12. Profondes blessures

217 12 12
                                        


Oups ! Cette image n'est pas conforme à nos directives de contenu. Afin de continuer la publication, veuillez la retirer ou mettre en ligne une autre image.


« Yes, I look happy, happy all the time but you don't see me, see me when I cry »

Closed Doors - Ismail



Je me suis souvent demandé ce que ça ferait, si je perdais une de mes cousines du jour au lendemain. Dans quel état je serais si quelqu'un qui était à mes côtés depuis le début, disparaissait en un battement de cil.

Un souffle.

Une seconde.

Systole. Diastole.

Et l'instant suivant, tout s'effondre.

Morbide comme pensée, je sais.

Est-ce que j'en voudrais au monde entier ? Ou seulement à moi-même pour ne pas avoir pu les protéger ? Les sauver...

On dit que le temps guérit toutes les blessures, mais c'est des conneries. La douleur ne disparaît jamais. Il y a en chacun de nous des blessures si profondes que même l'éternité ne suffira pas à les panser.

Tout le monde parle de la tristesse ou de la colère pendant le deuil, mais très peu prennent en compte la culpabilité qui les accompagne. Je trouve que c'est le sentiment le plus puissant de tous. Le plus destructeur, celui qui nous empêche le plus d'avancer. Et c'est ce qui torture Ezra, à n'en pas douter.

Il m'arrive de le dévisager en cours, quand je suis assez loin de lui pour ne pas me faire prendre. Je me demande d'où il concentre sa force pour continuer. Peut-être de Rachel et le lien indestructible qu'ils partagent en étant jumeaux. J'aime croire que c'est le cas, qu'ils peuvent compter l'un sur l'autre.

Rachel, elle, n'a jamais mentionné Lucy. À raison, cela dit. Le souvenir de sa sœur pèse sur elle comme une enclume. Le mur qu'elle garde érigé autour de ses émotions les plus vulnérables ne m'a pas échappé. Mais je vois bien que ça la travaille aujourd'hui.

Rachel est toujours performante pendant les entraînements mais ce soir, elle est comme éteinte. Alors que je prépare ma poutre pour répéter mes acrobaties, je ne peux m'empêcher d'observer mon amie aux barres, installées tout près. Parée par Lauren, Rachel se balance sur la barre supérieure avant de monter à l'équilibre. Elle effectue un soleil puis se lance dans un Tkatchev mais elle manque de rattraper la barre de quelques centimètres et termine à plat ventre sur le tapis.

— Fais une pause, ma belle, lui suggère Lauren.

Rachel ne se fait pas prier. Elle défait ses maniques et récupère sa bouteille avant de s'éclipser. Je dis à ma coéquipière Aaliyah de commencer et rejoins Rachel qui se laisse glisser contre le mur face aux barres asymétriques. En quelques gorgées, elle vide sa boisson aux électrolytes.

DaylightOù les histoires vivent. Découvrez maintenant