Je pense que la fatigue a eu raison de moi, lorsque je me réveille je n'entends plus un bruit dans ma chambre, je dois être seule. Mes amis ont certainement dû aller manger.
J'inspire profondément en gardant les yeux fermés, et repense à ce que m'a dit le médecin, un « burn-out émotionnel », c'est bien la première fois que j'entends ça... est-ce que ma colère ou mon ressentiment s'est évanoui ? Je ne saurais le dire, au fond de moi, je sens que tout est encore fragile.
Et quand je pense à Liam, mon cœur se serre, et j'aimerais ne pas sentir cette douleur, or c'est ce qui m'a conduite à tout ça... c'est un vrai casse-tête. Comment vais-je m'en sortir, et comment vais-je gérer notre rupture ? Je sens de nouveau ce vide dans mon cœur se former, et cette fois j'ai vraiment peur de me perdre pour de bon.
Mais comme une image angélique, le visage de Liam me souriant apparaît subitement dans mon esprit, je souris malgré moi, et inspire profondément. Son odeur s'insinue dans mon esprit, et, soudain, une pensée folle me traverse l'esprit, serait-il à côté de moi ? Si je peux sentir son odeur si clairement c'est peut-être qu'il est réellement près de moi.
Alors, je m'autorise un petit espoir que notre histoire ne soit pas complètement fichue. J'ouvre délicatement les yeux, et je me heurte à l'impitoyable silence, au vide de cette chambre d'hôpital.
Les larmes que j'essaye de retenir éclatent avec une telle violence que ça me surprend moi-même, je suis secouée par de violents sanglots. Je pleure sans m'arrêter, j'ai l'impression de livrer mes émotions refoulées d'un coup.
Josh entre à ce moment dans ma chambre et se jette presque sur moi, me prend dans ses bras en me serrant fort sans dire un mot, me berçant tendrement contre lui.
Pour la première fois depuis longtemps, j'ai dormi toute la nuit, sans cauchemar.
Hier Josh et Charly sont restés jusqu'à la limite des heures autorisées. Et ça m'a fait du bien de mettre un temps mes problèmes de côtes. Mon médecin est passé me voir et m'a donné l'autorisation de sortir ce matin à la condition qu'on vienne me chercher et que je vois ma psy deux fois par semaine.
Même si je me sens bizarre et pas franchement dans mon assiette, je suis prête à reprendre ma vie en main. Je suis habillée, et je fais mon sac, quand Josh et Charly entrent. Pas de Liam en vue.
— Salut petit pied !
Charly repère mon regard qui cherche derrière lui.
— Il y avait un problème à l'assos, il n'a pas pu venir, lance-t-il l'air embarrassé.
J'acquiesce, je ne sais pas pourquoi j'espérais qu'il viendrait lui aussi.
— Salut ma belle ! Le transport est enfin là ! chantonne Josh.
— Merci, les garçons, j'ai presque fini, on va pouvoir y aller. Charly, tu peux regarder dans la salle de bain si je n'ai rien oublié ?
Josh me regarde avec bienveillance, et m'aide à plier mes affaires en silence.
— Eh, tu es sérieuse ? Charly sort de la salle de bain avec mes pantoufles lapin. Tu as genre, quoi ? Trente ans ? Tu ne crois pas que tu as passé l'âge ?
Il rigole en regardant mes chaussons. Je lui arrache des mains.
— Ne te moque pas, ce sont mes pantoufles préférées ! Je suis trop bien dedans. Et je n'ai pas du tout trente ans !
— Tu les as achetés dans le rayon enfant ? Il pouffe et je ne réponds pas, parce qu'en effet c'est le cas. Charly explose de rire, d'un rire si communicatif que je me mets à rigoler, et mon Dieu, ça fait du bien de ressentir autre chose que colère et tristesse.
Ça fait plusieurs jours que je suis sortie de l'hôpital, j'ai revu ma psy, mais notre séance a été plus courte que les précédentes, je n'ai pas pu tenir jusqu'au bout. Quelquefois j'ai l'impression d'avoir de nouveau des problèmes de concentration, et ça me fait peur.
Ma psy m'a demandé de ne pas rester seule lorsque je sentais qu'émotionnellement je me sentais fragile, et dès lors que je commençais à ressasser des pensées négatives.
