Chapitre 13

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Marie-Irène

Cela faisait plusieurs mois que ma mère avait perdu la vie mais elle continuait de vivre dans mes souvenirs.

Hans et moi étions devenus de plus en plus proche. Ma vie avait pris un nouveau tournant. J'avais renoué des liens avec des anciennes connaissances. Justement après mon service je devais rejoindre Sophie et d'autres jeunes filles pour discuter.

J'adorais les écouter parler chiffon ça me permettait de me détendre et de passer du bon temps. On se racontait les petits ragots, cela permetait de s'évader de la routine.

Cette fois-ci on parlait des allemands c'était Charlotte qui avait lancé le sujet. Elle s'était fait agressée par l'un d'entre eux et se sentait obligée de se livrer. Je me sentait tout d'un coup mal à l'aise. Sa description coïncidait avec celle de, comment il s'appellait déjà... Gustav.

Un frisson me traversa le corps. Ses yeux se remplissaient de larmes à mesure qu'elle expliquait ce qu'il lui était arrivé. Je sentais qu'elle avait envie de se confier, de réconfort.

Pourtant aucune des autres femmes ne lui portait réellement d'attention. Elles se contentaient de lui tendre un mouchoir et d'insulter des nazis :

- Quels ordures ces allemands ! Fis Sophie dans un élan de colère.

- Ils ne méritent pas de vivre c'est "sales boches", coupa Isabelle.

Comment pouvaient-elles porter de tels propos, je comprenais leur rage, leur colère mais elles les généralisaient, les mettaient dans des cases comme le faisait Hitler avec les Juifs. Au fond personne n'était gentil, personne n'était méchant.

Elles commençaient à monter la voix, couvrant les sanglots de Charlotte. Je m'enfonçais dans ma chaise évitant tous les regards, je ne voulais pas faire parti de ce débat. Mince ! Sophie plongea ses yeux dans les miens, je craignais le pire :

- Marie-Irène, tu en penses quoi de tout ça ?

Oh non ! Tous les regards se pointaient sur moi. Je me raclai la gorge :

- Euh je ne.. veux pas me prononcer.

Elles se mirent à rire aux éclats. Avant de continuer leur conversation. Ouff ! Je m'en était plutôt bien sortie.

Je sirotais mon thé. La tasse entre mes mains, je la laissais m'imprégner de sa chaleur.

Quand il fut temps de se quitter je sentis comme un soulagement.

Au loin j'aperçus Charlotte sangloter, je m'empressai de la rejoindre. Je voulais l'aider à traverser cette mauvaise passe. Je l'interpelai, elle se retourna, essayant de cacher ses yeux bouffis. J'essayai de la réconforter en lui disant des mots doux. Elle commençait à sourire.

Je la suivais sans me rendre compte que l'on était arrivées devant chez elle. Sa maison était un orphelinat elle s'occupait des enfants abandonnés avec d'autres femmes. Ils vivaient ensemble comme dans une grande famille.

Elle m'enlaça avant de rentrer à l'intérieur.

Je relevai la tête pour découvrir un camion de la SS qui s'était garé au bout de la rue, les soldats s'avançaient dans ma direction. Que feraient-ils dans un orphelinat ?

Ils me saluèrent avant de s'engouffrer dans le bâtiment. J'allais reprendre ma route quand mon bras fut retenu :

- Rentrer chez toi, avant qu'il ne t'arrive quelque chose ! Gronda Hans.

Son regard était sombre, sa voix rauque. Je ne l'avais jamais vu dans cet état. Je n'osais plus bouger. Il le sentit avant de s'attendrir, sa bouche se posa sur mon front. Puis il repartit à l'intérieur.

Je savais ce qui allait se passer, je l'avais lu sur son visage. Une nouvelle rafle s'annonçait.

Tu tomberas avec moiOù les histoires vivent. Découvrez maintenant