30. Départ inquiétant

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*Mercredi 18 février 2015 — début d'après-midi*

Cher Journal,

Une chose étrange s'est passée en début de semaine. Cela concerne Hoshi, et je m'inquiète pour elle. Toute notre bande d'amis est inquiète. Depuis trois jours, elle ne répond pas à nos appels, ni à nos SMS, et encore moins sur MSN hotmail ou Facebook.
Je ferai mieux de commencer par le début, afin que tu puisses comprendre la raison de notre inquiétude.
Tout commença lundi après-midi. Au cours de maths de 13h45 à 14h40, la CPE est venue dans la salle de cours où nous étions pour l'interrompre. Elle a demandé à Hoshi de la suivre, avec comme seul indication que quelque chose de grave était arrivée dans sa famille. Hoshi a donc accompagné la CPE, pâle comme un linge et prenant son sac de cours. J'ai échangé un regard interrogateur avec Marion, Sally-Anne, Arthur et Xavi ; on se questionnait sur ce qui pouvait bien se passer de grave pour que quelqu'un se déplace personnellement jusqu'à notre salle de cours. En tout cas, nous n'avions plus vu notre amie depuis son départ du cours de maths ; elle n'est pas venue aux deux heures de cours de SVT ayant succédé ce dernier. Elle n'est même pas venue aux cours de toute la journée d'hier, alors qu'elle a toujours été ponctuelle.
Nous récupérons ses cours grâce aux polycopiés que nous passaient nos professeurs, dans chaque matière. (Excepté la LV2 Chinois ou la LV2 Allemand, parce que Hoshi avait choisi espagnol comme seconde langue depuis la 4ème.)
On se demandait ce qui se passait. Ne pas avoir de nouvelles de Hoshi est étrange, parce qu'elle s'arrangerait pour nous joindre et répondre à nos nombreux messages, même avec les deux bras cassés. Des questions sans réponses qui nous turlupinaient.
Suffisamment pour que nous décidions de demander des comptes à l'administration du collège. Durant la récréation de 10h15 à 10h35, qui séparait le cours de français aux deux heures de physique-chimie, Marion et moi nous sommes rendues au bureau de la CPE. Nous nous apprêtions à demander à un pion où est-ce qu'elle se trouvait, lorsque la CPE arriva dans notre dos.
- Ah ! Mesdemoiselles Starling et Orléans. Bonjour. Je suppose que vous êtes venues me demander où est votre amie Hoshi, suggéra-t-elle.
- Oui, madame.
- Ses parents ont appelé le secrétariat pour annoncer qu'un décès venait de survenir dans leur famille, et qu'ils devaient donc venir chercher leur fille de toute urgence. Mademoiselle Orieux ne vous a rien dit ?
- Si on avait des nouvelles, on ne serait pas venues là, commença à protester Marion, mais je l'interrompis très rapidement :
- En fait, Hoshi n'a parlé à personne depuis son départ, répondis-je. Depuis lundi, nous avions tenté de la contacter plusieurs fois, et ce par tous les moyens possibles et imaginables, mais sans succès. C'est le silence radio.
Je lui ai donc expliqué le problème, et la CPE a regardé dans ses papiers pour retrouver le post-it où elle avait noté la raison de l'appel des Orieux.
- C'est un membre de la famille maternelle de votre amie qui vient de décéder. Comme il habitait au Japon, c'est la raison pour laquelle ils ont souhaité récupérer Hoshi avant la fin des cours ; ils devaient préparer les valises et acheter des billets d'avion à destination de Tokyo. Il y a également le décalage horaire. Ils m'ont aussi dit qu'ils feraient rater les cours à Hoshi jusqu'à leur retour du Japon, à la fin de semaine.
Ah oui, c'est vrai ! La mère de Hoshi est japonaise de naissance, et, d'après Hoshi, elle s'était installée en France pour étudier l'architecture, loin de sa famille et ses amis. Et de ses origines. A force de côtoyer Hoshi, j'oublie toujours ses origines asiatiques du côté de sa mère.
A présent, je comprends mieux pourquoi Hoshi était partie du cours de maths, lundi. Et peut-être aussi pourquoi elle ne répondait pas à nos appels. S'il y a eu un décès dans sa famille...
L'entretien prit fin lorsque la CPE conclut qu'elle comptait sur nous pour faire passer les cours à Hoshi quand elle reviendra du Japon, et de la prévenir de bien réviser également, parce qu'elle devra rattraper les contrôles ratés au retour des vacances d'hiver. Vacances qui débuteront vendredi 20 février au soir... (Blois étant dans la zone B pour les périodes scolaires, Cheverny et les villes alentours en font également parties.)
La sonnerie qui retentissait alors annonça la fin de la dernière récré de la matinée, lorsque je quittai le secrétariat en compagnie de Marion, après avoir promis à la CPE que nous ferions passer le message à Hoshi.
- Apprendre comme ça le décès d'un proche, alors que tu es en cours, ça doit faire un sacré choc ! souligna Marion. Je compatis pour Hoshi et sa famille.
- Ça explique pourquoi, dans un sens, elle ne répond pas à nos appels, depuis lundi. Le deuil n'est pas facile. Ce qui importe pour le moment à Hoshi, c'est de passer du temps avec sa famille qui habite au Japon.

