Amaël
Après qu'elle ai pris le hamburger sans rétorquer, je surveille à ce qu'elle mange tout. Quand on se prive de manger depuis longtemps, il est dur de reprendre un rythme alimentaire. Si en plus le mental suit ça peut devenir une vraie épreuve.
Je mange les 2 hamburgers au steak pendant qu'elle mange à petite bouchée le sien. Elle a vraiment du mal, son corps a faim mais pas son cerveau...
J'essaye de faire fonctionner mes méninges pour qu'elle puisse manger sans s'en rendre compte et que son cerveau ne culpabilise pas.
- Pourquoi t'as pas dit à ma mère que je t'insupportais ? Lui demandais - je en me tournant vers elle pour qu'on puisse avoir un contact visuel et qu'elle puisse me voir manger.
Durant la soirée elle aurait pu me descendre devant ma mère mais elle ne l'a pas fait sachant qu'elle ne rate pas une occasion pour me montrer que je l'exaspère. Mais au final, elle n'a dit que du bon sur moi. Ça prouve qu'elle n'est pas la méchante personne qu'elle s'efforce de montrer aux autres.
- Je vois pas de quoi tu parles. Dit - elle en me regardant tout en prenant une frite dans son sachet.
- Si tu vois. Rétorquais-je en la regardant toujours dans les yeux et en mangeant un autre bout de mon hamburger. Quand t'as su que je t'avais menti sur l'invitation.
Elle me regarde toujours et ses gestes deviennent maintenant mécaniques, sa main fait des aller-retours entre son sachet de frites et sa bouche pour mon plus grand bonheur.
Elle hausse les épaules et pendant un moment je pense qu'elle ne va pas répondre à ma question qui pourtant, m'intrigue réellement.
- C'est important que ta famille soit fière de toi. Je ne vais pas nuire à la vision qu'elle a de toi juste pour des histoires d'enfants entre nous. T'as la chance qu'elle soit derrière toi peu importe tes choix et c'est super beau. C'est une des choses que j'admire d'ailleurs chez ta mère. m'expliqua - t elle sans arrêter notre contact visuel et encore moins de manger.
Je ne dis rien pendant plusieurs minutes, encore sous le choc du fait qu'elle se soit exprimée à moi aussi longtemps. Elle n'est pas du genre à tenir une conversation mais aujourd'hui est une exception, un jour a marqué au fer rouge. Je commence à ouvrir la bouche pour la remercier de son geste mais elle me coupe l'herbe sous le pied.
- Je sais ce que c'est d'être la déception, je veux pas que cela arrive à quelqu'un d'autre et encore moins par ma faute.
Je ne pensais pas qu'elle allait aborder le sujet de sa famille sachant qu'elle ne parle jamais d'elle et surtout pas à moi. Je ne veux pas dépasser les limites en lui posant des questions mais je ne veux pas qu'elle se sente délaissée parce que je ne réponds pas. Mon frère a raison, pour comprendre Nilaja je dois d'abord me mettre à sa place et agir au lieu d'agir et m'étonner de sa réaction à la fin. Mais elle est une personne tellement complexe qu'il est difficile de prévoir ses réactions à l'avance.
Ces 2 mois m'ont permis de plus l'analyser et cette soirée m'a fait prendre conscience que Nilaja est à part. Elle ne réagit pas comme la majorité du monde mais toujours agressivement, sûrement à cause de problèmes familiaux. Elle n'aime pas qu'on la brusque mais elle se sent seule quand on ne le fait pas. Elle est remplie de contradictions et on a souvent du mal à la suivre, on ne sait jamais sur quel pied danser avec elle ce qui peut rebuter les gens.
Je pense que sans s'en rendre compte, elle s'est habituée à moi et à mes tendances intrusives et elle m'a involontairement entrouvert une porte qu'elle n'aurait jamais voulu m'ouvrir. Cette soirée m'a fait comprendre que je veux vraiment l'aider et savoir pourquoi et comment elle est devenue celle qu'elle est aujourd'hui.
Je ne cherche pas à la changer mais plutôt à ce qu'elle révèle la vraie personne qu'elle a enfouie depuis des années en elle au monde.
Finalement, qu'est ce que j'ai à perdre dans tout ça ?
