidation. Dès lors que je passe les portes du gymnase, Manning ne me lâche pas d'une semelle. À partir du moment où je touche un appareil de fitness, il prend une chaise et peut rester des heures à m'observer jusqu'à l'épuisement. Parfois, il décide aussi de coller son corps au mien pendant les exercices de musculation. Il est conscient d'à quel point ça me dégoûte et espère que je déclare forfait dans cette bataille silencieuse.
Et pourtant, je refuse de m'y résoudre.
Ma tension grimpe en flèche à chaque marche d'escalier montée qui me sépare du bureau du directeur. J'inspire profondément et toque trois coups.
— Entrez !
Je relâche l'air contenu dans mes poumons et pénètre dans la pièce. Manning relève la tête et déplace la paperasse sur un coin de son bureau en constatant ma présence.
— Vous vouliez me voir ?
— Oui. Ferme la porte, s'il te plaît.
Aussi banale qu'est cette action, j'ai le sentiment de refermer un piège sur moi, de me condamner. Dans la pièce, l'atmosphère est pesante mais l'air devient bientôt irrespirable quand il ferme les jalousies dans un léger raclement. Les sons caractéristiques d'un gymnase en effervescence sont étouffés par le sang qui pulse dans mes oreilles.
Je m'installe devant son bureau droite comme un i, les muscles tellement tendus qu'ils pourraient se déchirer comme un élastique. Nerveuse, je garde les yeux baissés sur mes mains moites et ma jambe qui tremble.
— J'ai décidé de te réintégrer aux entraînements plus tôt que prévu.
Je relève la tête à la vitesse de l'éclair, stupéfaite. Sa voix est calme, sans trace d'une quelconque rancune, ce qui est plutôt étonnant vu les évènements...
— J'ai réfléchi à tout ça et je pense sincèrement que tu mérites une seconde chance, déclare-t-il d'une voix douce.
Le directeur se lève et fait les cents pas derrière son bureau, les bras croisés dans le dos.