Le Nohyxois avertit du coude son compagnon qui le distinga instantanément. La peau d l'étranger était bien plus sombre que celle des Sargadéens. L'homme ne devait pas avoir atteint les vingts printemps, il était grand et mince, mais ses épaules étaient larges et fortes. Il avait un aspect avenant, un nez droit et fin, un visage gracieux d'un noir de jais qui accentuait un regard étrange où une simple pupille dénuée d'iris contrastait avec la blancheur omniprésente de ses yeux. Il avançait d'un pas assuré, vêtu d'une tunique et d'un pantalon beiges et bouffants que maintenait une large ceinture à noeud pourpre. Contrairement à l'ensemble des personnes de l'île, son crâne parfaitement rasé n'était protégé par aucun couvre chef, comme s'il n'eût rien à craindre de la morsure du soleil.
Arrivé à leur hauteur, il sourit et dévoila des dents d'une blancheur immaculée.
— Messires bonjour ! Je me présente, je me nomme Brankas, commença-t-il d'une voix grave en effectuant un salut cérémonieux. Je vous vois aller sous le soleil Sargadéen et vous semblez en quête de quelque chose sans savoir ce que vous recherchez. Ce n'est pas sous ce ciel que vous avez vu le jour, je le vois bien.
Les deux jeunes guerriers se regardèrent, cherchant quoi répondre à cet homme qui, pour s'exprimer, semblait utiliser plus de mots qu'il n'était de coutume nécessaire à l'humain moyen. Ils n'en n'eurent pas le loisir, il reprenait déjà :
— Ces muscles fins et noueux, ces bras, ces tatouages et cette peau bleue, ce visage renfrogné, ces bijoux exagérément nombreux, vous êtes un enfant de Dacéana !
Puis se tournant vers Ménéryl.
— Quel allure ! Quelle belle stature. Et cet air irascible ! Si vos chevelure noire pourraient vous confondre avec les indigènes, votre taille et votre teint pâle, certe ! vous différencie de ces avortons. Mais vos traits, même s'ils sont bien faits, sont aussi beaucoup moins distinctifs, me direz vous de quelle terre vous êtes natif ?
Cette façon chantante de parler éveilla la méfiance des deux jeunes hommes et Ménéryl se contenta de répondre :
— C'est une longue histoire.
— Et le temps ne cesse de s'écouler, nous en manquons tous, messires. Possiblement qu'à me voir ainsi vous parler, vous vous demandez si c'est la perfidie qui m'a amené ? Peut-être même pire !
Avec ses bras il faisait de grands gestes tout en parlant, son visage était très expressif et le ton de sa voix était théâtral. Il marqua un temps d'arrêt et se tourna soudainement vers Ménéryl.
— Ah ! et bien non ! C'est jour de fête en Sargad aujourd'hui , un tournoi est donné pour honorer la vitalité retrouvée du plus éclatant empereur que cette île ait connu et je cherche à m'assortir de quelques compagnons. Figurez vous que je fus envoyé sur cette île, par Zaltas, le roi de l'île d'Ariglena. Mais navigant sur des eaux calmes et placides, la tempête succèda à une mer tranquille. Le ciel noir, la mer déchainée, la grèles s'était mise à pleuvoir et tous mes portes glaives par dessus bord sont passés. Je ne puis me présenter solitaire, c'est une humiliation que je ne puis supporter. Alors si une compétition entre archers est susceptible de vous plaire, je vous convie à assister à ce grand moment, voir de vos yeux le summum des représentant de l'archerie. C'est une matière mêlant force, patience, adresse et précision, la quintessence de l'art du combat.
Les deux compagnons restèrent muet. Ce personnage était tout à fait insolite, son regard étrange semblait sonder le fond des âmes et contrastait avec ses manières pleines de bonhomie. Plus embarrassant encore, les deux jeunes guerriers n'étaient pas habitués à ce qu'un parfait inconnu fasse preuve d'une telle aisance de parole pour s'adresser à eux.
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Mémoires du Monde d'Omne Tome II
FantasíaÀ l'aube d'une nouvelle ère, la mécanique en marche sur le Monde d'Omne annonce les prémices du changement. Les armées du Thésan affluent vers Cubéria répondant à l'appel de Caribéris. L'invasion du Grandval se prépare, mais toute guerre bien menée...
