Chapitre 38

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Nisrine

Je monte les marches une à une, le souffle court. Mes jambes tremblent. Mes mains aussi. Je pousse la porte de la chambre et je referme doucement derrière moi. Le bruit du clac me donne presque la nausée.
J'avance jusqu'au lit et je m'assois. Tout mon corps est glacé, mais je transpire. Je suis encore secouée. Je sens mes entrailles se tordre, comme si quelque chose de vivant, grouillait en moi.

Les sirènes retentissent au loin. Bleues, tranchantes, crues. La maison est étrangement silencieuse, alors que quelques minutes plus tôt, elle débordait encore de cris, de voix, de larmes.
Ce silence-là... il est lourd, sale, collant. Comme un nuage noir suspendu au plafond. Je n'entends que ça : le bourdonnement des ambulances, et ce silence qui hurle plus fort que tous les mots.

Je baisse la tête. Et là, ça revient.
Son visage. En bas. Dans ce lit. Ou ce qu'il en reste.
Le sang. Ses yeux ouverts, fixes. Sa peau ouverte en lambeaux.
Et je me rappelle.
Tout.
Ce qu'il m'a fait. Ce qu'il m'a volé. Mon enfance. Mon corps. Mes nuits. Ma paix.
Combien de fois j'ai pleuré seule. Combien de fois j'ai supplié Dieu de m'aider, de me libérer de lui.
Et maintenant il est mort. MORT. Et pourtant, j'ai toujours aussi mal.

La porte s'ouvre doucement. Je me redresse d'un bond, mais c'est lui.
Amine.
Il entre, referme derrière lui, et reste adossé à la porte. Il a l'air vidé. Brisé. Je vois sa gorge se contracter. Ses yeux sont rouges. Il essaie de garder le contrôle. Je le vois, je le sens. Mais il est au bord.

Je me lève. Je ne réfléchis pas. Je me jette dans ses bras.

Et je suis incapable de me retenir. Je pleure. Mon corps secoué par les sanglots, mes mains agrippées à lui comme à une bouée au milieu d'une mer en furie.
Je ne sais même pas pourquoi je pleure. Est-ce de la peur ? Du soulagement ? De la rage ? Tout se mélange. Tout déborde.
Il me serre fort. Il me caresse les cheveux. Il m'enlace comme si son amour pouvait réparer mon cœur fracturé.

- Ça va aller, murmure-t-il. Je te jure, ça va aller...

Je relève la tête. Les larmes continuent de couler toutes seules.

- Mais qu'est-ce qu'il s'est passé... ? Qu'est-ce qui s'est passé, Amine... ?

Il passe une main sur son visage. Il essuie mes larmes du bout des doigts. Sa main tremble un peu.

- Je sais pas, Niss. Je... j'en sais rien.

Je plonge mes yeux dans les siens.

Et là, je comprends. Il va mal. Très mal. Ce n'est plus de la colère. C'est de l'effondrement. Il est en train de vaciller. Comme si tout ce qu'il tenait à bout de bras jusqu'ici venait de lui échapper.

- Tu vas bien... Amine ? je murmure, inquiète.

Il secoue la tête, doucement. Comme s'il voulait dire « non », sans vraiment le dire.

- Je sais pas. Je sais pas du tout.

Je le serre contre moi. Cette fois, c'est moi qui le berce. Moi qui le tiens. Moi qui lui offre un refuge.

Et sans savoir pourquoi, sans raison logique, une peur sourde me monte dans le ventre.
Quelque chose me dit que ce n'est que le début.
Le début d'un chaos encore plus profond. Et je ne sais plus si je dois avoir peur... ou m'y préparer.

(...)


Amine

Je suis dans ma chambre en train de préparer ma valise pour l'aéroport. Je repliais une chemise quand on a toqué à la porte. Je croyais que c'était Nisrine - mon cœur s'est légèrement allégé - mais non, c'était Oumy.

Nisrine: RedemptionDes histoires addictives. Découvrez maintenant