*
*   *

À mon retour à la maison, à presque treize heures de l'après-midi, après les cours, pour déjeuner, j'ai envoyé un long message à ma meilleure amie. Afin qu'elle sache qu'elle n'est pas seule et qu'en cas de besoin, nous serions là pour elle. Je n'attendais pas un retour tout de suite, mais Hoshi saura que nous la soutiendrons — à notre niveau.
Il est temps de m'occuper des devoirs à faire avant de vaquer à mes occupations, et ensuite me préparer pour le cours de judo de ce soir, aux plus de 10 ans et aux adultes. Il se déroulera de 19 heures à 20h30. Ça fera du bien de penser à autre chose.
Arthur et moi pratiquons le judo depuis l'âge de 8 ans ; nous en sommes donc à notre septième année de judo, actuellement. Deux ceintures de sauté et des diplômes du meilleur comportement à la fin de l'année. Les profs de judo savent récompenser quand c'est le cas (et quand c'est mérité).
Je viendrai te reparler tout à l'heure, cher Journal. 😘

21h52

Pendant l'échauffement au début du cours de judo, après le salut des jeunes judokas face au professeur et au tableau de Jigorō Kanō, j'en ai parlé avec Arthur. Marion et moi avions mis le reste de la bande au courant à la fin de la récré, en allant en physique-chimie. On se demandait comment on pourrait réconforter Hoshi lorsqu'elle reviendra en France. Parce que, pour le moment, nous ne pouvions pas faire grand-chose. Arthur a alors avancé qu'on improviserait le moment venu.
- Je pensais la même chose, répondis-je en continuant de courir autour du tatami. C'est une période difficile pour Hoshi, elle a besoin de temps avant de se confier. On ferait mieux de la laisser tranquille.
Après cela, on n'en a plus reparlé pendant le reste de l'échauffement, ni à l'entraînement où les judokas se mettaient par deux pour pratiquer les prises que chacun avait acquises au fil des années, ni à la fin du cours qui s'est terminé par un nouveau salut. Chacun a rejoint les parents qui étaient venus récupérer leurs enfants.
C'est la mère d'Arthur qui est venue nous chercher. Comme la mienne travaillait encore au moment de partir pour le judo, Stacy nous avait donc emmenés au judo, moi et Arthur.
Nos familles se sont mises d'accord pour s'alterner, pour les allers et les retours.
Hoshi doit se sentir mal à l'heure qu'il est. Son état d'esprit devait être complètement impénétrable pour ne pas répondre à toutes les tentatives d'appels de la part de ses amis. D'un côté, je comprenais sa tristesse : comment ne pas l'être, quand un membre de sa propre famille, qui était très malade ou alors blessé gravement au cours d'un accident, finissait par en mourir ? Peu importe la façon dont on meurt, ça donnait un sacré coup aux proches du défunt.

 D'un côté, je comprenais sa tristesse : comment ne pas l'être, quand un membre de sa propre famille, qui était très malade ou alors blessé gravement au cours d'un accident, finissait par en mourir ? Peu importe la façon dont on meurt, ça donnait ...

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J'espère que Hoshi trouvera en elle la force de se relever et faire face à son immense douleur.
A son retour, nous lui passerons les cours récupérés pour elle, les corrigés des exercices faits au cours de la semaine, et aussi, selon la promesse faite à la CPE, nous la préviendrons des contrôles qu'elle devra rattraper.
De mon point de vue, je ne pense pas que ma meilleure amie viendra avec nous à Royan, au début des vacances d'hiver...
Bonne fin de soirée à toi, mon très cher Journal !

Félicia

𝐿𝑒 𝑗𝑜𝑢𝑟𝑛𝑎𝑙 𝑖𝑛𝑡𝑖𝑚𝑒 𝑑'𝑢𝑛𝑒 𝑓𝑢𝑡𝑢𝑟𝑒 𝑒́𝑐𝑟𝑖𝑣𝑎𝑖𝑛𝑒Où les histoires vivent. Découvrez maintenant