Chapter 44: I'm afraid

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Je cours. Encore et encore. J'en ai besoin. Un besoin irrépressible. Pour oublier ce qui vient de se passer. Je n'aurais jamais cru pouvoir tout perdre en l'espace de quinze jours : ma meilleure amie, mon petit ami et tous mes autres amis. Et ma famille est en France, loin, trop loin.

À bout de force, je m'arrête sur un banc, dans un parc du centre-ville de Sydney. Rageusement, je sors mon carnet de dessins et mes crayons de papier de mon sac avant de le balancer à mes côtés. J'ai les larmes aux yeux alors que j'ouvre mon carnet. Je n'ai pas dessiné depuis si longtemps... Devant mes yeux, les dessins passent, témoignant des différentes périodes de ma vies, quelles soient sombres ou lumineuses. Je m'arrête quelques secondes sur le portrait que j'avais fais de Zachary, un petit garçon que j'avais pris sous mon aile à l'hôpital. Il avait sept ans. Atteint d'une forme de cancer incurable, il savait qu'il allait mourir. Mais je ne l'avais jamais vu sans le sourire. Et sur ce portrait que j'avais fais au fusain, il souriait, ses fossettes sur ses joues et son crâne lisse d'enfant cancéreux. Ses yeux pétillaient et je suis sûre que s'il n'avait pas été malade, il aurait fait chavirer bon nombre de cœurs. Il était vraiment heureux le jour où je lui avais fais son portrait. Il était presque aussi joyeux que n'importe quel enfant de sept ans.

En serrant les dents, je retourne les pages jusqu'à atteindre la partie vierge de mon carnet. Durant plusieurs minutes, je reste à fixer la page blanche, incapable de retranscrire les émotions en dessins. J'ai mal, trop mal. Les larmes veulent s'échapper de mes yeux mais je les retiens avec toute ma force.

Tu ne peux pas te laisser aller June, tu dois être forte ! Ne pleure pas...

J'inspire un grand coup avant de fermer les yeux et de laisser la pointe de mon crayon glisser sur le papier. Et je laisse toutes mes émotions se libérer et se déverser sur le papier.

Je reste ainsi de longues minutes, peut-être mes des heures, ne me préoccupant pas de ma faim ou de la reprise des cours. Je ne vois pas le temps passer, et lorsque j'ouvre les yeux, il est presque quinze heures. J'ai passé trois heures à dessiner !

Lentement, je descends mon regard pour découvrir ce que mon subconscient a dessiné. Et je reste bouche bée. Face à moi, il y a un cœur (anatomiquement correct) dont les veines et les artères mènent à des roses fanées aux épines dangereusement longues. Et plus les roses sont éloignées du cœur, moins elles sont fanées, plus elles sont belles, fragiles. Comme si le cœur était mauvais, comme si c'était lui qui tuait les fleurs. Et j'ai comme l'impression que ce cœur est le mien. Car toutes les personnes à qui je tenais sont mortes ou parties, comme si elles étaient mieux loin de moi.

*

*   *

Quand je rentre dans le bâtiment du programme, le directeur m'interpelle et je me dirige vers lui, me demandant s'il compte me réprimander pour mon absence des cours cette après-midi. Il me fait signe d'entrer dans son bureau et je le suis avec appréhension.

-       June, assieds toi, ne t'inquiète pas, me dit Mr. Simmons.

J'obéis sous son regard alors qu'il fait de même dans son fauteuil, de l'autre côté du bureau. Silencieusement, je pose mon sac à dos à mes pieds avant de fixer le directeur d'un regard interrogateur.

-       Écoute June, nous allons faire venir une nouvelle patiente pour... remplacer Maya. Nous ne pouvons pas laisser une place libre dans le programme. J'espère que tu nous comprends June, mais nous n'avons pas le choix, ce programme pourrait sauver quelqu'un ! Tu vas donc devoir partager de nouveau ton appartement, déclare le directeur.

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