Chapitre 19 - Julia

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La veille de leur coup, je décide d'aller traîner dans mon ancienne ville et de me balader dans mon parc. Mais à peine ai-je franchi l'entrée, que je vois la brigade des stups dans le coin. Parmi eux se trouve Xavier que je reconnais immédiatement. Quand il tourne son regard vers moi, il sourit et prend congé de ses collègues. Puis, il s'approche de moi, qui suis debout dans l'ombre d'un arbre. Il est avec Volt, son chien. Ce jour-là, il trottine joyeusement au côté de son maître. Normal, après tout aujourd'hui je n'ai pas de drogue sur moi.

Il faut dire que depuis le dernier coup, je fais très attention avant de sortir et je fouille systématiquement toutes mes poches. Pas question que je me retrouve avec un sachet de drogue dans un lieu public.

Le chien me voit à son tour et s'approche de moi en remuant la queue et en ouvrant la gueule – je jurerais qu'il me sourit ! –, puis met sa truffe dans le creux de ma main que j'ai avancée vers lui pour que je le caresse. Certaine que cette fois il n'a pas l'intention de me bouffer, je m'agenouille pour passer ma main dans sa fourrure. Après quelques flatteries, il se couche à mes pieds en grognant de satisfaction, tirant la langue. Xavier arrive, dix pas derrière :

– Je crois qu'il t'aime bien maintenant, me dit-il.

– Pas comme la dernière fois où il a failli me bouffer toute crue.

Cette réponse le fait rire pendant que je souris aussi. C'est vrai qu'on aurait pu bien s'entendre tous les deux, mais voilà, il est l'ennemi juré de mon chef. Me voilà prise entre deux feux. La logique voudrait que je rejoigne les gentils, mais je suis prisonnière – presque de mon plein gré je dois bien l'avouer – des méchants.

– Bon, je vais y aller.

– Retrouver tes copains les dealers ? me dit Xavier d'un ton plaisantin.

Je lui lance un regard noir en fronçant les sourcils.

Ben évidemment hein, si tu penses que je consomme de la drogue, tu te doutes bien que je ne fréquente pas des aristos ou des culs bénis.

– Que je ne te prenne pas la main dans le sac cette fois-ci, Julia.

– Sinon quoi, tu me coffres pour quinze jours, c'est ça ? lui réponds-je d'un ton de défi.

Xavier penche la tête d'un côté et son regard bleu me sonde profondément. Il se rapproche de moi en quelque pas et je décide de rester immobile, histoire de voir jusqu'où il ira.

– Peut-être, mais je te préviens, je ne serai pas aussi tendre la prochaine fois, me dit-il.

Nous nous défions du regard, mais aucun de nous ne bat en retraite. Une tension électrique naît dans l'air, et ce sont les aboiements de Volt qui avertit le groupe des stups. La brigade se retourne et invite Xavier à les rejoindre.

– Julia...

– Quoi ?

– Non, rien... Si... N'oublie pas ce que je t'ai dit, me rappelle-t-il avant de s'en aller, non sans un dernier regard vers moi.

J'ai l'impression qu'il voulait me dire quelque chose, mais qu'il n'a pas osé, ou pas voulu, ou pas pu, je n'en saurai jamais rien. En reprenant ma marche, je pense que de toute façon je ne suis plus censée avoir à faire à lui. Et je ne le veux plus d'ailleurs, ce serait beaucoup trop dangereux. J'ai beau croire que rien n'arrive par hasard, je ne sais pas pourquoi le destin m'a mise encore une fois sur son chemin.

Je sors du parc et je me balade en ville, comme n'importe quelle citoyenne « normale ». Je croise des familles, des groupes d'amis qui discutent, des gens attablés au restaurant, d'autres qui font du shopping. Bref, tout le monde a l'air de profiter de la vie. Chose que je n'ai jamais connue. Une famille, des amis... La seule famille que j'ai eue a été le foyer et maintenant, c'est un gang de mafieux aux pensées libidineuses.

Ouais, génial, vraiment y a pas mieux ! Ironisé-je encore une fois.

