Chapitre 58

100 3 0
                                        

Avec un soupir de soulagement, je me laisse tomber dans mon lit, laissant mes pieds pendre. Mes mains se mettent sur mon ventre. Le matelas s'affaisse quand Isaac me rejoint silencieux. Nos épaules se touchent. Nous restons là, savourant ce silence apaisant. J'entends Chris s'affairer dans son bureau et Allison taper sur le clavier de son ordinateur. Comme une vie normale.

Je tourne la tête vers Isaac. Je n'ai pas eu la force de fermer mes volets alors la lune illumine délicatement le visage d'Isaac, donnant l'illusion qu'il brille. Ma respiration se bloque et mon cœur s'accélère. J'aimerai tellement que le temps s'arrête et que j'observe Isaac pour l'éternité. Qu'il me sourie avec son sourire débordant de joie et de sincérité, surtout.

Perdue dans mes rêves les plus irréalisables, il finit par remarquer que je le fixe.

- Qu'est ce qu'il y a? Chuchote t-il.
- Rien, je te regarde c'est tout. Je dis sur le même ton.

Un coin de ses lèvres s'étire, faisant augmenter la vitesse de mon pouls. Nos yeux ne se quittent plus. Une sensation étrange apparaît dans mon ventre. Elle n'est pas désagréable. Je me doute bien ce que cela signifie avec tous les livres à l'eau de rose que j'ai pu dévorer, imaginant toutes sortes de situations. Puis, au tour de la chaleur de colorer mes joues.

- Est ce que ça va?
- Oui, pourquoi cela n'irait pas? Je renchérit, tentant vainement de calmer mon cœur.
- Ton rythme cardiaque est très élevé. Indique Isaac, sérieux et visiblement inquiet.

Merde.. J'avais oublié qu'il entendait. Je tisse un mensonge assez plausible.
- C'est rien je.. Je me remémorais notre échange avec Katashi et l'avant aussi.

Il doute mais n'insiste pas. Sa main effleure mon drap et le parcours. Au final, celle-ci attrape la mienne et entrelace ses doigts. J'ai failli lâcher un "Mais tu le fais exprès!?". Il a gardé le costume qui lui faisait office de déguisement. Sa cravate pendouille de mon côté. Je délaisse sa main et joue avec sa cravate au tissu doux.

- Tu comptes le garder? Le costume, je veux dire. Je demande.
- Je ne sais pas. T'aimerais?
- .. Oui, pourquoi pas. Pour d'autres occasions d'infiltration.

Son rire m'arrache un sourire.
- Et puis, il te vas bien. Je continue, en pesant mes mots.

Il me relève la tête et m'embrasse. Je me redresse. Une de ses mains passe en dessous de mon tee-shirt. Ma peau brûle de son contact. Nos baisers s'intensifient. Je le surplombe, avide de ses lèvres. Mon haut remonte en même temps que ses mains. Quant à moi, ne réfléchissant plus, je déboutonne sa chemise.

Je fais apparaître le torse d'Isaac. Mes doigts explore tout, tout ce qui peut être exploré sur le corps de mon copain. D'une main, je tire sur la chemise pour l'enlever définitivement. Mes lèvres n'ont toujours pas quitté celle d'Isaac. Je commence à m'énerver contre ce vêtement qui ne m'obéit pas. Je fais comme si cela était normal. Je m'acharne désormais sur la résistante.

Un murmure d'abord inaudible m'interpelle. Isaac est désormais occupé de me secouer comme un prunier pour capter mon attention. Il suffoque et il devient bleu. Je l'étrangle avec la cravate coincée dans la chemise.

Je lâche la cravate et retombe sur le lit pour lui permettre de respirer.
- Isaac, je suis désolée! J'avais oublié, je..

Il tousse très fort et inhale le plus d'air possible. Je frotte son dos, ne sachant que faire d'autre. Une fois calmé, je lui apporte un verre d'eau. Il le boit à petites gorgées. Je reste assise à ses côtés.
- Est ce que.. tu te sens mieux?

Quand je croise son regard ses yeux sont teintés de malice. Il réplique, un demi-sourire sur son visage:
- Faut le dire si tu comptes me tuer.

Je ne m'attendais aucunement à ça. D'abord, surprise et les yeux exorbités puis prise d'un fou rire infini. Tout ça est tourné au ridicule. Isaac avait compris que je m'en voulais de l'avoir accidentellement étranglé et a fait en sorte de me faire rire. Il est fort.

