- Allo ? Dit Arthur au téléphone.
Un silence se fit entendre à l'autre bout du combiné, rapidement suivis par un grésillement.
- Bah tu es ouuu Du-con ? Je reconnais rapidement la voix de Charlie. Il semblait peu assuré au vu de sa façon d'articuler. Son ton était lent et vide d'émotion.
Arthur affichait un grand sourire, il arborait encore ce fichu rictus mi-moqueur, mi-fier. La différence est que cette grimace n'était pas mauvaise ou à but de descendre volontairement Charlie. Son expression était semblable à celle d'un enfant, heureux et fier d'avoir commis une bêtise. Un pouffement s'échappa de mes lèvres face à cette mine espiègle.
- Je suis chez Kaminsky. Et toi ? Toujours en train de lire des niaiseries ?
Pas un grand fan de twilight pensais-je.
- Très drôle ! Aux dernières nouvelles, ce n'est pas moi qui ai choisi ma lecture du jour. Spoiler alerte, je suis team Jacob, les rouquins un poil constiper, c'est pas sexy. Il est pas un peu vieux pour se taper une miss catastrophe de dix-huit ans ? S'exclama Charlie, l'air dégoûté.
Je n'ai pu m'empêcher de rire au monologue de Charlie. Ses répliques avaient toujours le don de me surprendre. Mon sourire eut l'air contagieux tant Arthur en fut imprégné.
- April est toujours avec toi ? Demanda Charlie.
- Bien évidemment ? Ou veux-tu qu'elle soit ? Demanda naïvement Arthur.
- Bah je ne sais pas ! Elle a peut être fuit en courant en voyant que tu était encore plus con que tu en avais l'air ! Cracha Charlie.
Ce dernier soupira bruyamment. Le bruit de sa respiration et de ses pas sur les pavés retentit dans le microphone de son smartphone. Arthur tritura nerveusement ses cheveux. Etait-ce un tic ? Ce n'était pas la première fois que je l'aperçus passer la main dans sa chevelure blonde.
- Bon... Je suppose que vous n'avez pas bougé depuis tout à l'heure. J'arrive dans quelques minutes au glacier, attendez moi... Dit Charlie, saoulé de devoir marcher avec nos sacs.
L'appel se finissait sur les ronchonnements de Charlie, peu enthousiaste. Avait-il tenu la chandelle à Aria et Ian ? Il est vrai que ces deux-là avaient l'air proche lorsque j'ai accompagné Arthur. Autant Aria est un vrai moulin à parole, autant elle ne dévoile rien concernant sa vie amoureuse. Je ne serais pas étonnée qu'elle aie un coup de cœur pour Ian. Mais si Ian était Eros ? Je n'avais pas vraiment eu l'occasion de creuser cette piste ayant dû accompagner Arthur. Espérons que j'aie d'autres occasions. Je fus sortie de mes ruminations pas le bruit de la cuillère d'Arthur raclant contre l'intérieur de sa coupe de glace.
Moins de cinq minutes plus tard, c'est un Charlie en sueur, le t-shirt quasiment trempé, chargé comme un âne qui accourt vers notre table, se laissant tomber au sol dramatiquement. J'étais inquiète, pendant que mon ami faisait un malaise mais Arthur me rassura rapidement. Il regarda attentivement Charlie, son torse se levant lentement dû à l'air qui gonflait ses poumons. Le blond donna un léger coup de pied au niveau des côtes du coréen et huma l'air avant de prendre une coupelle de glace que Jessica avait préalablement préparé quelques instants plus tôt. Arthur fit mise d'agiter lentement et surement la coupe de glace au caramel et sans crier gare, Charlie se redressa brusquement, s'asseyant sur le carrelage noir et blanc du glacier et chippa la coupelle sans attendre.
- Caramel ! Cria de joie le jeune homme avant de plonger sa bouche dans la montagne de crème glacée parfum caramel. Le haut de sa lèvre supérieure était recouvert d'une moustache de crème.
Sur la table reposait une cuillère jusqu'à l'heure pas encore utilisée. Je l'ai saisie et la tendis vainement vers Charlie. Le nez dans la coupelle de glace, il ne remarqua donc pas l'ustensile. Arthur me l'arracha des mains avant de l'enfourner dans la bouche de son meilleur ami.
- Mange proprement ! J'ai pas envie qu'on nous jette dehors parce que tu mange comme un porc... Marmonna Arthur, une main cachant honteusement son visage.
Le concerné releva la tête vers nous. Un spectacle digne d'un site-com se tenait devant nous. Le jeune homme avait le bas du visage recouvert de crème glacée et le bout de son nez était maculé de crème chantilly. Quelques gouttes s'étaient échappées du récipient pour finir leurs courses au sol, recouvrant le carrelage d'une pellicule sucrée et collante. Il ne manquait plus que des rires pré-enregistrés pour compléter notre propre épisode de "Friends".
- Oh ta gueule... Il fait 104 degrés fahrenheit, ma glace va fondre ! Dis Charlie avant de racler la coupe avec sa langue à la manière d'un chat. La glace couleur
- Tu n'exagère pas un peu ? Demanda Arthur, conscient du caprice de son ami. Ce dernier tenta bien que mal de ne pas rire au larme mais le coin de ses yeux était bordé de perles salées.
Je tentais par tous les moyens de ne pas exploser de rire, sous peine de recracher mon milkshake par les narines, ce qui serait un bien beau spectacle comparé à sa performance culinaire. Je jetais un coup d'œil à mon smartphone. Il faisait actuellement septante-trois degrés fahrenheit. Très loin des températures caniculaires annoncées par Charlie. Je montre les prévisions météo au blond et ce dernier ne fut pas surpris.
- Moi ? Jamais de la vie voyons. Dit Charlie, le visage submergé sous cette montagne de crème glacée.
- Bien évidemment et la terre est plate... S'amusa Arthur avant de me regarder lorsqu'il me vit fixer longuement mon téléphone.
- Que se passe-t-il ? Me demanda le blondinet.
- J'ai raté mon dernier train... Soupirais-je.
Comment allais-je faire pour rentrer chez moi ?
idea 22
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Ink and Paper
RomanceEt si l'amour ne se trouvait pas sur un trottoir mais sur un ticket de cinéma et derrière de multiples clichés provenant d'un photomaton ? Et bien, c'est comme ça que l'amour frappa à la porte d'April, une jeune fille travaillant chez un photographe...
