Tout en marchant vers ces arbres qui envahissent le ciel à mesure que l'on approche, je ne cesse de retourner dans mon esprit les questions de l'Autre. Il m'a fait découvrir de nouvelles pensées qui, si on les laisse tourbillonner, donne un goût amer au voyage.
Je reste déterminée, confiante, suivant cette étrange chaleur qui brûle en moi et me motive à avancer pour découvrir ce qui m'attend. C'est enivrant, puissant, ça englobe tout le reste.
Je ne pense plus vraiment lorsque nous franchissons l'ombre des arbres. Je ne ressens que l'envie de savoir qui se cache dans cette forêt. Qui, ou quoi, d'ailleurs. Quelle nouvelle épreuve peut se présenter ? Rien ne m'inquiète, au contraire, j'ai un fourmillement jusqu'au bout des doigts à l'idée de devoir encore montrer ce que je vaux.
La hâte m'emporte. Je marche vite, serrant mon arc en main, les pans de mon manteau flottent autour de mes jambes en claquant. Là, derrière ces arbres, se trouve l'aventure. La découverte de tellement d'autres, la nouveauté et, pourquoi pas, l'explication de tout.
Ce n'est qu'en arrivant pour de bon aux pieds des arbres que cette hâte se fait un peu grignoter. Je lève le nez devant ces géants qui doivent faire cinq fois ma taille et dont je ne peux clairement pas faire le tour avec mes bras. Je me sens ridicule et le souvenir du mur énorme me fait frissonner.
Sans le remarquer, je me masse l'épaule lorsque le souvenir revient. L'autre, qui marchait nettement moins vite, s'arrête près de moi et penche un peu la tête en m'observant. À son sourcil froncé, je devine qu'il s'inquiète. Craignant d'avoir un insecte énorme sur l'épaule, je me crispe et tourne sur moi-même pour tenter de le voir.
Cet étrange, cette peur-là, tout à coup, alors que je n'ai jamais vu d'insecte pour le moment...
Je ris de moi-même en secouant la tête. Cela ne sert à rien de m'inquiéter sans raison. Il l'aurait repoussé si quelque chose avait été là. J'ajuste mon manteau en grimaçant un peu, sans comprendre tout de suite pourquoi. Le plus important, c'est d'avancer.
Je m'apprête à faire un pas pour trouver un chemin quand l'autre m'arrête en me tenant le bras. Étonnée et un peu inquiète, je le regarde à nouveau. Ses doutes ont-ils repris le dessus sur son souhait d'avancer avec moi vers la suite de notre histoire ?
L'inquiétude remplit ses yeux et assombrit son visage. Cette attitude est tellement nouvelle de sa part que j'en perds un instant le souvenir de ce qui nous a menés jusqu'ici. Je ne vois plus ce qui nous entoure, absorbée par ses nouvelles ombres. L'instant se fige, me rend inquiète à mon tour et je n'ose pas demander ce qui, en l'observant bien, s'impose comme une évidence que je refuse d'accepter.
Il dit alors tout haut ce que mon esprit a trop longtemps repoussé dans un coin, absorbé par l'envie d'aller plus loin plus vite.
« Tu saignes. On doit faire une pause avant d'avancer vers l'inconnu. »
Mon cœur se déchire. Faire une pause à un pas de l'avenir, c'est impensable, impossible. Ce serait comme renoncer et laisser à ce qui nous attend peut-être, l'impression que nous ne viendrons jamais. Et si ce temps de repos fait disparaître tout ce qui nous est destiné ?
Je serre un peu les poings, passant mon regard de l'autre au sous-bois qui ne montre rien de ce qu'il détient. À mesure que je me demande si c'est réellement obligatoire que nous fassions une pause ici, mon corps délivre ces messages que j'ai tenté d'ignorer depuis trop longtemps.
J'ai mal.
Et lui aussi.
Lorsque je l'observe un peu plus, je remarque enfin ses blessures. Il me semblait aller si bien, quelque temps auparavant, vainqueur de ses batailles personnelles. Nous avons avancé sans que lui ou moi ne ressentions ces blessures qui, pourtant, marquent nos corps. Et elles ne sortent pas de nulle part. Que ce soit sur lui, ou sur moi, les marques correspondent à ce qui nous est arrivé en chemin.
Pourtant, j'ai l'impression de les découvrir en cet instant seulement.
Je me sentais forte. Invincible. J'ai quand même gagné toutes mes batailles... !
Et j'en suis ressortie blessée malgré tout. Est-ce toujours ainsi ? Visiblement. Les batailles doivent laisser des marques pour que l'on se souvienne de notre chemin.
Je cesse enfin de lutter pour tenter de masquer ce que je ressens et je m'incline. L'autre soupir un peu avant de relâcher mon bras. Il a raison, après tout, si je ne guéris pas maintenant ce que j'ai subi avant d'arriver jusqu'ici, comment je pourrais poursuivre vers l'avenir et les prochaines épreuves ? Ces blessures-là pourraient devenir de trop lourds fardeaux et me ralentir dans les futurs combats.
J'en aurais d'autres en route et il faut que j'apprenne à guérir.
Nous reculons un peu pour retrouver la lumière du ciel afin d'installer notre petit campement. C'est vite dit, une fois nos armes déposées au sol, il n'y a rien de plus qui signifie que nous sommes là. Pourtant, le simple fait de m'asseoir non loin me donne toujours ce sentiment d'être dans un endroit sécurisant.
Une fois assise, mon corps souffle déjà un peu. Les divers élancements m'indiquent les emplacements des blessures que je tâte doucement du bout des doigts. J'en devine ainsi l'étendue et la gravité, tout en ressentant instinctivement les gestes qu'il faut pour en être sûre.
L'autre est assis en tailleur et semble avoir besoin de se renfermer sur lui-même pour sa propre guérison. Il garde les yeux clos et ne répond pas lorsque je l'interroge un peu.
Ainsi, la guérison est personnelle. Très bien.
Je mets de côté la pointe de frustration ainsi que le sentiment de rejet qui se montrent pour me focaliser sur moi. C'est difficile, au début, de ne pas pouvoir en discuter avec lui. Puis je me souviens que, même si nous avons fait un bout de chemin ensemble, j'ai parcouru seule une grande partie de ma route et gagné mes propres combats par moi-même.
Tout en lui murmurant un mot ou deux d'encouragement pour ses propres soins, qu'il n'entend sans doute pas, je me lève et je vais parcourir la plaine à la recherche des plantes dont je sais, comme ça, comme tout, qu'elles m'aideront. Je m'éloigne de l'autre, mais ce n'est que pour un temps. C'est pour mon bien et je sais qu'il le sait. Je l'espère, en tout cas.
Quand nous seront guéris, nous poursuivront notre chemin.
Et puis, quelque chose me souffle que ce temps de guérison peut m'offrir bien des surprises.
NOTA BENE :
Pour le prochain chapitre, je vous demande de me laisser le prochain mot qui le définira en commentaire. Si j'en ai beaucoup, je ferais voter en live lorsque je l'écrirais. N'hésitez-pas !
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Il suffit d'un mot
FantasiPanne d'inspiration mais envie d'écrire. J'ai demandé à mon ami de me donner un mot, pour voir si je pouvais en faire quelque chose... De fil en aiguille, de mot en mot, l'histoire s'est créée et se créera encore. J'ai souhaité vous la partager pou...