- Pourquoi tu ne m'as pas informé de l'évènement de fin d'année ? La questionnais - je en me souvenant de notre discussion d'il y a quelques minutes.
- T'en a pas marre de me questionner ? Me répond - t elle en soufflant. Je rigole et secoue la tête, déterminé à avoir ma réponse. Elle lève les yeux aux ciel et poursuit. Je voulais pas t'accabler de travail surtout que c'est dur de s'intégrer dans une grande entreprise. Et puis tu n'y connait rien et je voulais pas que se soit un désastre. Termina - t - elle pour pas que je vois son empathie envers moi, mais trop tard.
- C'est gentil de t'inquiéter pour moi. Et avant qu'elle ne rétorque quelque chose et qu'elle m'envoie bouler je lui propose. On peut le faire ensemble si tu veux. Je sais que mon poste est temporaire jusqu'au retour de Jaylen mais ça peut être un bon entrainement, et puis j'ai déjà géré des évènements comme ceux-ci donc je pense pas être un poids pour toi. T'es pas obligée d'accepter bien évidemment mais ça te permettrai d'alléger ta charge de travail. Finis-je par dire en exposant tous mes arguments et les défenses à ses contre arguments qu'elle préparait déjà à me balancer. Ce que je ne lui dis pas c'est que cette organisation va me permettre de passer plus de temps avec elle.
Elle me regarde et je vois qu'elle est en pleine réflexion. Le fait qu'elle réfléchisse vraiment à ma proposition montre que j'arrive peu à peu à m'infiltrer dans sa tête, que se soit en bien ou en mal. Elle aurait remballé tout autre personne qui lui aurait proposé car cela viendrait à lui dire qu'elle ne peut pas gérer tout cela, elle le prendrait comme une insulte et j'espère qu'elle a bien compris que je ne doute pas de sa capacité à travailler. Je veux juste qu'elle puisse lâcher du lest de temps en temps.
Elle hausse finalement les épaules et je sais d'or et déjà que je l'ai fait céder.
- Si ça t'amuse. Me dit - elle tout simplement en prenant une autre bouchée de son hamburger et je me rend compte que nous avons presque fini notre repas.
Nous finissons de manger en silence quand elle décide d'y mettre fin.
- J'ai remarqué que ton ami était beaucoup présent sur les photos de famille. Que se soit quand vous étiez petit et jusqu'à maintenant. Me dit - elle me fixant droit dans les yeux encore une fois, ce qui me déstabilise, je comprends qu'elle parle de Nat et qu'elle a compris. Il y a certes des photos de vous trois mais plus de toi et lui entourés de toute ta famille. Et puis il y a l'histoire de la 5ème chambre où tu n'as pas voulu en dire plus alors que t'es très bavard habituellement, surtout quand je te pose des questions. Elle s'arrête un moment de parler ce qui donne un air dramatique à l'histoire, j'en profite donc pour l'interrompre.
- C'est plus complexe que ce que tu ne penses, lui expliquais-je, ça ne me concerne pas moi mais lui et je me vois pas te raconter sa vie alors que vous ne vous connaissez pas.
Nat et elle sont vraiment similaires en tout point. Se sont tous deux des armoires à glace niveau communication et sentiments. Ils ont tous deux traversés des phases très compliqués ce qui a eu des répercussions sur leur vie actuelle même s'ils essayent tant bien que mal de survivre à leurs traumatismes.
- Je te force à rien et surtout pas à me parler sachant que je serais la pire épaules sur laquelle te reposer. C'est comme ça entre nous non ? On ne se force en aucun cas à s'exprimer. J'acquiesce ses paroles d'un hochement de tête. Je veux pas que tu me racontes la vie de ton ami parce qu'elle m'intéresse pas et se serait hypocrite de dire le contraire, c'était juste pour que tu comprennes que j'ai toujours un coup d'avance. Finit - elle par me dire.
Je veux bien la croire pour le coup car il faut vraiment être observatrice pour avoir compris tout ça et pour avoir fait le lien.
Cette femme-là, c'est clairement un danger pour ma santé mentale...
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BLACK BOSS
Ficción GeneralEt si pour une fois on changeait les rôles ? Que se passe - t - il quand un assistant beau et attentionné tombe dès le premier regard amoureux de sa patronne froide et dépressive ? Vous sentez le cocktail Molotov arrivé ? Entrez dans le monde tris...