J'écrase du pouce les petites larmes qui bordent mes yeux. La tension de tout à l'heure a disparu et je ne veux pas la réanimer. De un, je suis trop fatigués et de deux, malgré qu'Isaac ne m'en tienne pas rigueur, il faut que je digère ma maladresse.

Je me change pour arborer une tenue plus confortable pour dormir. Isaac fait de même, abandonnant sa cravate et sa chemise pour enfiler un tee-shirt. Je m'empare de son pull rouge de lacrosse dans son sac posé au pied de mon lit. En l'apercevant sur mon dos, il sourit, une étincelle illuminant ses iris, et me plante un bisou sur la tempe. Je m'emmitoufle sous la couette ainsi que dans les bras de mon copain, l'oreille à l'écoute de son rythme cardiaque. Apaisée, mes paupières deviennent lourdes. Isaac me chuchote, le nez dans mes cheveux.

- Bonne nuit, Lana.
Puis je sombre tranquillement. 

Je n'ai pas l'impression d'avoir dormi trop longtemps avant qu'un vrombissement de téléphone me fasse émerger. Je sens qu'Isaac bouge et soupire, visiblement agacé. Ses doigts jouent avec mes cheveux, me procurant des massages relativement agréables. Je ne bouge pas, n'ouvre pas les yeux pour signifier que je suis éveillée. Je veux profiter encore un moment à ces massages.

Je me réinstalle en me mettant un peu plus sur Isaac et soupire, contrairement à lui, de plénitude. Il fige son geste, attendant que je me "rendorme" profondément. Puis réponds à, je présume, son téléphone.

- Oui, Scott?.. Oui, je suis avec Lana, elle dort. C'est quoi le problème? .. Comment ça tu ne sais pas? .. .. Hum, ouais, dès qu'elle se réveille, je lui préviendrais.. Non, je ne le ferais pas.. Parce que, elle en a besoin.. Elle s'inquiète pour tout le monde, en particulier, lui et sa cousine. Il faut lui donner une pause.. On viendra le plus vite possible, Scott. Salut.

Isaac repose son portable sans grande délicatesse et je l'écoute maugréer entre ses dents. Ma curiosité est piquée avec cette appel. J'inspire jusqu'à remplir mes poumons et cligne plusieurs fois des yeux pour faire semblant de réellement sortir du sommeil. Je lève la tête, la joue collé au torse d'Isaac.

- J'étais pas assez discret, c'est ça?
- Pas trop, non. Je confirme, amusée.

Je laisse quelques minutes s'écouler avant de lâcher, l'air de rien:
- Tu parlais avec qui?
- Tu étais réveillée? S'étonne-t-il.
- Non, enfin pas trop. C'est un peu flou..  Donc? 

Il ne se rend pas compte de mon insistance douteuse.
- C'était Scott.
- Qu'est-ce qu'il voulait?
- Stiles l'a appelé en murmurant.

Je fronce les sourcils. Pourquoi chuchoter? Il avait peur de parler trop fort, en pleine nuit? Je garde mes questions.

- Il disait qu'il est perdu et qu'il pense être somnambule. Il fait apparemment trop sombre pour qu'il puisse distinguer quoique ce soit. Dans l'autre appel, parce qu'il ont été coupés, Stiles continue en expliquant qu'il ne peut pas bouger. Puis, il a raccroché.

Je me lève comme piquée par une aiguille. Je m'inquiète pour Stiles et lance les vêtements d'Isaac pour qu'il puisse s'habiller. En même temps d'enfiler le pantalon d'hier, je demande:

- Son père est au courant de sa disparition?
- Justement. Il ne veut pas le mettre au courant.

Je note que mon copain n'a absolument pas le comportement inquiet qu'il devrait avoir.. Il a plutôt l'air.. frustré et exaspéré. Pour autant, il me rejoint, prêt dans la voiture d'Allison. Les mains sur le volant, je me tourne vers mon passager.

- Où est ce qu'on va?
- Chez Scott.

Je suis nerveuse. Et si ses insomnies ne se sont jamais arrêtés et qu'elles se sont empirés? Je ne peux pas concevoir qu'il soit en danger. C'est Stiles, je le considère comme mon meilleur ami. S'il lui arrive malheur, je ne vais pas tenir.  Pour me rassurer, je prends la main d'Isaac. Il la prend sans aucune hésitation et caresse du pouce le dos de ma main. Heureusement, qu'il est là. Je pivote ma tête de sorte à appuyer mes pensées.

Isaac a le visage fermé. Je ne commente pas et me concentre sur la route. De toute façon, je ne peux faire que ça.

La Fille Aux Yeux VioletsOù les histoires vivent. Découvrez maintenant