31. Cinq minutes

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« Oh, oh, I'm falling in love »

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« Oh, oh, I'm falling in love »

Labyrinth – Taylor Swift


En arrivant dans le service de réanimation, je suis surpris de trouver Rachel aux côtés de notre sœur jumelle. Assise sur le fauteuil, les jambes ramenées contre son buste, elle lui tient la main et la fixe. Comme si elle craignait de manquer un mouvement de sa part.

Je toque pour l'avertir de ma présence et coulisse la porte afin de les rejoindre. Ma vie paraît un peu moins maussade quand on est tous les trois. Ça me rappelle tout un tas de souvenirs : le goûter qu'on prenait toujours ensemble après s'être assuré qu'on soit tous servis, les matins de Noël où l'un de nous réveillait toujours les deux autres après avoir vérifié que le Père Noël était bien passé déposer les cadeaux au pied du sapin. Même en grandissant, on déballait nos cadeaux en même temps, on écoutait attentivement ce que chacun avait reçu.

Et chaque année, à chaque occasion, je ne formule qu'un seul et unique vœu : cinq minutes de plus avec ma sœur.

— Je ne savais pas que tu venais, chuchote Rachel. Je vais vous laisser.

J'ai le temps de la voir essuyer une larme orpheline sur sa joue pendant qu'elle se lève.

— Reste. Je ne vais pas traîner longtemps, je dois descendre à la kiné de toute façon.

— Ok.

Je répète les même gestes qu'à l'accoutumée : m'approcher de son lit, l'embrasser et lui tenir la main. Toutefois, je n'ai pas le cœur à parler aujourd'hui. Rachel et moi observons notre sœur en silence. Du moins jusqu'à ce que Rachel laisse échapper un rire étranglé, rempli de nostalgie.

— Tu te rappelles quand t'as inondé la salle de bain quand on avait sept ans ?

J'ai inondé ? Je te signale que t'étais là et que tu demandais de plus grandes vagues !

Ils nous arrivaient, surtout en hiver et que nous ne pouvions pas aller dans la piscine, d'enfiler nos maillots de bain et de jouer dans la baignoire. Je me souviens parfaitement de ce jour où Lucy et Rachel voulaient jouer aux pirates. On a sauté dans la baignoire et imité la houle qui secouait notre « navire ». Pendant que mes sœurs jouaient les matelots en détresse, je provoquais d'immenses vagues sous leurs éclats de rire. Je n'y étais pas allé de main morte sur le remplissage de la baignoire et le sol de la salle de bain s'est transformé en pataugeoire.

— Maman a tellement pété un câble !

— J'ai vraiment cru qu'elle allait nous étriper tous les trois, terminé-je sous le rire de Rachel.

La joie se dissipe et un silence lourd retombe autour de nous. Je me souviens du dernier fou rire qu'on a eu tous les trois, l'été avant notre entrée à la fac. Si j'avais su que ce serait le dernier, je l'aurais écouté plus longtemps. Le problème des derniers instants, c'est qu'ils ressemblent toujours à des moments ordinaires.

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