Par chance, personne au club n'apprend cette mésaventure. Du moins, s'il y en a qui sont au courant, ils n'en laissent rien paraître et font comme si de rien n'était. Mon épaule me lance encore, mais normalement d'ici quelques semaines je n'aurai plus aucune trace.
Je cache donc ma blessure du mieux que je peux et je reprends le cours de ma vie. Bien sûr, j'ignore les avertissements de Xavier. Je dois absolument continuer les ventes. C'est mon travail après tout, comme lui a le sien.
Cependant, un autre problème vient se poser et que je n'avais pas prévu. Les beaux jours arrivent, et le fait de porter des vestes et un jean commence à devenir pénible et inconfortable sous la chaleur qui monte.
Mais en fouillant dans ma garde-robe, mon expression se décompose à mesure que je vois les vêtements qu'on « m'impose » : des mini-jupes, des débardeurs au décolleté plongeant... Non mais il croit vraiment que je vais me coltiner des trucs ras la touffe ?! Qu'est-ce que je vais bien pouvoir trouver à me mettre ?
En soupirant, je passe et je repasse les vêtements en revue jusqu'à choisir un short noir moulant – à mon grand désarroi – et un crop top blanc sans manche. Voyant que ça fait vraiment dénudé, je rajoute un léger gilet à manches en le mettant de travers, affichant une épaule dénudée et l'autre couverte.
C'est toujours mieux que la mini-jupe, pensé-je à moitié convaincue.
J'enfile mes loose socks – ces chaussettes plissées montantes affinent mes jambes et s'harmonisent davantage avec ma silhouette – et mes baskets et je sors me balader. Après tout, aujourd'hui je n'ai pas de livraison à faire, donc je me prends un jour de repos.
Ça ne fait de mal à personne, et moi ça me fera du bien.
Les mains dans les poches arrière de mon short, je pars donc en ville et j'arpente les rues en profitant du beau temps. J'aurais bien voulu retrouver mon parc habituel, mais une petite voix en moi me conseille de ne pas y aller. Pour ma « sécurité » aussi bien physique que mentale, je pense en effet qu'il serait plus prudent que je ne me pointe pas dans le coin, au risque de rencontrer le beau policier aux yeux bleus.
Je déambule donc ailleurs et je me trouve à passer devant un lycée. En voyant les étudiants en sortir gaiement et discuter entre eux avec animation, je me dis que finalement ils ont bien raison de profiter de la vie normale et de leur insouciance.
Le bonheur dans toute sa splendeur, pensé-je en souriant.
C'est alors qu'un groupe de jeunes garçons me fixent du regard. Je veux dire : un regard libidineux d'adolescents en rut, remplis d'hormones à pas savoir quoi en faire... ou plutôt si, mais bon j'ai déjà donné et ils ne sont pas mon genre de toute façon...
Comme je m'en doutais, ils viennent à ma rencontre avec un sourire charmeur aux lèvres et je me retiens de lever les yeux au ciel.
– Ben alors, t'es toute seule ma jolie ? On ne t'a jamais vue dans le coin.
– Je préfère être seule que mal accompagnée. Et puis il y a d'autres nanas dans le coin, hein.
– Ouhh... rebelle en plus de ça ? J'adore...
Alors que je me mets en position d'attaque, de sorte à leur caler un coup de genou bien placé au cas où il y en aurait un qui aurait l'idée de m'approcher de trop près, je sens un bras entourer mon épaule et un corps se placer juste à côté de moi.
– Bas les pattes les mecs, c'est ma copine.
En tournant la tête, je suis stupéfaite en voyant que mon « sauveur » n'est autre que le jeune mafieux à la chevelure rousse de la dernière fois. Sûr de lui, il soutient le regard des adolescents d'en face et leur fait un magnifique sourire, mais hautain et condescendant, affichant une position ferme et une aisance sans limite.
– Désolé les gars, mais si vous cherchez une meuf, allez voir ailleurs.
Sa voix semble amicale, mais le ton veut tout de suite mettre des limites et leur faire comprendre que je suis « sa » propriété. Je vois les gars froncer les sourcils et tressaillir, puis éviter de croiser ses yeux. Après quelques secondes à se jauger du regard, l'un deux crache par terre et marmonne à son groupe de le suivre. Les mains dans les poches, ils passent donc leur chemin.
– Bon, un « merci » semble de rigueur, mais je suis habituée à me démerder toute seule et ils n'étaient pas bien méchants. C'est que des mômes de 17 ans après tout.
– Je m'en voudrais de t'écorcher la bouche, répond-il en riant devant mon semblant d'excuses. Mais même si c'est le cas, il n'est pas judicieux de laisser une fille aussi... sexy que toi... toute seule, dit-il en me lorgnant de bas en haut.
Je dégage sa main de mon épaule d'un léger mouvement en fronçant les sourcils et je reprends ma route. Le mafieux ne se laisse pas distancer et me rattrape pour marcher à mes côtés.
– On ne s'est pas présenté la dernière fois. Je m'appelle Lorenzo.
– Hm. J'imagine que je n'ai pas besoin de me présenter ? dis-je ironiquement.
– Non, en effet. Et puis... tu es connue dans le milieu maintenant.
Cette fois-ci, je lève les yeux au ciel.
Super... Moi qui voulais être la plus discrète possible, j'ai bien l'impression que c'est peine perdue.
Je constate que le rouquin me colle toujours aux basques quelle que soit la direction que je prends.
Mais c'est pas vrai, quel pot de colle ce mec ! Impossible de m'en défaire.
Je soupire et j'accepte donc qu'il me fasse la conversation pendant qu'on marche. Enfin... il fait un monologue et moi je réponds « oui » ou « non » une fois sur dix. Cependant, je tends l'oreille quand il parle de Tristan.
– Il a l'air différent avec toi. Et je te prie de me croire : le connaissant il t'aurait soit vendue, soit mise au rang de serveuse, soit tuée directement.
– Il m'a mise au rang de dealeuse, je ne sais pas si c'est mieux.
– Mieux je ne sais pas, mais ce que je sais, c'est que tu es devenue une obsession pour lui.
Mes oreilles se dressent à ces paroles. Je ne peux le nier, même si j'ai en effet constaté qu'il fait de ma vie un enfer à sa façon. Je ne comprends pas non plus pourquoi il tient à me garder en vie alors que je lui mène la vie dure. Ma mission auprès des Highster étant « terminée », il n'a en principe et selon toute logique plus aucune raison de me garder en vie ou dans ses rangs, à moins qu'il ait une autre mission à me confier, ce dont je doute.
On traverse un pont côte à côte, des voitures roulent et des vélos passent à côté de nous. Il fait beau, le temps est parfait. Bref, tout aurait pu paraître normal si je ne me baladais pas avec un malfrat différent de ceux de mon gang.
Alors qu'on arrive au bout du pont, je vois des voitures arrêtées devant nous comme pour nous barrer la route. Soudain, des hommes sortent de leur véhicule, arme au poing. Au vu de leur allure, ça ne fait aucun doute que ce sont aussi des mafieux.
C'est quoi encore cette histoire ?
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MORSURE EMPOISONNÉE
RomanceMe faire enlever le jour de mes 19 ans, ça aurait pu être une belle surprise si ça avait été dans le but de m'emmener à une fête pour mon anniversaire. Au lieu de ça, je me retrouve au milieu d'une pièce entourée d'hommes richement habillés, leur m...