En soupirant, je continue à arpenter les rues jusqu'à la tombée de la nuit. En déambulant sans but précis, je me rends soudain compte que je suis dans une ruelle sombre, très peu éclairée, à l'endroit même où je me suis fait enlever par les Cobras.

Avançant lentement, plongée dans le souvenir de ce fameux jour, je ne sens pas la présence derrière moi. D'un seul coup et avant que je ne puisse réagir, une main couvre ma bouche pour m'empêcher de crier et m'attire violemment dans une ruelle adjacente à ma gauche.

Une pensée fugace me traverse :

Ah non ! Pas encore, bordel ! Je ne vais pas encore me faire enlever quand même ?!

Un bras me maintient fermement pour bloquer mes mouvements, et la bouche toujours masquée par la main de mon ravisseur. Je lève la tête et je découvre le visage de Kyle qui regarde furtivement derrière le mur.

Lui-même dos au mur, il me presse contre son torse pour me faire comprendre de rester immobile.

Restant ainsi plusieurs minutes, il desserre son étreinte et je réussis enfin à me libérer de son emprise. J'explose de colère :

– Mais qu'est-ce que tu fous là, Kyle ? Et surtout qu'est-ce que tu me veux ? Tu peux pas me lâcher la grappe ?! Je peux pas rester tranquille sans que quelqu'un des Cobras vienne me faire chier ?

– Mais ferme-là deux secondes ! T'es bête ou complètement inconsciente ? Nan mais, je te demande, hein !

Mais il a picolé ou quoi ? Qu'est-ce qui lui prend de me parler sur ce ton ? Qu'est-ce qu'il a à m'engueuler comme ça ?

Je soulève un sourcil d'incompréhension.

– Oh, t'es pas bien ou quoi ? Qu'est-ce que t'as ? T'as les jetons que je vous balance aux keufs finalement ? Parce que si c'est ça, t'es naïf, mon pauvre.

– T'es suivie, pauvre pomme, me dit-il en me fusillant du regard.

Je me redresse brusquement et je penche ma tête légèrement, de sorte à rester cachée derrière le mur. Et effectivement, je vois une voiture noire s'éloigner de nous avant de disparaître au coin de la rue. Ce n'est pas une voiture qui fait partie de la flotte des Cobras et elle ne ressemble pas non plus à une bagnole de flics en civil. Et oui, elle est peut-être curieuse ou insolite, mais je ne vais pas m'attarder sur toutes les bagnoles un peu « bizarre » qui passent, si ?

– Eh ben ?? C'est une bagnole comme y en a des dizaines, pourquoi elle te colle les miquettes celle-là ?

Dans la seconde qui suit, Kyle m'attrape par le col de ma veste en cuir et me pousse violemment dos au mur en me menaçant du regard.

– Ferme-la. J'ai pas confiance en toi, siffle-t-il entre ses dents.

– Eh bien t'es bien le seul à me le dire en face. T'as la trouille que je vous dénonce, c'est ça ?

Sa mâchoire se crispe et son visage est si près du mien que je peux sentir son souffle sur ma peau.

– Je te rappelle juste que tu es le jouet du chef. Fais gaffe à qui tu te frottes et avec qui tu fricotes, c'est tout.

J'en déduis qu'il m'a sûrement vue discuter avec Xavier plus tôt dans la journée. Puis, il se recule doucement pour me dévisager à nouveau.

– Jamais il n'a réagi ainsi avec une fille. Quand bien même il te garde en vie pour le moment et qu'elle qu'en soit la raison, dis-toi bien que je n'aurai jamais confiance en toi.

Nous nous dévisageons longuement, mais en fait, je n'écoute pas du tout sa dernière phrase. J'ai surtout bloqué sur le fait que j'étais « suivie ». Finalement, je prête plus attention à ça.

Comment ça je suis suivie ? Par qui, depuis combien de temps et surtout, pourquoi ?

Alors que toutes ces questions tournent dans ma tête, le portable de Kyle retentit. Il me relâche et décroche.

– Oui, Franck.

Après quelques paroles échangées, Kyle raccroche et se tourne vers moi.

– On rentre, dit-il d'un ton ferme.

Soupirant d'un air las, je finis par suivre le mouvement, les mains dans les poches et reprenant le chemin vers le QG. 

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