"Tout ce que je voulais, c'était être l'égale de ma mère"
Charlotte n'a qu'une ambition : devenir une grande gymnaste. Comme sa mère. Alors quand l'occasion se présente, elle n'hésite pas une seule seconde. Pourtant elle n'imagine pas le nombre d'ob...
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you were there for me – Henry Moodie
Maman avait un secret.
J'essaie encore de le déchiffrer parmi les pages de ses carnets.
Planquée dans les vestiaires du L.A. Elite Club à attendre que la substance que je viens d'ingérer fasse effet, je tourne les feuilles noircies et raturées à de nombreuses reprises. Certaines sont même gondolées par ce qui ressemble à des larmes séchées.
Elle allait tellement mal...
Face à sa détresse, mes yeux s'embuent.
Mon regard est harponné par trois mots, recopiés à la suite jusqu'à ce que l'encre noire et épaisse recouvre la double-page, ne laissant plus aucun espace libre.
« JE LE HAIS »
Qui haïssait-elle à ce point ? Il n'y aucun nom qui ne ressort en dehors de celui de Gabrielle – Gaby comme elle préférait l'appeler. Elle sait forcément quelque chose, un détail qui m'échappe.
Je remarque aussi qu'elle compte. Quoi ? je l'ignore. Mais elle relève des dates et des lieux dans les marges.
— Novembre 1994... murmuré-je.
Elle s'entraînait ici-même. C'était le cas depuis l'année de ses treize ans. Alors qu'est-ce qui a changé cette année-là ? J'ai passé des heures à éplucher les sites internet à la recherche d'informations, de témoignages. Quoi que ce soit, mais rien. Il faut que j'en parle à Rachel. Elle admire ma mère depuis longtemps, peut-être qu'elle sait des choses que j'ignore.
Qu'est-ce que tu ne me dis pas, maman ?
J'atteins la dernière page, plus épaisse que les autres. Je fronce les sourcils et approche mon visage du papier pour l'analyser. La pulpe de mon pouce râpe lentement la page pour déceler une faille. Bingo ! Elle a été collée à une autre. Je glisse un ongle dans l'interstice pour les décoller mais je suis interrompue.
La voix du directeur résonne dans tout le gymnase. Un frisson désagréable glisse sur ma peau lorsqu'il ordonne à toutes et tous de rejoindre le praticable. Je range en vitesse le carnet au fond de mon sac, et rejoins la salle d'agrès en masquant mes mains tremblantes à cause des amphétamines. Ou bien des émotions. Ou de la faim. Je ne suis plus capable de faire la différence.
Tous les gymnastes s'assoient sur le sol rebondissant, certains en tailleurs, d'autres en profitent pour s'assouplir. Je repère les cheveux tressés de Rachel sur le bord du praticable le plus éloigné du directeur et m'installe à côté d'elle. Scott hausse la voix pour dissiper les derniers bavardages.
— Merci.
Un silence plane pendant qu'il dévisage un par un les gymnastes. Il se déplace de long en large à travers le praticable, comme un chef d'escouade qui passe ses soldats en revue. Quand nos regards se heurtent, je maintiens le contact, ne voulant pas me laisser intimider par les menaces qu'il a proférées il y a quelques jours. Toutefois, il n'y a aucune trace de colère ou d'agressivité dans son regard.