Chapitre 3

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Marie-Irène


Depuis l'incident de la nuit passée, j'évitais de traîner dans les rues. Cet officier me paraissait louche et je doutais qu'il m'ait oubliée. Les rares fois ou je l'avais croisé il m'adressait des clins d'œil entre chaque sifflement. Rien que d'y penser ça me donnait envie de dégobiller, mais pas le temps de s'attarder sur ces enfantillages.

J'avais des choses beaucoup plus importantes à faire ce jour là.
Je devais m'arranger pour récupérer un parachutiste américain qui était tombé à quelques kilomètres du village. Je me préparais à l'accueillir pour quelques jours.

Les problèmes survennaient de plus en plus dans les réseaux résistants : beaucoup de nos partisans avaient été emprisonnés ou abattus, des fins terribles, sans oublier que la plupart de nos coups d'état avaient été avortés.

Je soupçonais qu'il y avait un traître mais cela serait difficile à prouver.

J'enfilai mon manteau cammel et détachai mes cheveux qui tombaient en cascade un peu en dessous de mes épaules. Pour ne pas éveiller les soupçons, je m'étais habillée d'une jupe crayon marronée et d'une chemise blanche, ma tenu de travail.

Les pénuries de tissu nous rendaient, pour nous les femmes la vie difficile. Mes vêtements étaient fabriqués à partir d'habits usagés de mon père, mais pour l'instant cela me suffisait.

Je jettais un dernier coup d'œil à la maison vide, avant d'enfourcher mon vélo, mon sac bien accroché à mon porte bagage. Dedans il y avait de la nourriture, de l'eau et des affaires pour le nouvel arrivant. Les mains posées sur mon guidon les yeux rivé sur la route je laissais mes pensées vagabonder dans mon esprit. Je me sentais folâtre, exitée, stressée.. et aussi appeurée.

Toutes ces émotions formaient un étrange mélange dans mon corps. Alors j'essayais de me concentrer sur le défilé des paysages, ces prairies à perte de vue.

Arrivée au point de rendez-vous, je fis face un champs banal qui possèdait des énormes buissons sur ses côtés.

Je me mis à fouiller, mais je ne trouvais rien, aucun signe de vie.

Peut-être m'étais-je trompée ?

Je m'apprêtais à repartir, quand un camion de la SS passa brusquement sur la route.

Je pus à peine apercevoir les visages de ces personnes assises à l'arrière mais j'en avais assez vu pour comprendre qu'elles étaient juives. Quand le véhicule répartit, il dévalait les routes à pleine vitesse.

Je repris mes recherches. Il me fallut pas moins de deux heure pour le retrouver.

Caché dans un arbre il m'observait avec un léger sourire en coin. Après l'avoir aidé à descendre, nous avons jetté son équipement et son sac dans la rivière un peu plus loin. Cela éviterait d'éveiller les soupçons sur son passage dans la ville.

Je lui tendis les vêtements propres qui appartenaient à mon oncle. Il les enfila avant de me rejoindre près de la bicyclette.

Il avait quelques égratignures au visage mais rien de choquant. La sueur dégoulinait de son front, ses yeux fuyaient, ses membres tremblaient. La peur le rongeait de l'intérieur. Assis derrière moi, ses bras autour de ma taille, sa tête rentré dans mon dos.

Il s'était endormi.

Je filais à toute allure sur les routes, les sentiers, pendant que le soleil descendait colorant le ciel en rouge, orangé.

Tu tomberas avec moiOù les histoires vivent. Découvrez maintenant