Chapitre 11 - Marius

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LE CORPS ENGOURDIT de fatigue, je cligne des yeux pour essayer de m'habituer à la lumière

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LE CORPS ENGOURDIT de fatigue, je cligne des yeux pour essayer de m'habituer à la lumière. Je sens un souffle chaud dans ma nuque, et pendant un instant, je prends peur.

D'habitude, tout contact avec quelqu'un me rappel le sang, les coups de feu, la douleur. La mort. Mais Armelle contre moi, j'ai l'impression que tout ça, c'est du passé.

Délicatement, je retire son bras de mon épaule, et, sans un bruit, sors de la tente. Il doit être dans les alentours de cinq heures et le campement est encore plongé dans le noir. La pluie de cette nuit a effacé toute trace du feu de camp. Machinalement, je cherche dans la poche de mon jogging mon sachet de cannabis, mais je suis à sec depuis trois jours.

Mes yeux me brûlent, comme marqués au fer rouge, et d'affreux maux de tête me martèlent le crâne. Les symptômes du manque me rongent déjà de l'intérieur. Je n'aurais jamais dû toucher à ce foutu sachet de weed. Je suis qu'un pauvre con égoïste.

Je m'enfonce à travers les buissons de pin, et marche en direction du bruit d'une cascade. J'ai mal partout, mais je n'arrive pas à m'arrêter. J'ai le souffle court et le corps brûlant et engourdit par la fatigue.

De petites gouttelettes d'eau m'éclaboussent le visage. Je ferme les yeux, et laisse mes pensées prendre le dessus. Celles qui me bouffent, me dévorent, me consument avec une lenteur atroce et douloureuse. Tous les jours, depuis qu'Armelle est arrivée, mes démons refont surface et impossible de les contrôler. S'attacher à quelqu'un, c'est signer son arrêt de mort. Et maintenant, j'en paie les conséquences.

Quand je vois Armelle, je vois Malik. Ses yeux vides de toute émotion, se vidant de son sang, et moi, sur le bord de la route, les larmes qui brûlent ma rétine. J'ai l'impression d'avoir perdu une partie de moi-même qui ne reviendra jamais, remplacée par une colère et une amertume tenace qui me colle à la peau comme une sangsue.

Comme ma tête me fait mal, je m'assois sur le sol recouvert de pin, et loge mon visage entre mes genoux. J'aimerais pouvoir rester ici des millénaires. Prendre racine et oublier pour de bon ces putain de pensées qui me rendent fou. Et quand j'ai enfin l'impression de reprendre pied, une main se pose sur mon épaule. Sang, coup de feu, cri, et sanglots.

- Tu vas bien, Marius ?

Je reconnais la voix douce et vide d'Armelle. Instantanément, mon cœur s'apaise. Cette fille me rend fou. En un claquement de doigt, elle fait revenir mes démons les plus sombres, et d'un battement de cils, les apaise.

Même avec les yeux fermés, j'entends, au froissement des aiguilles, qu'elle prend place à côté de moi. Elle fait bien attention à ce qu'aucune partie de son corps ne m'effleure, nos souvenirs encore trop à vifs de cette nuit. Armelle est quand même assez proche de moi pour que je puisse sentir son souffle chaud au creux de mon cou, mais je ne dis rien. J'ai bien trop peur de gâcher ce moment.

Ma peau se couvre de frissons à chaque soupire d'Armelle, et je me surprends à aimer ça. Je m'étais fais la promesse de ne plus jamais m'attacher à rien ni personne. Mais peut-être qu'aimer Armelle serait ma délivrance ? Ou peut-être que ce serais signer mon arrêt de mort.

- Je voulais m'excuser... pour la dernière fois... Je murmure si bas que je ne suis même pas sûr qu'elle m'ai entendu.

La blonde tourne la tête vers moi, étonnée. J'ai le cœur qui bat à tout rompre dans ma poitrine. C'est la première fois que je présente mes excuses à une fille. Et ça me fout la trouille d'étaler tous mes sentiments, là, devant elle, comme si je lui ouvrais mon cœur pour lui montrer ma cicatrice qui le strie en deux.

- Pourquoi ? Elle souffle, son visage de nouveau retourné vers la cascade.

Je tapote nerveusement mon index droit sur ma cuisse.

- Pour la dernière fois, au self. J'aurais pas dû m'énerver comme ça. T'avais rien fait.

Voilà, c'est fait. Et ces quelques mots qui me pendaient aux lèvres depuis deux semaines, disparaissent d'un seul coup, comme emportés par les gouttes d'eau gelées.

Elle esquisse un sourire, et ça m'en arrache aussi un, malgré moi.

- Ça fait rien. On est tous brisés ici, non ?

Armelle se met à rigoler, et je la suis bientôt. Rire avec cette fille, c'est comme vider son cœur après une journée difficile. Se laver de ses idées noires.

Dans un geste bref, sa main frôle la mienne. Peut-être ai-je rêvé. Mais j'aimerais que tout ça soit réel. Pour toujours.

Pour égayer cette journée morose, Marie, la nouvelle spy, chante quelques chansons avec deux pensionnaires

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Pour égayer cette journée morose, Marie, la nouvelle spy, chante quelques chansons avec deux pensionnaires. Une japonaise qui ne parle pas très bien le français, et un grand garçon roux carotte qui essaye tant bien que mal de chanter les paroles en anglais. Sans succès.

Armelle marche tout devant, la tête baissée et la capuche de son anorack bleu rabattue sur la tête pour se protéger du vent glacial.

Je n'ose pas aller la voir. La peur qu'elle me pose des questions qui font mal s'est installée au creux de mon ventre depuis l'épisode de la cascade. Je suis terrifié à l'idée de ne plus être capable d'esquiver des questions comme: "pourquoi tu es ici ?".

Il faudrait tout raconter. Depuis le début. Les factures qui s'accumulent sur la console de l'entrée, le frigo qui attend désespérément d'être rempli, les pleurs de mes sœurs. Et puis ça finirait sur le corps de Malik, qui attend sans vie sur le trottoir pour qu'on vienne le recouvrir d'un drap immaculé et être emmener à la morgue.

Et puis mes larmes qui se mélangent à la pluie. La drogue, fléau de mon existence qui a tout ravagé sur son passage sans qu'on ne puisse la retenir.

Ce serait trop dur de relater tout ça. Raconter une partie de ma vie à une presque inconnue, ouvrir à nouveau la cicatrice qui barre mon cœur, et laisser se déverser le sang jusqu'à la dernière goutte.

Je n'ai plus envie que la drogue me définisse entièrement. Je veux être Marius, le garçon qu'on disait sans avenir, avec des rêves pleins la tête et des étoiles dans les yeux. Le Marius qui rêvait d'être basketteur. Le Marius qui emmenait ses sœurs à l'école, qui flirtait avec les filles du lycée, qui traînait dans le quartier avec ses amis en parlant de tout et de rien. Un adolescent normal, pas abîmé, pas brisé par la vie.

Parce que ma mère me rabachait sans arrêt que ça ne sert à rien de ressasser le passé. Qu'il faut laisser le temps nous reconstruire, même s'il nous laisse des cicatrices plus ou moins visibles.

Les MiraculésOù les histoires vivent. Découvrez maintenant