C’est bizarre le deuil. Le vrai deuil. Pas celui en sept parties qu’on nous apprend à apprivoiser à l’hôpital, dans le service d’hématologie. Parce que le véritable deuil, il est juste là et n’a pas besoin de règles ni de plan pour exister. C’est bizarre parce qu’on a mal, comme si on venait de nous enlever une partie de nous-même, alors qu’on est toujours entier. Du moins physiquement. C’est comme une partie sentimentale de notre cœur qui a disparue. Et c’est douloureux. Très douloureux.
Et puis il y a aussi de ne plus voir la personne perdue, et en même temps, d’avoir l’impression qu’elle est partout. Elle est décédée, et pourtant, on la voit encore dans la cuisine, dans son ancienne chambre, dans tous ces endroits qu’elle adorait. Et ça aussi ça fait mal : les souvenirs.
Pourtant, alors que j’ai l’impression de sombrer dans la douleur, c’est ce qui m’aide tenir, les souvenirs. Ça peut paraître idiot, mais depuis que Maya est partie, depuis deux jours en fait, je passe mon temps à me remémorer ces souvenirs, dans ces endroits maintenant vides sans elle. Je m’assoie sur son lit et me souviens d’elle, en train de choisir ces vêtements qui faisaient qu’elle était toujours élégante. Dans le salon, alors que je suis assise sur le canapé, je la revoie en train de regarder l’un de ses dessins animés Disney, et je l’entends encore chanter les chansons cultes à tue-tête, s’en fichant vraiment de me détruire les tympans. Dans la salle de bain, je la revoie se laver les dents en parlant, du dentifrice plein la bouche, se démaquiller ou se maquiller durant des heures, et puis je la revoie aussi, se tordant de douleur sur le carrelage. Quand je suis sur le pas de la porte de n… mon appartement, je l’entends toujours se plaindre qu’elle a vraiment besoin d’aller aux toilettes et qu’elle ne trouve pas ses clés. Et tous ce souvenirs m’envahissent, si bien que parfois, quand je ferme les yeux et que je me concentre, j’ai l’impression qu’elle est toujours là, à côté de moi.
Mais Maya n’est plus là.
Et elle ne sera plus jamais là.
Et les rares moments où sa présence n’est pas là, persistante, la douleur m’envahie, comme un tsunami. Et c’est dur de résister à la tentation des larmes. Mais j’ai promis à Maya de ne pas pleurer, alors je ferme les yeux, et j’essaie d’oublier. D’oublier la douleur. D’oublier les souvenirs. D’oublier qu’elle n’est plus là, tout simplement.
Il y a une phrase qui avait marqué Maya, lorsque, durant les derniers jours de sa vie, elle lisait en boucle le livre de John Green, « The Fault in Our Stars ». C’était une phrase du livre préféré d’Hazel : « La douleur exige d’être ressentie ». Et maintenant que Maya est partie, qu’il ne reste plus personne dans cet appartement vide, je comprends vraiment le sens réel de cette phrase. Parce que le pire, ce n’est pas la douleur physique que le cancer nous fait ressentir, non, le pire, c’est la douleur que la mort laisse derrière elle.
*
* *
- Coucou Théo, je murmure un sourire que je sais faux.
- Oh sœurette, j’aimerais tellement être là pour pouvoir surmonter ça avec toi ! s’exclame mon frère avec un regard peiné.
Je ne réponds rien. C’est dur de voir mon frère jumeau seulement par Skype. Et ça l’est encore plus quand mon appartement me paraît aussi vide. Seulement deux jours que Maya est… partie. Et pourtant j’ai l’impression que ça fait une éternité. Quand je pense qu’on est le 1er janvier. En temps normal, je serais en train de rire et de fêter cette nouvelle année. Mais maintenant, tout ce à quoi je pense c’est à cette stupide parole qu’une de mes maîtresse en CP m’avait dit : « À la nouvelle année, tu peux faire un vœux, et tu verras, il se réalisera ! ». Mon vœux à moi, cette année, c’était de voir Maya me sourire quand je me réveillerai, sauf qu’il n’y avait personne. J’étais seule. Et ça fait mal.
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Last chance in Australia
FanfictionJe n'ai jamais particulièrement cru au destin ni au fait que les coïncidences n'existent pas. Pourtant si je n'avais pas été gravement malade, je n'aurais jamais été obligée d'intégrer un programme expérimental en Australie et jamais je n'aurais ren...
