Pour bien comprendre les relations complexes qui unissent l'Othryst et Sargonne, je dois faire ici quelques rappels de comment fut peuplée le Thésan.
Il faut bien comprendre que les royaumes que nous connaissons aujourd'hui n'existaient pas aux époques que je vais évoquer ici. Malgré tout, je les nommerais avec leurs noms actuels afin que le lecteur puisse avoir une idée des lieux et des peuples auxquels je fais allusion.
Nous partirons du début de notre ère, de l'an un qui correspond à l'odyssée civilisatrice du lumineux Karistoplatès et qui marque le début de l'histoire. Il faut alors remonter de mille ans pour atteindre la période de la fin des âges sombres. Remontez encore de mille ans, et nous arrivons à la période la plus ancienne connue et qui marque le début de l'écriture en Systagène.
À cette époque, le Thésan était peuplé d'humains que nous appelons aujourd'hui peuple primordial. Il n'était pas maître du continent, d'autres êtres bien plus puissantes régnaient alors sur nos contrées.
Me basant sur la classificassion d'Éobias de Lucène, toujours utilisée de nos jours, je me propose ici de les décrires.
Il y a tout d'abord les animaux, êtres vivants à quatre membres dont font partie les humains qui étaient au même titre relégués au rang de gibier en ces temps-là.
Chassés, ils l'étaient abondamment par les deux autres règnes qui vivaient sur le Thésan. Les démons tout d'abord, êtres vivants à six membres et les monstres.
Ces derniers, moins stables quant à leur apparence, pouvaient aisément se reconnaître lorsque le nombre de leurs membres était inférieur à quatre ou supérieur à six. Mais lorsqu'ils les égalait, la tâche était plus ardue.
À en croire Éobias, le seul moyen de les différencier des deux autres règnes était de les ouvrir, car ces êtres sont dépourvus d'organes et c'est pourquoi ils sont si difficiles à tuer. Le meilleur moyen restant le feu, dans la mesure où le nécessaire fut fait pour immobiliser la créature suffisamment longtemps sur un brasier.
Gaïl le Vénérable, Mémoires du Monde d'Omne
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Les plaines du comté de Cubéria étaient baignées par la douce lumière d'une belle journée de printemps. Une légère brise courait et et faisait se remuer mollement une succession d'étendards rouge marqués de la pioche et du serpent. L'armée exinienne était en marche, répondant à l'injonction de Caribéris
Sur le plat pays résonnaient le grondement des sabots de la cavalerie lourde, le cliquetis des armures, le bruit sourd d'imposants chariots et le beuglement des bœufs qui les tiraient. Les chargements débordaient de l'intendance nécessaire aux troupes. Des tentes, des pavillons, mais aussi des meules, des fours et des outils de forges pour les cas où l'armée rencontrerait sur sa route des installations détruites ou hors d'usage.
Bernard Guildwin, héritier déchu du trône d'Exinie, chevauchait à leur tête dans son armure de guerre. Il s'amusait encore du visage qu'avaient fait son père et son frère en apprenant la levée de l'ost royal. Quelle formidable ironie ! Ils avaient abreuvé le Grandval de générosités pour s'arment les tribus rebelles et voilà qu' ils envoyaient leurs meilleurs guerriers pour les combattre. Bernard avait toujours sû que leur stratégie était sans issue, mais il devait bien se l'avouer, elle avait avorté plus promptement qu'il ne l'avait imaginé. Un hasard peut-être ? Ou cette fameuse clairvoyance immanente aux Gargandra ? Si tel était le cas, il fallait reconnaître que Caribéris savait régler les problèmes non sans un certain humour.
— À votre tête, je devine que vous repensez à votre père.
La voix caverneuse de Gudrun tira le prince de ses pensées. Le géant chevauchait à ses côtés sur un terrible étalon. Un exumas, le cheval de trait le plus haut et le plus massif du Monde d'Omne, peu fiable à la course, mais seul capable de porter un Noromien en armure. La taille des deux obligea Bernard à lever le regard :
— Pour être tout à fait franc, c'est davantage à mon frère que je pense, répondit-il en souriant.
— Allons bon ! Gui et bien moins responsable que votre père dans cette histoire, pourquoi est-il la source principale de cet air réjouit ?
