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Paris la nuit

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Paris la nuit

La capitale n'était jamais calme la journée. Entre touristes, habitants, banlieusards travaillant dans le centre de la capitale, la ville grouillait de monde. À travers cette masse de population, on pouvait vite se retrouver perdu, bousculé de part et d'autre.

La nuit, c'était autre chose. Loin des avenues prisées et des clubs sélects, certains quartiers de la capitale étaient comme vidés. Seuls les habitués ou les insomniaques cherchant le sommeil profitaient des rues, profitant du calme que seule la nuit offrait à la ville.

Zeyna n'était pas de celles qui aimaient sortir habituellement. Bien qu'elle ait été obligée de quitter le domicile familial suite à ses études, son côté casanier ne l'avait jamais quittée.
Mais parfois, la solitude était pesante. Surtout après une journée à l'hôpital où les décès n'avaient cessé de s'enchaîner pour son plus grand malheur. Tournant en rond dans son petit appartement à Aubervilliers, elle avait alors décidé de sortir en espérant se fatiguer un maximum.

Roulant tranquillement dans sa voiture direction le centre de Paris, musique en fond afin de ne pas laisser ses pensées prendre le dessus sur ses réflexions. Arrivant dans le 5ᵉ arrondissement, elle décida de laisser sa voiture et de continuer à pied. Trouvant avec chance une place entre une Smart et un scooter, plus que présents dans la capitale, elle se glissa hors de l'habitacle en enfilant ses écouteurs.
Bien que l'été soit terminé, le temps restait assez doux en ce mois d'octobre, permettant de profiter du moment sans être paralysée par le froid.
Au bout d'une heure de marche, elle décida de s'asseoir sur un banc afin de reposer ses jambes qui commençaient à ressentir la fatigue.
Les yeux fixés sur l'horizon, elle sentit son téléphone vibrer dans sa poche, annonçant un message.

de Samir: Ouais, t'es où ma sœur ?

à Samir: Comment ça, je suis où ?

de Samir: Je suis en bas du bât avec les gars et y a pas ta voiture. Tu m'avais pas dit que tu bossais aujourd'hui.

à Samir:Je bosse pas, je suis juste sortie faire un tour, pas de panique.

de Samir: Un tour ?! Me dis pas que t'es sortie solo ?!

à Samir: Si ?? Il est où le problème ?

de Samir: Il est où le problème ?! Une meuf solo dans les rues de Paname et tu me demandes il est où le problème. Tu vas finir par te faire agresser.

à Samir: Mais non, tranquille, t'inquiète pas. Et puis au pire j'ai mon taser.

de Samir:  Smeh Al Capone, allez, dépêche-toi de rentrer, c'est plus une heure pour être dehors la miss.

à Samir: Oui papa, t'inquiète, je rentre bientôt.

Samir était un gars de mon quartier. Ayant toujours grandi en banlieue, j'avais l'habitude de l'atmosphère chaleureuse qui y régnait entre les résidents. Après tout, on était tous dans la misère, donc autant s'entraider.
Autant dire que j'avais été dépitée quand j'avais dû bouger du domicile familial à Nanterre pour me rapprocher de la capitale. Hamdoullah (Dieu merci), j'avais vite rencontré Anissa, la mère de Samir, qui m'avait à son tour présentée à ses fils, demandant à Samir de m'aider si j'avais besoin. Autant dire que j'aimais cette famille de tout mon cœur, ils me faisaient penser à la mienne. Toujours de bonne humeur et prêts à aider malgré les galères qu'ils pouvaient avoir.

Regardant l'heure qui avançait, je décidai de prendre le chemin du retour. En effet, le temps que j'atteigne la voiture et que je roule jusqu'à chez moi, je savais que je ne serais pas dans mon lit avant une bonne heure. Et même si j'étais de repos le lendemain, je ne voulais pas le gâcher bêtement.
Toujours dans mes pensées, je ne fis pas vraiment attention à mon environnement et je ne vis alors pas l'homme qui arrivait dans ma direction. Ce dernier ne semblait pas m'avoir aperçue non plus puisque nous nous bousculâmes malgré le peu de monde présent dans la rue.
Perdant l'équilibre, je vacillai dangereusement vers l'avant avant d'être maintenue par le bras. Je relevai la tête et aperçus le visage du fameux bousculeur. Capuche, barbe, yeux perçants, il me regardait d'un air inquiet.

— Désolé, je vous avais pas vue, je vous ai pas fait mal ?

— Non, vous inquiétez pas, j'étais pas prudente non plus, rien de grave.

Je fis un sourire qui se voulait rassurant, après tout il aurait pu tracer sa route avec un simple pardon comme beaucoup l'auraient fait.

— Tant mieux alors, bonne soirée.

— À vous aussi, au revoir.

Avec un léger hochement de tête, il continua sa route tandis que je reprenais la mienne. Vu l'heure tardive, je ne pensais pas réellement croiser quelqu'un, et encore moins le bousculer, mais bon.
Arrivée à la voiture, je me dépêchai de mettre le contact et de rentrer. Quarante bonnes minutes plus tard, je me garai devant ma tour, remarquant que Samir et certains de ses amis étaient toujours en bas.
Arrivant à leur niveau, ce dernier vint à ma rencontre et me mit une pichenette sur le front une fois face à moi.

— Eh mais ça va pas la tête ?! Ça fait mal.

— C'est pour remettre tes neurones en place. Peut-être comme ça la prochaine fois tu sortiras pas seule en pleine nuit.

— Je suis une grande fille, t'inquiète pas pour moi, je gère.

— Oui oui, si un jour il t'arrive quelque chose, c'est moi que ma mère va frapper, donc permets-moi de faire attention.

— Oh pauvre petite chose...

Je lui pinçai la joue à la manière des dames âgées tout en prenant soin d'adopter ma voix la plus sarcastique.

— Eh vas-y, monte toi, sinon je te poucave à ton frère.

— Tu sais que c'est mon petit frère ? Techniquement, c'est moi qui mets les coups de pression.

— Petit frère qui fait deux têtes de plus que toi, donc tu vas rester tranquille quand même.

— T'façon, la taille ça compte pas.

— Si tu le dis. Allez, bonne nuit ma sœur.

— Bonne nuit les gars, faites attention à vous.

Une vague de « promis » me parvint en réponse et je n'attendis pas plus longtemps pour monter jusqu'à mon appart afin de rejoindre mon lit.

Discrètement...Où les histoires vivent. Découvrez maintenant