5. Le ridicule ne tue pas ? Mon œil !

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Samedi 9 août 2014, 18h49

Cher Journal,

Tu te rappelles, quand je t'ai raconté, l'autre jour, le coup d'Océane où, avec l'aide de Clémence, elle critiquait ouvertement ma petite ville bien-aimée sur Facebook ? Où elle nous avait « désignés », sans dire nos noms ? (Sur ce coup-là, elle avait eu l'intelligence de ne pas le faire, parce que je crois qu'elle aurait passer un sale quart d'heure...) Eh bien, figure-toi qu'il y a du lourd !
Ce matin, alors que je venais de me lever, mon portable vibre. C'était Sally. À mon avis, une nouvelle va sortir de la bouche de mon amie.
D'habitude, quand elle m'appelait pour m'annoncer quelque chose (et c'est le cas, les trois quarts du temps), elle parlait à une telle vitesse qu'on la prendrait presque pour une hystérique — du moins si on n'a pas la chance de la connaître. Mais là, sa voix me semblait... angoissée ? Tendue ? Je ne saurais le dire.
Toujours est-il qu'à peine ai-je dit « Allô ? » d'une voix pâteuse — j'ai horreur d'être réveillée comme ça le matin, je tiens à dormir ! —, qu'elle m'avait lancé :
- Lissie, je suis désolée de  te déranger, mais t'es courant pour Clémence ?
Encore dans les vappes, je m'étais frotté les yeux. Franchement, Clémence était bien la dernière personne sur Terre, avec sa clique et sa chef, dont j'avais envie de prendre des nouvelles. Ça ne m'intéressait pas vraiment...
Seulement, j'étais à mille lieux d'imaginer la gravité de la situation ! Car, sans attendre ma réponse, Sally m'apprenait la nouvelle. J'avais fait un bond de trois mètres, me réveillant pour de bon :
- Attends, QUOI ?! Arthur t'a dit...
- ... que la police est allée chez les parents de Clémence ? Oui, c'est bien ce qu'il m'a raconté, avait affirmé mon amie au style gothique, à l'autre bout du fil. Les flics encerclent la rue où habite Arthur, et interrogent tout le voisinage. Un véritable pied de guerre ! D'après j'ai compris, un appel anonyme avait été passé au commissariat de la préfecture, très tôt ce matin, pour dénoncer une fille qui cachait des trucs pas nets dans sa chambre — et la fille en question, c'est Clémence, tu l'auras compris.
- C'est n'importe quoi ! Si c'est vrai, ton histoire, comment Clémence a-t-elle réussi à planquer « ses trucs pas nets » dans sa propre maison, au nez et à la barbe de ses parents ? Désolée, Sally, mais je n'arrive pas à l'imaginer dans le rôle moderne de Voldemort, avais-je ironisé.
Sally et les autres ne connaissaient que trop bien mon opinion sur Océane et ses « toutous », tout comme moi, je connaissais les leurs sur elles. De toute la bande, c'est Clémence qui m'énervait au plus haut point. Je ne la porte pas dans mon cœur à cause de son comportement que je trouve parfaitement immature et hautain, et ses défauts semblent plus développés que la norme. J'avoue qu'elle a aussi des qualités, comme tout le monde.
Mais là, vu l'histoire que venait de me raconter Sally, je trouvais ça gros. Tellement gros que je ne sais pas si c'était la réalité ou la fiction.
- Pourtant, c'est du lourd, ce qu'on a trouvé, avait insisté Sally-Anne. En questionnant les quelques voisins curieux qui étaient sortis dans la rue et deux policiers qui surveillaient la zone, Arthur a récolté des infos où, apparemment, il y avait de l'herbe au fond du placard de Clémence.
À ce moment-là, j'avais cru tomber du lit une nouvelle fois.
De l'herbe ? Cette saleté qui ruinait la santé de quiconque l'utilisait et que les jeunes aimaient bien fumer, au même titre que les cigarettes traditionnelles, afin de se faire comme les copains — de se considérer comme un grand ? (Désolée, ça ne me tente pas de « jouer aux grandes », comme diraient les quelques camarades de classe qui fumaient : si c'est pour se choper des maladies graves comme le cancer du poumon ou tout ce qui se concerne la cardio-vasculaire, merci bien !) Ça ne se vendait pas à tous les coins de rue !
Pourtant, je refusais de croire en cette histoire. Clémence, avec de l'herbe ? J'ai beaucoup de mal à l'imaginer...
- Sally, avais-je murmuré en essayant de rester calme, tu te rends compte de ce que tu me sors ? Même si c'est vraiment ce qui vient de se passer, même si Clémence est la plus peste que les autres de sa bande, je la vois mal prendre de l'herbe. Elle risque quand même gros, tu ne crois pas ?
- Pour répondre à ta dernière question, c'est sûr qu'elle va prendre cher ; pour ta première question, oui, j'en suis tout à fait consciente. En revanche, je ne connais pas la suite des news, Arthur ne m'a pas rappelée. Mais il risque de venir chez toi, alors, à ta place, je me préparerai...
À peine avait-elle dit ça, que j'entends quelqu'un sonner à la porte. Quand on parle du loup, on en voit la queue !
Je lui avais promis de la rappeler au plus vite avant de raccrocher, et de descendre les escaliers à toute vitesse. Stacy était partie très tôt ce matin, des heures avant que je me lève, parce qu'elle avait posé ses vacances, elle aussi, et qu'elle allait séjourner chez son fils qui habitait Tours, à quelques kilomètres à peine de la zone commerciale. (Cela voulait dire, au cas où tu ne l'aurais pas compris, cher Journal, que je serai seule à la maison pendant plusieurs jours. La classe !)
Arthur se trouvait sur le perron. Il avait été très surpris, d'abord, en me voyant lui ouvrir la porte d'entrée en pyjama, comprenant rapidement que je venais de sortir du lit. Et que Sally venait de me mettre au courant.

𝐿𝑒 𝑗𝑜𝑢𝑟𝑛𝑎𝑙 𝑖𝑛𝑡𝑖𝑚𝑒 𝑑'𝑢𝑛𝑒 𝑓𝑢𝑡𝑢𝑟𝑒 𝑒́𝑐𝑟𝑖𝑣𝑎𝑖𝑛𝑒Où les histoires vivent. Découvrez maintenant