— Oh la raison n'a rien de très glorieux, il y a chez moi un côté mesquin qui refait surface de temps à autre. Figure toi mon bon Gudrun, qu'une fois la stupeur de l'annonce évanouie, Gui fut le premier à prendre la parole. Il pensait déjà que ses petites manigances avaient porté leurs fruits et il s'est violemment opposé à l'envoi de troupes. Avec des alliés comme une partie des tribus du Grandval et la Systagène, il s'imaginait que le temps était venu de se dresser contre Sargonne.
Le sourire du prince s'élargit et son visage n'en devint que plus radieux. Gudrun poussa un grognement dont il était coutumier et qui, dans le cas présent, correspondait à la manifestation d'une moquerie.
— Vous savez, les Noromiens admirent la famille Guildwin. Vous êtes des gens plus frêles que la moyenne et pourtant, vous avez survécu aux siècles. Votre ancêtre Karlomir a même hissé votre lignée à la tête des cinq royaumes de l'Ouest et malgré les tempêtes, elle s'y maintient depuis tout ce temps. Vous êtes des pragmatiques et avez toujours eu le nez fin pour choisir la voie à suivre. Malheureusement, il est clair que votre frère n'a pas hérité de cette capacité.
— Oui, c'est un homme décevant. Constant dans son impulsivité et désespérément prévisible. En tout cas, même si mon père est aveuglé dans sa haine contre les Ugres, il sait encore faire preuve de discernement et a commencé par rappeler à Gui qu'il ne régnait pas encore.
— Ha ! C'est la marque d'un vrai Guildwin, s'esclaffa le colosse hilare, quelque soit l'émotion qui l'anime, sa nature reprend toujours le dessus.
Les Noromiens n'était pas des personnes qui riaient souvent et il y avait quelque chose d'effroyable dans le son que cela produisait. Bernard sourit, partir à la guerre devenait chose moins hasardeuse avec un peuple aussi terrifiant dans ses rangs. Puis son visage s'assombrit trahissant quelques tracas.
— Oui, enfin... Sauf une fois ! Le roi fourbe s'est complètement joué de cette faculté dont nous sommes si fiers et c'est bien à son descendant que nous avons affaire. Il n'est pas homme à agir par hasard, nous devrons nous méfier.
— Je redoublerais de vigilance mon prince, vous n'auriez jamais dû être envoyé représenter le Haut-Exin dans une telle entreprise, ce n'est pas la place de l'héritier du trône.
— Une manière de me faire payer le sourire que j'affichais alors qu'ils l'avaient tous mauvaise. Je crains aujourd'hui que si mon départ était vivement souhaité, il n'en est pas de même pour mon retour, lâcha Bernard avec amertume.
— Ne dites pas cela, Hugues est un père avant d'être un roi, sa colère l'aura égaré. Je gage qu'il se rendra compte bien assez tôt de son erreur.
— Mais alors cela voudrait dire qu'un Gargandra a encore réussi à égarer un souverain exinien. Je préfèrerais encore que ma mort soit une bonne chose, si cela est la conséquence d'un discernement sans faille de mon père.
À nouveau, le colosse grogna :
— Moi vivant, il ne vous arrivera rien !
— Je n'ai aucun doute la dessus Gudrun. Merci de t'être immédiatement proposé de représenter la Noromie. Il n'y a personne en ce monde en qui ma confiance est aussi totale. Avec toi à mes côtés, cette punition peut devenir une formidable opportunité, il va nous falloir être subtils. Mes projets diplomatiques sont pour mon père une faute impardonnable, mais il vient de me donner un moyen de les concrétiser.
— Je dois lui concéder qu'un rapprochement avec l'Ugreterre ne me plaît pas non plus. Mais la haine a faussé le jugement du roi Bertrand, peut être fausse t-elle encore celui de votre père. Vous êtes le prince légitime, le fait que vous surmontiez cette rancune fait sûrement de vous un Gildwin meilleur que les autres, un Gildwin qui possède à nouveau pleinement la capacité héréditaire familiale.
— Je compte sur toi Gudrun, veille bien à ce que les relations avec les Ugres restent neutres à minima. Tant qu'à être envoyé à la guerre, je vais tenter un rapprochement avec leurs nobles. Je vais préparer l'avenir.
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Mémoires du Monde d'Omne Tome II
FantasyÀ l'aube d'une nouvelle ère, la mécanique en marche sur le Monde d'Omne annonce les prémices du changement. Les armées du Thésan affluent vers Cubéria répondant à l'appel de Caribéris. L'invasion du Grandval se prépare, mais toute guerre bien menée...
