"Tout ce que je voulais, c'était être l'égale de ma mère"
Charlotte n'a qu'une ambition : devenir une grande gymnaste. Comme sa mère. Alors quand l'occasion se présente, elle n'hésite pas une seule seconde. Pourtant elle n'imagine pas le nombre d'ob...
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TW : violence psychologique, agression sexuelle
Je suis épuisée.
Je dors très mal ces jours-ci et cela se répercute sur mes entraînements. Alors je compense avec des boissons énergisantes à sept heures du mat' et les cachetons pour tenir la cadence. Pour mon bien, je devrais jeter les amphétamines dans les toilettes et tirer la chasse mais sans eux, tous mes efforts tomberaient à l'eau. Je n'ai pas encore réussi la figure de maman mais j'y suis presque. Il ne me manque vraiment pas grand-chose. Ce serait trop bête de reprendre le poids perdu alors que je touche la perfection du bout des doigts.
T'es tombée bien bas, Lottie !
Je suis épuisée au point que je m'endors pratiquement sur le bac à magnésie devant moi. C'est le bruit caractéristique d'une réception sur le praticable qui me sors de mon état de somnolence. Je retire l'excédent de poudre sur mes paumes et me recompose car je suis la prochaine. En attendant que la gymnaste qui me précède termine sa démonstration, je sautille sur place pour mettre mes chevilles en condition et réchauffer mes muscles endormis.
C'est Scott qui supervise les exercices au sol ce soir. Et quelque chose me dit qu'il ne laissera rien passer me concernant. Il a beau m'avoir sélectionné pour les compétitions à venir, il n'en saura que plus intransigeant avec moi. Je peux encore sentir le poids de ses menaces sur mes épaules.
Quelques applaudissements résonnent lorsque la musique se coupe net et que ma camarade s'immobilise. Scott Manning n'a même pas besoin de m'appeler sur le praticable : les deux icebergs qu'il possède à la place des yeux me l'ordonnent. Je me positionne dans l'une des diagonales, le ventre noué et attend le bip qui annonce le début de mon exercice. Dès lors que les sonorités rocks de la batterie et de la guitare électrique crépitent, je me mets en mouvement. Je lance ma première diagonale plutôt simple : rondade flip, double arrière tendu. Si je pile toujours cette réception, cette fois je fais trois grands pas en arrière.
Je ne m'en formalise pas et poursuis mes acrobaties. Ma deuxième diagonale est un désastre : je termine sur les genoux après mon full-in. J'essaie de ne pas me laisser abattre mais ma motivation à réussir mon exercice est resté sur le bord du tapis après ma chute ; et ce malgré les encouragements de mes coéquipières. Je me laisse tomber lourdement sur le sol rugueux, le cœur au bord des lèvres lorsque le dernier coup de batterie résonne. Mes poumons se remplissent d'air au maximum et se relâchent petit à petit pour dissiper la nausée qui me brûle l'œsophage.
— C'était nul à chier, prononce Scott d'une voix tonitruante.
Il a raison, c'était catastrophique. Cependant, mes joues rosissent d'embarras face à l'humiliation publique qu'il m'inflige. Mon estomac est vide depuis plus de douze heures mais se contracte pour essayer d'en déverser le peu de contenu qu'il contient.