Jusqu'à ce soir, je gérais plutôt bien. Liam ne m'a pas donné de nouvelle, mais je l'ai entr'aperçu un soir alors qu'il venait prendre Charly.
Mais ce soir, en faisant ma lessive, je suis tombée sur des t-shirts à lui. Et aussi stupide que ça puisse paraître, ça m'a fichu un coup. Et je suis là avec un carton où sont entreposées ses affaires, et, honnêtement, je n'ai pas envie de les lui rendre. Il est vingt et une heure, je pourrais appeler Sylvia, mais je l'ai déjà suffisamment embêtée avec mes histoires. Elle est venue chez moi dès qu'elle a su pour mon hospitalisation, elle a tenu à rester avec moi la première nuit. Nous avons beaucoup parlé elle et moi, et finalement je me rends compte que je ne suis pas si seule que ça... quant à Josh, il m'a bien sûr répété que je pouvais venir quand je voulais, mais je pense que Paul en a plus que marre de l'amie folledingue et de ces drames à deux balles.
Et voilà, je retourne dans mes ruminations... j'attrape mon téléphone et appelle Sylvia, qui me rejoint chez moi quarante-cinq minutes plus tard avec des hamburgers et des glaces.
Cela fait déjà quinze jours que je suis sortie de l'hôpital, je me sens un petit peu mieux, mais je n'ai toujours aucune nouvelle de Liam. Je lui ai envoyé un texto en début de semaine, mais je n'ai pas obtenu de réelle réponse.
Je ne sais pas trop quoi en penser et c'est sur ces pensées que j'entre dans le bureau de ma psy. Nous commençons la séance en parlant de ce que je ressens et de ma capacité à accepter l'aide des autres. Puis j'en viens au sujet qui occupe pas mal mes pensées.
— Je lui ai envoyé un texto, en début de semaine, c'était au sujet de Charly, je n'ai pas osé entamer une conversation, et de toute façon il m'a répondu un « ok ». Ça n'est pas très engageant.
— Bien, dites-moi ce que vous aimeriez faire, quelle serait votre solution face à cette situation ?
J'inspire lentement et ferme les paupières pour réfléchir à la question.
— J'aimerais le voir, et lui dire ce que je sais. J'aimerais m'excuser pour mon attitude envers lui, et d'avoir refusé son aide. Juste ça, je ne lui demande même pas de revenir vers moi.
— Alors, pourquoi vous ne le faites pas ?
— J'ai peur... c'est stupide, mais j'ai peur qu'il n'écoute pas ce que j'ai à dire... et puis, si je le fais, et qu'il écoute, ça signera la fin de notre histoire, je veux dire officiellement, et je ne suis pas sûre d'assumer ça.
Ma psy me prend la main et me sourit.
— Effectivement c'est une possibilité, mais Emma, êtes-vous seule ?
— Comment ça ? Je ne comprends pas bien où elle veut en venir.
— Je m'explique, peut être que votre histoire s'achèvera à ce moment-là, ou pas, mais au moins, vous aurez pu dire et faire ce que vous souhaitiez réellement. Et au-delà de ça, vous êtes plutôt bien entourée, c'est vrai, ces dernières semaines ont été rude, vous avez dû faire face à de grosse révélation, mais au bout du compte, vous êtes entourée par des gens qui vous aiment sincèrement, et qui vous soutiennent malgré tout. Dans toutes les familles, il y a des histoires, des disputes, des mots qu'on ne pense pas, etc., mais ce qui compte réellement, c'est de pouvoir nous appuyer sur eux quand on en a réellement besoin, et je crois sans trop me tromper que c'est votre cas malgré tout. Après, Emma, il faut que vous appreniez à faire la différence entre « ce qui est acceptable pour vous en tant qu'individu » et le « politiquement acceptable » c'est-à-dire ce que la société nous « oblige » à accepter ou non, et je pense que vous ne saisissez pas bien la nuance, c'est là-dessus que se porteront nos prochaines séances.
Je reste silencieuse parce que je ne sais pas quoi répondre, mis à part que je vais y réfléchir.
VOUS LISEZ
DANS MA MEMOIRE
Roman d'amourEmma est une jeune femme pleine de ressources, malgré un grave accident de la route, qui lui a provoqué une amnésie partielle, elle a réussi à se reconstruire avec l'aide de son ami de toujours Joshua. Malgré tout, Emma a perdu deux années de sa vi...
