☾ JEUDI 20 H 07 / JOUR 55
Je suis planté devant cette porte depuis cinq minutes déjà. Il m'a vu. Il n'a rien dit. La porte n'est pas verrouillée. Il est en train de peindre sur l'un des murs vides de la salle et Cadavre est devant moi, de l'autre côté de la porte vitrée, balançant la queue vivement et attendant que j'entre avec un espoir qui ne faillit pas. Ce chien accorde sa confiance si facilement. Après ce qu'il s'est passé jeudi soir, nous n'en avons pas reparlé et je ne tiens pas à laisser cela en suspens parce que ça me dévore de l'intérieur. Hanahaki est plus présente que jamais et elle me fait terriblement mal. Désormais, les pétales, je les pleure. Vendredi midi, je n'ai pas fui. Je ne dis pas que ce fut facile de retourner à la salle comme s'il ne s'était rien passé, mais je n'ai pas fui. Et lorsqu'il m'a vu, son regard sombre qui n'espérait même pas que je puisse mettre un pied de nouveau dans cet endroit, s'est éclairé. J'ai senti que ce n'était pas la fin de quoi que ce soit. Juste un mur à franchir. Et même si je ne comprends pas cet écart considérable qui se trouve entre ses actions et ses paroles, je n'abandonne pas. Je veux toujours me rapprocher de lui.
Je ne suis pas naïf au point de croire qu'il y aura plus. J'ai Hanahaki et j'en succomberai. Je me suis fait à cette idée. Jeudi soir fut difficile pour lui, je le conçois. Il a appris que madame Reiss mourrait. Il devait être simplement perdu et à la recherche de quelque chose qui lui fasse oublier les mots de la Binocle. J'étais là, les yeux pétillants de lui. Il s'y est happé. Ainsi, vendredi, ce fut la routine. Cours. Il m'a enseigné deux ou trois points de grammaire anglaise en écoutant «PAS ensemble» avec Cadavre entre nous, comme si tout n'était qu'un rêve. Seuls ses yeux témoignaient de la nuit blanche qu'il a passée. Et mes souvenirs restaient intacts mais nullement évoqués. Durant la semaine, jusqu'à ce midi, nous avons fait de cette manière. Notre deal quotidien. Un jour où il s'entraîne, un autre où j'apprends. Nous entraidant ensemble dans nos points forts respectifs, comme depuis les deux semaines précédentes. Cela n'a pas changé. Et aucun de nous n'a évoqué le baiser de jeudi dernier.
Cependant, on ne peut pas ignorer ce qu'il s'est passé. Moi, je ne le peux pas. D'où ma présence en cette heure tardive devant la salle du Bestial Club. Et c'est une brise de vent glacée qui m'aide à prendre la décision d'y entrer. Cadavre qui n'attendait que cela me saute dessus, me filant un peu de bonne humeur contre ma volonté. Ce cabot est fort. Sunflower se retourne vers moi et pose le pinceau qu'il tenait sur le banc le plus haut des gradins qui lui permettent d'être surélevé. Ses œuvres sont gigantesques et magnifiques, il a beaucoup de talent. L'un de ceux qu'on ne peut que contempler. Les mains pleines de peinture, il les essuie sur un tissu au préalable, il descend rapidement et finit par s'asseoir sur le dernier banc. Je m'approche de lui et reste planté là, debout et sans rien dire. Je suis celui qui se ramène chez lui et je n'ai pas les mots.
(Sunflower) Tu veux vraiment parler de ça ?
Ca. Je note le dégoût dans sa voix. Je ne suis pas surpris mais pas indemne pour autant. Je savais qu'il comprendrait pourquoi je suis là, en dehors de notre routine. Après tout, nous sommes jeudi soir, comme l'autre fois. Simple coïncidence de ma part, je n'ai fait que prendre une semaine complète pour trouver le courage de venir ici, un soir, pour lui faire comprendre que je ne veux pas passer notre routine mais que je veux que l'on parle lui et moi. Que l'on discute de ce qu'il s'est passé et de ce doute qui m'habite. Parce que je ressens au fond de moi, un quelque chose qui m'a fait venir ici et qui veut que je lui pose la question en retour. Celle qu'il m'a posée avant que je puisse trouver l'opportunité de lui dire qu'il est un enfoiré et de me tirer, blesser par ce baiser que j'ai commencé et qu'il aurait dû arrêté.
- Et toi ?
Il fronce les sourcils.
(Sunflower) Je donne l'impression de vouloir en parler ? ironise-t-il sans un sourire sur les lèvres. Un simple agacement qui m'atteint et me met sur les nerfs.
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SUNFLOWER
FanficQuel sentiment étrange. Croiser le regard de l'inconnu qui change tout. Il plante son regard dans le mien comme une graine dans le sol. Une petite tige croît. Les battements de mon coeur s'affolent. Le sentiment étrange se métamorphose et s'enracine...
